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maîtresse chien

Bon, je ne vais pas jouer mon Mélançon, mais vrai que sur ces questions c’est le dérangement fait à la langue qui signe les fantômes et l’inconscient du déplacement sociétal : la langue est notre contact vif au monde, c’est en grignotant la langue qu’on se fait grignoter le monde, l’inquiétude alors une réaction naturelle. Inquiétude au travers de langue avant même d’avoir pu dépister le petit effondrement du monde. Ainsi, petite recherche qui démarre sur l’expression conductrice de chiens, qui a désormais registre officiel dans les pôles emploi – moi je pensais à ces gens qui, à New York en particulier, mènent besogner par groupe de six les bestioles de plus riches qu’eux. Mais non, il s’agit d’une spécialité dans le monde de la sécurité et des vigiles. L’expression maître chien ne m’avait jamais spécialement perturbé, mais l’expression maîtresse femme a un fonctionnement dans le sens inverse de l’association des deux mots. Et pour l’expression maîtresse chien, Google envoie aussi bien vers ceci que vers cela. Reste le métier proprement dit : promener son chien, la nuit, dans les usines, les bureaux, les parkings, les propriétés. Pour quoi faire, sinon l’occasion de valider le dressage en lâchant la bête ? Qu’est-ce qu’on propose comme destin aux gens d’aujourd’hui, qu’est-ce qui s’en déplace de la notion de travail ? La liste des métiers dans un Pôle emploi c’est d’abord un dictionnaire de la misère – ainsi je n’avais jamais entendu l’expression préventeur de risque. Je n’aime pas ce monde en creux, avec ses crocs. La photo n’a rien à voir : souvenir de la gare Orleans-Express à Québec, pour les départs Montréal de 6h30, un reconnaîtra la série.


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er juillet 2010
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