Cortàzar | Instructions pour monter un escalier

et chemin pour une nouvelle collection sur publie.net


Instructions-exemples sur la façon d’avoir peur, Instructions sur la façon de tuer des fourmis à Rome, Instructions pour remonter une montre, la série de Julio Cortàzar sur les Instructions est justement connue. En suivant le mot-clé Cortàzar ici colonne de droite vous trouverez plusieurs traces dans Tiers Livre, mais aussi cette visite à sa tombe.

J’en avais aussi mis en forme une proposition d’écriture pour l’expérience BNF, écrire la ville, avec quelques ateliers mis en ligne (complété par deux très beaux textes : Ambroise Paré, Manières de panser les plaies et Auguste Blanqui, Instructions pour une prise d’armes) – on avait d’ailleurs testé l’exercice en direct sur Tiers Livre.

Là, partant pour 2 semaines sans connexion (ou juste intermittente), j’emporte mon Cortàzar pour revenir à ce projet d’une petite collection sur publie.net : la reprise en plus détaillé d’un blogs, mode d’emploi qui s’appellerait Instructions pour créer un blog et le faire remarquer. Déjà plusieurs camarades sur la même brèche ou sollicités pour, dont Pierre Ménard avec des Instructions pour l’atelier d’écriture… (titre précis à venir).

Manière de recommander à nouveau le croisement Crouzet/Ménard, et ces notes de lecture de Maryse Hache sur 2T3M.

 

Julio Cortàzar | Instructions pour monter un escalier


Tout le monde a certainement remarqué déjà que le sol parfois se plie de telle façon qu’une partie monte à angle droit avec le plan du parquet et que la partie suivante redevient parallèle à ce premier plan, cela pour donner naissance à une nouvelle perpendiculaire, opération qui se répète en spirale ou en ligne brisée jusqu’à des hauteurs extrêmement variables. En se penchant et en posant la main gauche sur une des parties verticales et la droite sur la partie horizontale correspondante, on est en possession momentanée d’une marche, ou degré. Chacune de ces marches, formée comme on le voit de deux éléments, se situe un peu plus haut que la précédente, principe qui donne sens à l’escalier, vu que toute autre combinaison produirait des formes peut-être plus belles ou plus pittoresques mais incapables de vous transporter d’un rez-de-chaussée à un premier étage.

Les escaliers se montent de face car en marche arrière ou latérale ce n’est pas particulièrement commode . L’attitude la plus naturelle à adopter est la station debout, bras ballants, tête droite mais pas trop cependant afin que les yeux puissent voir la marche à gravir, la respiration lente et régulière.

Pour ce qui est de l’ascension proprement dite, on commence par lever cette partie du corps située en bas à droite et généralement enveloppée de cuir ou de daim et qui, sauf exception, tient exactement sur la marche. Une fois ladite partie, que nous appellerons pied pour abréger, posée sur le degré, on lève la partie correspondante gauche (appelée aussi pied mais qu’il ne faut pas confondre avec le pied mentionné plus haut) et après l’avoir amenée à la hauteur du premier pied, on la hisse encore un peu pour la poser sur la deuxième marche où le pied pourra enfin se reposer, tandis que sur la première le pied repose déjà. (Les premières marches sont toujours les plus difficiles, jusqu’à ce qu’on ait acquis la coordination nécessaire. La coïncidence des noms entre le pied et le pied rend l’explication difficile. Faites spécialement attention à ne pas lever en même temps le pied et le pied.)

Parvenu de cette façon à la deuxième marche, il suffit de répéter alternativement ces deux mouvements jusqu’au bout de l’escalier. On en sort facilement, avec un léger coup de talon pour bien fixer la marche à sa place et l’empêcher de bouger jusqu’à ce qu’on redescende.

© Julio Cortazar, Instructions pour monter un escalier, Gallimard, trad Laure Guille-Bataillon.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 23 juillet 2010
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