comme Proust souffre


Du nom magique de Balbec... Qu’on ne s’y méprenne pas : ce n’est pas Cabourg qui souffre, ou qui ferait honte, plutôt la France tout entière, l’appétit marchand des villes, le désastre des zones péri-urbaines généralisées.

Pour chercher quel haut de crique pourrait abriter La Raspellière ou les ocre d’Elstir, on en croise combien, de ronds-points, de Picard Surgelés et de Lidl ou d’Hyper U ?

Mais les pommiers sont en fleur, et les verts ici comme jamais ailleurs. On admire, en surplombant de la corniche au soir, le culot de madame Duras d’avoir choisi l’exil en ses Roches Noires : ici la plage est abstraite, les tankers glissent au loin, le monde elle l’a jeté arrière son dos.

Alors Cabourg : comme nous avons tous rêvé, aux grandes séances du restaurant dans ce Grand Hôtel, donc nous connaissons tous les clients, les Cambremer, Charlus, Villeparis, le patron et ses saillies de langue, le lift et ses amours. Ou simplement ces effets de lumière dans les persiennes de la chambre au matin, à l’heure de la fanfare, et cette lumière des vitres du restaurant directement sur les planches bordant la plage, quand il devient métaphoriquement aquarium (c’est le nom du petit troquet en contrebas sur le sable, où on est accueilli très aimablement).

On vient donc regarder à nouveau les verres fumés du Grand Hôtel, et on cherche intérieurement la conjonction du livre et du réel.

Sans parler de ces vraies madeleines comme si la madeleine de la Recherche ne venait pas de chez tante Léonie, à Combray, bien loin d’ici ?

Elle sera où, cette traversée du réel au livre, surgira de quel écart ? Peut-être, au retour, à ce virage pris dans la côte, avec échappée falaise, un vieux clocher et les pommiers. Ou bien au nom Bricquebec aperçu sur un panneau.

La tache noire du capteur de mon appareil photo, non réparable (ça coûterait plus cher que le Lumix) est désormais la signature malheureusement définitive de mes images !

 

Et post-scriptum : le train de la Raspelière, oui on peut en suivre la trace. Voie unique, et pas grand passage. Mais les gares sont là. Ici celles de Villers, la deuxième depuis Cabourg après Houlgate. Sauf, évidemment, qu’on n’imagine plus en descendre ni la princesse Sherbatoff, ni Morel ou Brichot.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 25 avril 2009
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Messages

  • La tache noire mauvais présage...

    J’ai un Nikon F401 qui vaut ton Lumix tous les jours à ta disposition, un Minolta SRT101 qui va bien aussi, et un Olympus OM20 (l’OM-1, petite merveille, mais je l’ai cassé ce matin en voulant le nettoyer).

    Ceci dit vu l’usage que tu en fais c’est peut-être pas le plus pratique, ou alors investir dans un kit de développement C41.

    Il y a des bons compacts pas chers. Pour photographier à bout de bras comme tu fais un réflex c’est pas pratique, les bridge c’est inconvénients des deux sans les qualités d’aucun. C’est pas bientôt ton anniversaire ?

  • Tu devrais lire "Avenue de la mer" un livre paru aux Ateliers In8 dans la collection Alter&Ego, dirigée par Claude Chambard et publié avant celui de Marc Pautrel. Proust et Duras sont là, mais aussi les supermarchés, et la nouvelle jetée...
    Merci pour les photos, personnellement je ne voit pas la tâche noire, où alors elle fait partie du paysage.

  • Et ma soeur de famille de dire : - Mais pourquoi tu ne viens plus (ou si peu) dans notre jolie Normandie ?
    (ils ont choisi de quitter la région parisienne, trop multiculturelle à leur goût).
    Exactement les mêmes raisons que toi. Quelques machins nucléaires en plus et dont on ne nous avouera que longtemps plus tard qu’ils nous douchaient d’irradiations et qu’en vrai rien ou si peu du problème des déchets n’était traité.
    (au demeurant, moi si peu capable de me passer d’ordinateur, d’appareil photo, de lectures au long des nuits et donc d’électricité - pourrait-on enfin un jour dans ce pays faire autrement ? -).

    Et ces zones péri-urbaines qui ont poussées pareil partout dans le monde entier.

    PS : Décidément, Duras.

    Voir en ligne : traces et trajets