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FeedBooks : une révolution douce en lecture numérique


En voyage à New York, bien curieux (mais fier), pour les usages d’édition en ligne que je me promettais d’étudier, qu’ils me ramènent à la gare Saint-Lazare et Hadrien Gardeur.... Toujours du retard dans mes e-mails, ainsi que pour les mises en ligne publie.net, mais l’équipe mobilisée dans réflexion et expériences, nouveaux formats, maquettes, solidification, usages. C’est dans ce cadre que je souhaite ici parler de FeedBooks et cette très discrète petite case qui pourrait être une révolution, cliquez sur Create your newspaper...

Reprenons les données du problème :

- nos usages de lecture changent en profondeur : liés à nos écrans plusieurs heures par jour pour motif professionnel, mais aussi culturel et privé, le rapport à la machine devient un lieu d’exercice social. On s’y informe, on y échange, l’ordinateur a hérité de l’ancien rôle de la correspondance postale et tout aussi bien de la rencontre au café. Le rôle traditionnel de la lecture, mise en réflexion de la représentation du monde et du rapport au monde, fabrique des fictions et récits qui nous permettent de se l’approprier, a déjà – qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore – migré vers le Net, et c’est encore plus flagrant pour les étudiants et ceux pour qui l’ordinateur tient une place centrale dans les pratiques professionnelles.

- ce n’est pas seulement du rôle et de la place du livre qu’il est question. Bien sûr un des enjeux importants de la mutation actuelle, c’est le portage du livre dans l’univers numérique. Mais il est prévisible que cette question restera mineure. La logique de fermeture des acteurs industriels traditionnels n’est pas fondée sur une timidité au numérique, mais seulement sur l’idée que les systèmes vont longtemps coexister, et de protéger au mieux les circuits actuels de diffusion : et nous continuerons longtemps d’avoir recours simultané au livre et à l’écran. Mais : 1, les métiers traditionnels se recomposent de l’intérieur en fonction de cette ligne de partage, et, progressivement, ce ne sont plus les mêmes livres qui seront édités et distribués ; 2, les usages numériques natifs, à mesure qu’ils progressent, apprennent à se doter des mêmes performances, ergonomie, typographie, confort, logique de distribution, que les métiers traditionnels.

- avec un corollaire, voir programme des assises du numérique du SNE qui commencent aujourd’hui, sous auspices sarkoziennes de M. Besson : ceux qui émergent comme les acteurs principaux de ces usages numériques natifs ne sont pas les acteurs de la chaîne traditionnelle, ni en amont (édition), ni en aval (librairie), même s’il y a quelques contre-exemples radicaux : rachat de Numilog par Hachette, politique radicalement ouverte, sur la ville, sur la vente en ligne, de quelques libraires majeurs – les acteurs qui s’affirment comme principaux sur le Net sont les acteurs nouveaux, et cela semble irréversible.

- la question est donc : 1, nous lisons de plus en plus massivement via des usages seulement numériques, aussi bien la presse que les courriers familiaux ou privés, que cette tâche de réflexion et d’écart dévolue à la littérature, qui n’a d’ailleurs historiquement jamais été séparée des 2 tâches précédentes ; 2, même si les machines évoluent, l’enjeu côté producteurs de contenu (je préfère cette formulation modeste, avec même le côté vigneron), c’est de permettre à ces « usages écran » de conquérir la même noblesse que la vieille histoire de l’imprimerie (pas étonnant la référence plurielle à Alde Manuce, le Vénitien qui a fait passer l’invention technique de Gutenberg à l’âge moderne).

- or, que lisons-nous, et comment lisons-nous sur écran ? axiome : n’est plus possible à aucun de nous de dissocier les logiques de flux (ce qui se recompose tous les jours sur l’écran) et les logiques fixes (archives de journaux, bibliothèques numériques)

- c’est dans cette inter-relation que naissent en ce moment, très vite, de nouveaux outils, de nouveaux usages ; ainsi, à publie.net, nous travaillons à nouvelles maquettes graphiques pour lecture écran, il s’agit de ressources fixes, avec un catalogue de textes (je dis textes, et non livres) ayant bénéficié d’un parcours de validation symbolique (comité de lecture, cohérence des choix) et de validation technique (relecture, correction avec l’auteur, mise en page et diffusion) – mais, sur écran, cela reste toujours une suite de pixels : apparaissent des outils soit liés à votre ordinateur, en l’occurrence Digital Editions, proposé gratuitement par Adobe, qui révolutionne la lecture écran en permettant l’interactivité du livre manuel (annotation, signets, affichage), soit des outils nomades, comme le Sony ou l’Iliad, tablettes numériques encore rares mais dont le prix baisse, la disponibilité augmente, et qui chacune cherche à sa manière à s’insérer dans nos usages, bouquet de presse et magazines, abonnements, bibliothèques...

- sur Internet, les plus grandes révolutions ont toujours été les plus discrètes, les plus imprédictibles : on a beaucoup cru au CD-Rom, et la vraie révolution a été l’ADSL... Ainsi il y aurait d’un côté les blogs que vous lisez au jour le jour, en sachant désormais la fiabilité des démarches que vous-mêmes avez expérimenté comme telles, mais avec leur mise en page restrictive, l’inconfort des lectures longues, et l’obligation d’être connecté, et derrière son ordinateur, pour lire... Et de l’autre côté les tablettes numériques où vous aurez votre Proust, vos notes de travail pour prochaine conférence ou cours, une sélection d’articles, mais en mode fermé ?

Alors maintenant parlons de FeedBooks. C’est en "beta-test", ça veut dire que c’est tout jeune, et que nous sommes les premiers à en parler, à le diffuser.

Jeune, pour nous qui sommes de vieux routards du Net avec nos 12 ans de présence virtuelle, c’est du vrai : on a rendez-vous avec Hadrien Gardeur dans un bistrot parisien, et on est tout surpris que ce soit cette figure de jeune étudiant, son ordi portable à la main, d’une très grande politesse et discrétion... Un noyau de jeunes ingénieurs, passionnés de technique, et, pour ceux de ma génération, la difficulté que cela engendre : nous voilà vite confrontés à des zones de discours étranges, où les sigles et techniques évoquées sont incompréhensibles...

Ce noyau de jeunes ingénieurs ont donc monté une société, FeedBooks, et se sont lancés là où les usages numériques de la lecture en ligne sont banalisés, la langue anglaise. Principe : décliner le texte en autant de formats que l’exigent les supports de diffusion, automatiquement, et nous libérer, nous les éditeurs, de ces tâches techniques... Autant dire qu’on ne se lâche pas de l’oeil.

Mais FeedBooks vient de proposer une autre révolution. Voici comment ça marche :

- on s’inscrit en ligne, email de confirmation, et voici l’accès à la fenêtre magique : Créer votre journal en ligne. Comme l’indique leur nom "feed", on va "nourrir" le journal de quelques flux rss. Les blogs que vous avez envie de lire, un seul ou plusieurs, une compil technique, ou une compil littéraire, ou une revue de presse.

- on choisit son support : vous voulez rester à votre ordinateur, mais lire tout selon même mise en page, via Digital Editions ? - Alors vous choisissez PDF Custom (ou ePub)... Vous avez un Iliad, un Sony, un Kindle ? Vous choisissez. Un clic, et FeedBooks livre sur votre bureau le fichier PDF adapté à votre machine (ePub, ou Mobipocket disponibles aussi) complet de votre sélection. A vous de l’envoyer via le câble USB ou la wifi sur votre tablette, pour lire confortablement dans votre fauteuil, dans le train ou au soleil.

Cela, FeedBooks le propose déjà, et j’insiste : le bouleversement qui s’en induit, c’est le court-circuit entre la lecture de flux (le livre aussi est une pratique de flux lent : ainsi nos Que Sais-Je ou nos Garnier ou nos 10/18..., c’est la technique de reproduction et diffusion qui induisait cette lenteur, et non pas la nature des textes proposés...) et la lecture de table. C’est la prise en considération du fait que notre rapport au monde passe pour chacun de nous par cette construction de l’information, de l’artistique, du savoir, et que la révolution de fond de l’Internet c’est que remettre à chacun la clé de cette construction bouleverse évidemment la régulation de la prescription (dans la profusion, le pire est toujours possible, et le consensuel toujours plus renforcé), mais nous savons chacun – nous y travaillons au quotidien – comment de nouveaux principes de régulation, repérages, validation naissent à mesure...

Alors envisageons d’autres extensions : ces dernières semaines, prolifération des "univers" Netvibes. Nous sommes curieux des lectures des autres, nous découvrons des blogs inconnus ou surprenants. Mais je pourrais très bien, via tiers livre, le dimanche matin, proposer avec l’outil de FeedBooks une compil qui se lit comme un livre, sur ordinateur ou sur mon Sony Reader, de mes propres interventions (celle-ci par exemple), ou d’une sélection de blogs qui m’importent (remue.net au hasard !).

Ainsi, le "en ligne" et le "hors ligne" n’ont plus cours, puisque le point d’appui c’est votre propre mode de lecture...

Alors oui, continuons ensemble, cher Hadrien et tes amis : nous autres, briscards, on fourbira quelques-uns de ces poisons et verrues que Rimbaud disait être la littérature. Mais littéralement soufflé, ce matin, en l’essayant, par l’arrivée tout prêt sur mon bureau d’ordinateur, et de là sur la "liseuse" que je glisse dans mon sac, lisibilité niveau et confort de l’édition traditionnelle, de quelques blogs de fond...

Une révolution s’annonce. Et le moins curieux n’est pas ceux à qui on le doit. Quel regret (ou quelle menace) que vous-mêmes, amis de FeedBooks, pour la viabilité de vos inventions, ayez à privilégier le monde anglophone (dit-il, embarquant sa liseuse toute gavée de textes numériques pour Rockaway Beach...)

Et prêt bien sûr à rectifier ou compléter, ou vous donner la parole, les inventeurs...
LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 juillet 2008
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