les marrons d’André


Chaque année, André Markowicz ramasse dans les rues de Rennes un marron, et le garde dans sa poche jusqu’à l’automne suivant. André joue toujours avec ses doigts, il tourne le marron : drôle d’objet au bout d’un an, enveloppe qui s’est vidée dedans, érodée dehors, ne pèse plus rien, et lui il le tourne et retourne toujours, sans poids, intimement fragile. Alors, depuis des années, chaque automne je ramasse un marron en me disant : – C’est le marron de Markowicz. C’est des souvenirs d’enfance aussi (mais Dominique Sorrente ne doit pas passer par là ?, dans notre pays sans arbre, on faisait le mur par l’arrière pour aller piquer des marrons dans le fond du parc du château de sa grand-mère). Alors cet après-midi, en allant aux impôts démêler l’inextricable TVA des biens culturels dématérialisés intracommunautaires, je ramasse 3 marrons. Des marrons de bitume, pas ceux qu’on trouve dans les allées des parcs et jardins, par ici : des marrons de gouttière ? Il le saura pas, André.


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 septembre 2008
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