inventer des mises en page

Fred Griot sur publie.net dans le Magazine littéraire, et de l’édition numérique comme alpinisme


publie.net c’est quand même une idée personnelle, que je peux dater, localiser, préciser où, quand et comment, un soir de novembre 2007 ça a commencé – même si ça finalisait déjà des mois à s’interroger sur ces questions, et en avoir discuté avec plusieurs éditeurs, non des moindres, qui n’embrayaient pas...

Mais dès le départ ça a été un travail d’équipe. Et, pour moi, le mot de coopérative est central.

Étant au Québec pour un an, c’est eux, l’équipe, qui répondent aux sollicitations des journaux et magazines. Ce lundi 2 novembre au soir, Pierre Ménard sera sur CAP24 (TNT Paris), et Arnaud Maisetti contribue régulièrement aussi aux demandes d’interventions ou formations.

Fred Griot co-dirige publie.net, on se complète. Il est impliqué davantage que moi dans le monde performance et poésie, et son site PARL (voir le blog refonder ou la page plateau) est un modèle d’expérimentation numérique, depuis bien longtemps. Mais son expérience de guide de montagne l’a mené à fonder une coopérative de guides, CapS Aventure, qui est pour moi un appui essentiel dans cet apprentissage de la gestion et la montée en pression d’une EURL.

Ajoutons nos partenaires de l’immateriel-fr, et un groupe discret mais fondamental d’échange, expérimentations pour la diffusion en bibliothèque, puis la confiance des auteurs...

Voici la transcription dans le Magazine littéraire d’une rencontre avec Fred Griot (merci à Lucile Dupré).

- pour mémoire : comparer avec entretiens (Télérama, et déjà le Magazine littéraire) des années 1998-2000 : vieux interviews.

 

Vous participez à Publie.net, le site de François Bon, qui édite des « ebooks » d’auteurs parfois moins connus mais toujours de grande qualité. Ce mode de diffusion permet-il donc de faire connaître des ouvrages qui ne le seraient pas sans cela ?
Fred Griot. Le paysage traditionnel, l’édition dite « papier » ne peut déjà pas rendre compte de ce qui se passe en littérature actuellement. Elle ne peut prendre ce risque, d’un point de vue économique et technique (manque de place en librairie, etc). Notre idée est de le faire à sa place, et de le faire au sein de ce moment de bascule vers le numérique, aussi important il me semble que le revirement Gutenberg. Il s’agit ainsi de profiter de ce moment où tout est encore possible, pour mettre le pied dans la porte et créer notre propre modèle. Et ne pas laisser Google ou Amazon le faire pour nous. Ce modèle : un collectif, une coopération d’auteurs et pas une maison d’édition, avec des exigences de qualité, d’originalité, de variété. Nous n’avons pour cette raison pas de ligne éditoriale à proprement parler. En raison de cette exigence, les auteurs qui nous rejoignent le font avant tout par choix, pas forcément parce qu’ils ne trouveraient pas de débouchés pour leurs textes ailleurs. Ils veulent faire partie de l’aventure. Un autre de nos engagements est de rémunérer nos auteurs correctement : ils touchent 50 % des bénéfices. Cela relève pour nous de l’évidence : Ils font bien plus de la moitié du travail ! Et le mode de diffusion numérique, quoiqu’en disent les autres éditeurs, coûte en outre bien moins cher. Enfin, nous sommes également un lieu où certaines éditions complexes sont possibles. Des auteurs nous rejoignent pour éditer des formats qui marchent mieux et sont plus simples à réaliser en numérique : Véronique Vassiliou, par exemple, à publier chez nous une extension de son livre, riche en images et qui aurait été trop coûteuse dans sa version papier.

Quelles sont justement les possibilités du livre numérique ? Est-ce une valeur ajoutée, qui ouvre de nouvelles possibilités à l’écriture ? Comment imaginez-vous cette notion de livre enrichi ou d’hyperlivre, qui est en train de se concrétiser ?
Il y a d’abord cette possibilité de recherche d’occurrence, lire Rabelais à travers le mot « écriture », par exemple. Cette possibilité ne dispense pas néanmoins de La Pléiade : on ne lit pas de la même façon le numérique, ni dans le même rapport ni sur la même durée. D’un autre côté, il existe des possibilités nouvelles, l’enregistrement de liens sonores, vidéos, parfois trop lourds pour être accueillis dans un volume papier, comme c’est le cas du livre de Vassiliou. Pierre Ménard, par exemple, a lancé sur Publie.net la collection « d’içi là » , une revue où des auteurs interagissent avec une bande-son, en évolution permanente. Voilà du travail spécifiquement numérique. Un des soucis du numérique reste néanmoins la lecture, qui sur écran n’est pas forcément très agréable. Mais tout cela évolue. Les lecteurs sont de plus en plus performants. Les maquettes, de même, évoluent : nous avons longuement réfléchi à la nôtre, pour finalement nous inspirer du codex, qui forme des unités rythmiques confortables pour l’oeil. Mais les possibilités, sans doute infinies, sont encore à construire.

Sur Publie.net, vous éditez toutes sortes d’ouvrages, la plupart de littérature générale. Vous proposez également de la poésie : Ce genre vous semble-t-il particulièrement adéquat à ce format ?
La poésie s’y prête effectivement tout à fait, par sa forme brève évidemment. Mais les auteurs de poésie ne viennent pas forcément pour cette raison. Ceci est plutôt dû au paysage éditorial, en fait : ce genre est un de ceux qui s’édite difficilement, qui effraie les éditeurs. Ils trouvent ainsi une place, de choix et encore une fois pas par défaut, chez nous. Mais cela leur donne bien sûr d’autres possibilités : d’inventer des mises en page, de sortir de la maquette « classique » poétique.

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 1er novembre 2009
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