Los Angeles vide

de la ville sans les hommes, Los Angeles photographiée par Matt Logue


note du 16 juin 2010
- toujours villes d’Amérique, vues d’avion et géométries circulaires, le travail de Christoph Gielen

note du 13 juin 2010
- rebond et développement par Philippe Diaz (sur le Net : Pierre Ménard), voir Liminaire, la question du regard
- question subsidiaire : le corpus dont cet article est un élément est désormais constitué d’un nuage de 5 articles, quel est cet objet, comment le lier, comment le lire ?

note du 6 juin 2010
- Prolongement de ce billet chez Philippe De Jonckheere : Comment vider Los Angeles ?.

 

Curieux travail de photographie. Pas forcément nouveau pour moi : Jérôme Schlomoff, en photographiant New York avec sa caméra sténopé, n’en retenait pas les éléments mobiles, voitures, piétons.

Les images que je fais moi-même dans les villes sont rarement habitées de silhouettes. Ce sont les signes, les géométries. Les visages et corps, je préfère les garder pour les mots, je suis plus fort avec cet outil-là – moins flou.

Il y a quelque temps, Karl Dubost évoquait dans La Grange le travail d’une artiste japonaise : tâchant à distance de recomposer le lieu de mémoire, elle en reprenait sa photographie, et en effaçait tout ce qu’elle n’avait pas mnémoniquement retrouvé.

Dans le travail de Matt Logue, il y a des villes, des plages,
des déserts, mais – quelle qu’en soit l’affirmation esthétique –, ça ne m’aurait peut-être pas retenu de la même façon.

Sa série Empty L.A. est aussi un livre. Remarquez aussi que c’est une adresse, emptyla.com spécifique par rapport à son site ci-dessus. Comment il s’y est pris techniquement, peut-être qu’un spécialiste de passage ici me l’expliquera : temps de pose extrêmement long, qui ne garde pas le fugace, ou longue patience, aux heures vides, un dimanche matin aux aubes (ce serait au Québec, en visant une heure de retransmission de hockey) ? – On n’imagine pas L.A. ainsi quand on lit Connelly.

Pensée aussi pour les cinémas photographiés par Hiroshi Sugimoto, avec temps de pose la durée du film projeté sur l’écran.

Mais retenir ce travail en ce qu’il dérange : la ville sans nous, trace infinie de nos signes, et leur atroce mutité lorsqu’ils sont séparés de leur relation avec nous-même. Peut-être aussi parce que, depuis 10 mois dans les villes d’Amérique, et même ce que j’ai devant ma fenêtre dans la dure Québec, c’est cette disproportion des signes et géométrie qui est à la fois l’obstacle et le point de passage. Par exemple, en comparaison, mes captures d’écran de Google Earth pour Traversée de Buffalo sont lestées d’infiniment plus de signes humains, et même d’instantané humain. Pour ville française avec circulation des signes, allez donc voir Croix-de-Chavaux chez Philippe De Jonckheere.

Qu’est-ce qui nous trouble dans l’image de la ville ? Est-ce lié seulement, ici, à la ville américaine ?

Merci à Fubiz pour la découverte.


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1ère mise en ligne 1er juin 2010 et dernière modification le 13 juin 2010
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