objets éclatés du lire

nos lectures sont des nuages



- à lire en complément : pour une bibliothèque numérique personnelle rassembleuse, par René Audet.

Christian Fauré parle d’orages sémantiques : condensation de textes et liens Internet sur un contenu précis, susceptibles d’une brusque condensation dans le temps.

Trois exemples cette semaine, profondément révélateurs des enjeux, ou d’une accélération dans nos usages :

- 1, de la lecture comme création
Karl Dubost inaugure une série de billets sur 5 femmes japonaises visitant les États-Unis de 1872, la mission Iwakura et développe l’idée d’un objet lecture neuf, rassemblant le texte initial et les recherches web par lesquelles nous le prolongeons. Je rebondis sur Tiers Livre avec implications de ce processus pour l’écriture elle-même : le livre comme ensemble flou et la lecture comme création. Et Hubert Guillaud (pour ma part, je n’aurais pas cheminé vers ces lieux de concepts sans l’apport d’Hubert depuis 5 ans au moins) reprend lui-même nos 2 billets dans sa propre perspective : le livre que nous reconstruisons – à compléter par entretien audio d’Hubert Guillaud et Pierre Ménard sur Melico ;

- 2, Los Angeles vide, regard sur la ville
Je découvre dans Fubiz (site 1) le travail du photographe du photographe Matt Logue (site 2), j’écris un billet Los Angeles vide (site 3), sur lequel rebondira Philippe De Jonckheere, comment vider Los Angeles (site 4), notamment sur le mode de création des images, puis ce matin Philippe Diaz (sur le web Pierre Ménard) avec lien vers travail similaire sur Paris, la question du regard, (site 5).

- 3, compositeurs en chapelle
Polémique à propos – non pas de l’invitation faite Malik Mezzadri, musicien et compositeur de premier plan à la villa Médicis, mais la pétition initiée par une chapelle conservatrice que ça semble déranger : la pétition est ici (avec plus de 80 commentaires du meilleur au pire), la lettre de réponse collective est ici, intervention de Dominique Pifarély, mon hommage à Malik ici. Le Monde ignore notre réponse et jette de l’huile sur le feu en assimilant la musique dite (par eux) actuelle aux peintres de Montmartre, mais Rue89, mauvaise bataille, intervient en nous citant.

La problématique n’est pas nouvelle. Il y a 10 ans, on appelait ça des anneaux, on avait un anneau littéraire etc. L’an passé, Pearltrees a proposé une initiative plus que séduisante : petites sphères rassemblant bouquet de liens, qu’on pouvait elles-mêmes rassembler en arborescence et copier en mini paquets, ou bien enregistrer une navigation ordonnée, et faire figurer telles quelles dans un site. L’utilisation du flash, l’opacité de la sphère font que je n’ai pas vraiment utilisé cette création pour mon propre usage, mais je les suis évidemment.

Dans le cas de Tiers Livre, c’est le texte du billet lui-même qui devient le lieu d’organisation des liens. Mais, pour chacun des trois exemples évoqués, il y a au moins 6 billets à lire, qui se complètent et interagissent, s’entre-citent. L’objet de lecture qui permet d’appréhender globalement la réflexion sur Los Angeles vide ou suive la polémique villa Médicis est un ensemble fractionné et disjoint de sites. Quel est l’ensemble collectif temporaire qu’ils rassemblent, comme l’aurait fait un dossier de revue ? Comment archivons-vous ces ensembles temporaires ?

Encore plus précisément (on sait que chacun lien inséré dans un billet ne sera activé au mieux que par 1/3 des visiteurs), comment, de notre côté, proposer immédiatement à nos visiteurs une lecture-nuage (ou orage) qui soit composée de cet objet complexe, puisque le web nous l’écrivons ensemble ?

Il me semble à la fois qu’on avance sur ce terrain, et qu’à la fois nos outils actuels, agrégateurs, liens hypertexte, ne sont plus suffisants et que ce concept d’une expérience immédiate de lecture appelle une autre strate d’invention – pour s’en tenir à Liminaire, Désordre, La Grange, La Feuille évoqués dans les exemples ci-dessus, chaque site est lui-même une invention web avec sa propre logique d’auteur, et le plus beau défi c’est comment le dialogue que nous entretenons, dialogue libre, non clos, doit respecter cette logique individuelle qui signe chacun de nos sites... Question ouverte, lieu principal de curiosité, et qui déborde d’ailleurs bien largement les sites ici évoqués...

Image ci-dessus : Nicolas Moulin, Vider Paris, empruntée à Liminaire.



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écrit ou proposé par François Bon _ licence Creative Commons BY-NC-SA (pas de © )
1ère mise en ligne et dernière modification le 13 juin 2010
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