publie.net aujourd’hui c’est gratuit

tout gratuit non, mais Maupassant oui : et quelques questions sur le lire numérique


Je reprends ici, à titre exceptionnel, texte d’accompagnement de Trois nouvelles (L’Épave, Miss Harriet, Les Tombales) de Maupassant proposées gratuitement sur publie.net, incitation à la découverte bien sûr. Textes très connus, mais le plaisir de les découvrir autrement, dans la relation désormais totalement privée qu’on entretient chacun avec son ordinateur, ou sur vos nouveaux outils à lire.

Sur publie.net, vous pouvez bien sûr suivre le mot-clé C’est gratuit ! pour une petite coupe transversale de notre histoire, et ce qui se joue en ce moment de savoir neuf dans cet artisanat si particulier dont l’enjeu se résume en une phrase : l’art typographique, si anciennement mis à la disposition du texte pour que la lecture soit ce temps qui file invisiblement, laisse place à l’écart et l’imaginaire, comment – au nom de la transmission, de tout ce qui compte pour nous dans l’enjeu de la littérature – le transporter sans perte dans ce nouvel usage du lire qu’est notre ordinateur ?

Et bien sûr incitation à découvrir ce qui fonde notre coopérative : la création d’aujourd’hui, et ce qui se construit de récit neuf via ces usages désormais irréversibles. Des récentes mises en ligne (Annie Mignard, Bernard Noël, Cécile Portier, Christophe Manon), nous sommes très fiers : il nous semble, peu à peu, que ces enjeux sont partagés, perceptibles. Ce que nous recueillons de nouveaux abonnements en témoigne : une confiance neuve, un autre rapport entre les auteurs (la plupart prolongent ces textes par un dialogue sur leur propre blog ou sur Face Book) et les lecteurs : à savoir si un déplacement de cette frontière même n’est pas justement l’enjeu ?

Bienvenue dans nos galeries, couloirs, rayonnages !

 

Guy de Maupassant | Trois nouvelles


 

L’immense corpus, si vivant, si multiple, de Maupassant est largement accessible sur Internet, à commencer par Gallica. Mais pas forcément en bon état : la question essentielle étant celle de l’ergonomie écran, du plaisir à lire qui conditionne le plaisir du texte (me rappelle quelque chose, cette expression ?)...

Pour y voyager, hommage par exemple au site historique et pionnier de Pierre Perroud, Athena, où j’ai bénéficié de ma première initiation à la mise en ligne, dès 1997. C’est un véritable trésor qu’il nous propose, avec près de 280 Contes et nouvelles en version html, sans compter les poèmes.

Pour nous, utilisateurs de Sony, CyBook ou tous autres eReaders, l’habitude est prise : on est en période de transition, pas d’autre moyen, pour nos Gracq, Beckett, Kafka ou même Saint-Simon, pour disposer d’une lecture confortable, de prendre quelques minutes en amont pour reformater les textes, et se créer sur ces petits outils encore si dépourvus de contenu le même niveau de confort que nous connaissions avec le livre papier. Mais éditer, même un texte classique, même un texte déjà lu, c’est aussi tout un ensemble de questions, couleur d’encre, dissymétrie des marges, interlignes, ligatures etc – tout ce que nous a appris la vieille tradition typographique, elle-même directement née de l’industrie copiste, pour ce mystère que la lecture soit un temps, une traversée (mot que je retrouvais hier dans L’Été 80 de Duras.

Et Maupassant s’inscrit là : textes souvent écrits le soir entre 22h30 et minuit, publiés dès le lendemain. Et cette contrainte, ou tour de force, donnant leur élan principal aux nouvelles, ce ton rauque, ce déni de littérature qui la rehausse en y englobant de plus près l’expérience du monde.

Travailler sur un texte qu’on aime, mais qu’on a connu avant la bascule numérique (j’ai beaucoup de livres ici pour mon année à Québec, mais je n’ai pas apporté mes Maupassant, justement parce que j’en dispose sur ma Sony), c’est probablement pour nous à publie.net une étude, au sens Chopin ou Liszt du terme. Recréer sur nos écrans la densité, l’écart, la filée de notre découverte du texte. L’envie m’en a pris hier soir en regardant Partie de campagne de la famille Renoir : lire Maupassant avec l’outil cinéma.

Alors voici (il y en aura d’autres), arbitrairement rassemblées (les recueils de Maupassant, dans les reprises et les regroupements, sont une magnifique introduction à cette idée d’arbitraire éditorial), trois nouvelles parmi mes préférées.

L’Épave pour raison très autobiographique (la ville de La Rochelle, l’estran dans le pertuis de Ré, et même le nom du Jean-Guiton, bateau qui a joué grand rôle dans vie de mon propre père.

Miss Harriet parce que la Normandie, mais ce geste de peindre qui anticipe l’atelier d’Elstir (la notion d’étude là aussi) : figures d’artiste où s’entendent les grognements de Croisset.

Les Tombales parce que ces cimetières urbains, lire le récit des frères Goncourt le jour même de l’enterrement d’Isidore Ducasse...

Et puis, et puis surtout : créez votre compte sur publie.net (aucune obligation d’achat), et vous pourrez tester librement le fonctionnement de notre liseuse, son moteur de recherche et ses annotations, suivre le mot-clé gratuit vous donnera un aperçu des soutes de notre site et des promenades et découvertes qu’il propose. Vous avez le droit d’en profiter égoïstement, juste pour le plaisir de ces trois textes de Maupassant. Une partie d’entre vous, parce qu’il s’agit de littérature vivante, se laissera – on l’espère – prendre au piège amicalement tendu et s’interroger sur ce qu’est aujourd’hui l’art de raconter des histoires, et quelles histoires : alors l’abonnement à nos ressources ne sera pas si loin – le cabinet de lecture réinventé, on y tient !


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 janvier 2010
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