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2008.02.05 | passage Choiseul, mais Céline n’y était pas

Qui de nous n’a pas été marqué par la grande prose de Céline ? Mais ce qui nous marque, on sait que rythmiquement cela vient d’un travail forcené sur les vers comptés du Moyen Age. Et le montage abrupt des scènes, produisant cette sensation d’enchaînement métallique rapide, de son travail par groupes de feuilles accrochées par une pince à linge à un fil au-dessus de sa table. Et le récit de Céline, ce grossissement de fresque, tient probablement plus aux voix, aux visages en gros plan : ainsi de la mère, boquillonnant de trois points en trois points…

Ainsi donc, si vous n’avez pas lu Mort à crédit de façon à le révérer, pas la peine de descendre plus bas dans la page : Internet est prêt à surfer pour vous…
Pourtant livre fragile, livre impasse, allant d’échec en échec, de l’inventeur de ballon à cette escroquerie de campagne tout au bout.

Les lieux réels attachés aux grands livres, j’ai toujours de la timidité à les appréhender. Le passage Choiseul de Mort à crédit je le porte en moi tout exigu, avec l’escalier de la boiteuse, et les trois bouts de dentelle exposés par la grand-mère pour ses clientes. Il n’y a plus de dentelle passage Choiseul. Il y a toujours des fringues luxes, il y a de la bouffe chinoise pas chère, il y a brocante et bouquiniste parce que les passages parisiens, sous leurs verrières hautes, attirent les curieux. Il n’y a plus le Paris populaire de Céline, et le récit est daté de l’exposition universelle, la grande, la folle, 1900, celle des faux palais, faux temples et grande halle d’industrie.

Mais, puisque j’avais rendez-vous passage Choiseul, où je n’aurais pas osé aller traverser de moi-même, de peur d’abîmer ma fresque du dedans, les grandes images jaune monochrome de Mort à crédit, comment ne pas penser à Céline, comment ne pas faire quelques photos dans la mauvaise lumière de ce matin pluvieux ?

Et quelle sensation, à monter pour de vrai un escalier du passage, et entrer dans cet appartement posé à l’entrée, en travers même de la galerie qu’il surplombe… L’ombre grimaçante de Louis-Ferdinand Destouches ne nous a pas rejoints : on a cependant prière, prière athée comme il fut.

Au fait, rien de secret, je visitais Malo Girod de l’Ain : devinez pour quoi parler…


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 février 2008
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