l’arrivée du train en gare de Montréal

carnets du Hilton, suite


Ce mardi 17 mars 2009, parti d’Ottawa au train de 6h43, arrivé vers 8h20 à Montréal. L’arrivée du train, c’est pile dans cette poignée de buildings qui symbolise la ville moderne, on dirait ça tenu du poing comme un bouquet, partiellement séparé de la métropole gigantesque autour, sans lien avec ses bras d’eaux, sa façon de se recomposer sur elle-même. Et le train, qui la contourne lentement par le sud avant de repiquer tout droit plein nord à peu près au niveau du vieux silo n° 5.

Alors pour moi, étrange impression : à revenir 4 mois plus tard exactement, ce que je rejoins et pénètre, ce n’est pas le paysage urbain ni même la ville, mais tout simplement le livre en cours. Je rentre moi-même dans mon récit : les 2 heures à venir, travail de compilation photo, les couloirs, les boutiques, les visages. Un vigile m’alpaguera parce que je filme, appareil posé discrètement (je croyais) sur un recoin, les silhouettes qui foncent dans le corridor où nous avions été, ces 4 heures, évacués.

La question : ce livre, 4 h de récit concernant 4h d’une interruption du réel, doit certainement à l’urbanisme particulier de Montréal, et l’inscription américaine des distances, du concept même de ville, ou bien ces couloirs souterrains qui sont une spécificité d’ici. Mais le livre n’aurait pas été possible si le Hilton n’était pas l’appendice même du Salon du livre, qui se tenait dans ses souterrains : le récit, s’il fonctionne (j’y travaille, c’est le mastic en ce moment, ligne à ligne), c’est que l’allégorie (l’allégorie est un concept qui ne fonctionne pas en littérature, on plante n’importe quel livre avec ça) ne vaut que si la ville ici décrite est à la fois toutes les villes, et elle surgit ici comme n’importe quelle ville vue du train. Sauf que pour moi il s’agissait cette fois d’un livre, quand bien même il n’existe pas encore.

À quel moment, et par quel travail intérieur sur la représentation, recompose-t-on en soi-même le réel comme fiction ? Qu’est-ce que cela décèle alors du réel à quoi on n’avait pas accès, et, inversement, de quoi cela nous sépare-t-il ? Bon, si j’avais la réponse...

Mais ce serait le seul et pur lieu théorique et affectif qui me permet de placer en tête du récit le mot chamanique de roman.

Rappel, en chronique images :
- Montréal, gare centrale, 20 novembre 2008
- Montréal, eau noire (le silo n°5)
- Montréal, nuits brûlantes (lendemain de l’incendie du Hilton)

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 mars 2009
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