2019.10.01 | petit homme à réaction

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Sardaigne | tous les ports du monde

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Ranieri Rasini est mort à Sassetta en 1304, dit sa tombe, et un bon siècle plus tard, en 1437, les moines du couvent abritant cette tombe commandent au peintre Stéphane le jeune (Stefano di Giovanni) qu’on appellera désormais du nom de la ville, Sassetta, cette illustration d’un haut fait du dit Ranieri Rasini, la libération de 90 malheureux détenus des prisons de Florence, peinture qu’il livre et installe lui-même (enfin, le « prédelle » et toute la machinerie religieuse actuellement dispersée dans une flopée de musées), en 1444. Ça nous redonne des ordres de temps, entre la mort et la commande, entre la commande et la livraison. Je ne crois pas qu’on en sache beaucoup plus sur ces « pauvres gens » en prison à Florence, et pourquoi ils s’étaient mis à 90 pour écrire à Rasini, et à quel titre, ni comment il les a délivrés, ou a obtenu leur libération. Rasini, moine franciscain, est le portier du couvent de Sansepulcro, en Ombrie, et connu pour d’autres miracles, comme pour sa charité à l’égard des humbles. Est-ce qu’il est nécessaire d’en savoir plus ? L’histoire ne dit pas qu’il se soit déplacé à Florence. Mais j’ai toujours aimé ce petit bonhomme qui a laissé ses jambes chez lui et se pointe comme en avion à réaction devant la prison, tandis que les pauvres bonshommes se tirent par le trou. Ça a toujours été un de mes tableaux préférés. Peut-être aussi à cause de la pureté géométrique de cet escalier, et notons que la porte de la prison est ouverte, sous le grand pan de mur blanc du trièdre parfait — il n’y avait guère besoin ni du bienheureux à réacteur, ni du trou ras du sol. Ou bien c’est à cause de la foule qui fuit, un petit bout des 90, et un seul qui pense à lui qui les a sauvés, et les en remercie : des autres, les mollets, les chaussures. Il faudrait aller relire côté du Détail de Daniel Arasse, ou du Fra Angelico de Georges Didi-Huberman mais j’ai pas trop la tête à ça. Pareil que quand je lis des livres c’est pas trop l’histoire qui m’intéresse. C’est ce bonhomme-drone, tel qu’il est venu dans l’esprit du peintre, qui me retient, un peu comme on vole en rêve, en fait. Un bonhomme-drone à ventre ouvert, carburant à l’hydrogène ? J’aurais bien aimé qu’on ait la peinture complémentaire, les deux jambes restées en Ombrie, à la porte de son couvent. Ensuite il fut passé saint, donc bienheureux. Heureux les bienheureux : moi j’aurais bien mis Baudelaire, Proust et Céline dans cette catégorie qui nous fait tant de bien à distance, comme lui le bienheureux il délivre les pauvres à distance.

 

 


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er octobre 2019
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