visages


Jeudi, ici à Québec, les ai fait travailler sur la notion de visage et aujourd’hui, plus tôt qu’ils le font d’habitude, j’en reçois toute une vague. Le visage, puisque justement on n’a rien à en dire, multiplier en amont les pistes de langages qui y mènent – avec ce bel incipit de Jabès : Jamais je n’ai décrit votre visage. Passer par l’éclatement des fragments, laisser le narratif surgir de la mise en tension des fragments. Parlé de Michaux (visage, c’est un des mots qui y est le plus fréquent), on s’est embarqué aussi dans le rêve, comment travailler ses rêves. Dans les exercices réalisés, ce qui vient en avant c’est ce cycle de la mort et du vivant, de la ressemblance. J’y retrouve la tension cette semaine du blog d’Eric Chevillard. Quelquefois ils me demandent ce que j’écrirai, moi-même, sur l’exercice – question que je me pose difficilement, avec toujours cette sensation que ce que j’écrirais c’est cela, cela précisément : la constellation de textes faits ensemble. Écrits par eux, par chacun, par tous ? Je ne photographie jamais de visages. Je n’ose pas.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 29 novembre 2009
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Messages

  • j’aime beaucoup trop regarder les visages (même le mien) - mais me fait réprimander par mes petites soeurs parce que ça ne se fait pas
    Pas seulement la beauté ou laideur ou fadeur données au départ ou presque pas, ou pas du tout,mais ce qui apparaît au delà des traits, ce que la vie intérieure en a fait, comme pour les mains transformées par la vie matérielle.
    Un coup d’oeil ne dit rien, c’est scruter qu’il faudrait, mais très impudique

  • J’étais avec lui, il tenait une échoppe en bordure d’Afrique. Il faisait chaud. Nos présences respectives étaient naturelles. L’argent manquait et presque à boire.
    Mais on savait qu’on s’en sortirait.

    Les songes ont de si jolies certitudes.

    Voir en ligne : traces et trajets

  • les visages je les reconnais mais je ne les vois pas toujours bien : on me dit tu as vu comme X ou Y avait mauvaise mine l’autre jour (ou les traits tirés, le teint jaune, les joues creuses) et sous entendu X ou Y file un mauvais coton, et moi non, je n’ai jamais rien remarqué de tout cela - comme un refus de déchiffrer les visages en entier et d’en tirer toutes les conséquences

    Voir en ligne : L’employée aux écritures

    • Pour moi, quoi de plus criant,de plus parlant qu’un visage ? celui qui tente d’afficher indifférence et décontraction dont la bouche rétrécie et crispée hurle aux autres son désordre intérieur ; celui dont le visage dévoile contre son gré tourments, roublardises, enchantement ; la voix du dedans jaillit au dehors par rafales ;par exemple, le désarroi et le tracas modèlent , à quelques exceptions près les traits d’un malade ou d’un vieillard qui prend sur lui et aimerait nous épargner ; l’hyper-sensibilité aux visages rend très lucide mais désole. L’âge ne fait qu’accentuer tout çà.

  • J’ai pris le train pour la voir, elle a eu quatre vingts ans (le 28 ? le crabe au pancréas, "mes cheveux font ce qu’ils veulent", ses deux enfants, la table ronde, le Saint Emilion 2005, l’assiette autour du canard et elle "tout est autour, y’a rien dedans ou quoi ?" en riant) on a parlé de son mari de leur père disparu le 11 septembre 2000, nosocomiale, coeur qui lâche, de son nécessaire de golf qui est dans le garage, des mômes, New York, Londres, l’Asie, les voyages, les projets et de celui-là, en particulier, qui fera qu’elle recouvrera, j’espère, la mémoire, j’aurais aimé lui proposer des images, mais c’est trop, des sons c’est déjà trop, je l’ai embrassée pour la remercier, son pull rose, le canapé de cuir bleu, la table basse de verre qu’on voit dans les films de Lautner, et elle qui sert du thé.