prix unique du livre numérique : on s’en fout complètement, suite

Maginot pas mort : la loi Prisunic enfin votée, s’applique aux bananes, mais le Pôle Sud exclu de son territoire d’application où va-t-on


L’inénarrable et cacochyme mais docte assemblée caractéristique de notre république, ô Sénat si connu pour son assiduité à la lecture numérique, tous un Kindle en poche, a donc voté la loi dite désormais pour l’éternité loi #Prisunic. Ne faites pas ce cadeau-là aux bureaucrates, allez voir : en voici le texte.

Mon billet initial, ci-dessous, a été rédigé et mis en ligne le 30 juillet 2010 – je n’y change rien. Notons, oui notons, ô grands juristes qui nous gouvernent, qu’ils ont consacré du temps de leurs importantes personnes à la rectification suivante, par rapport au premier énoncé du projet de loi – voir mon billet du 16 septembre dernier titré Arrêtez-les, ils sont fous auquel je ne change rien non plus : la loi ne sera plus applicable en Terre-Adélie, mais seulement en Nouvelle-Calédonie – ça nous laisse au moins une possibilité d’aller lire tranquille. Vive Wallis et Futuna, vive la Polynésie française, tant pis pour les Calédoniens nouveaux ! Ça c’est de la précision juridique, et le sens de la lecture numérique, ô Sénat de nos sénateurs !

Il reste une injure symbolique : la loi continue, dans son article 1, d’appliquer le mot accessoire à ce tout ce qui fait le fonds de la démarche numérique, un basculement aussi radical que celui du rouleau au codex, dans l’équilibre même du texte et de ce qui le réalise et le diffuse. Dans cet accessoire nous persisterons. Nous nous revendiquerons désormais de l’accessoire : soyons l’accessoire en marche, ô Sénat de nos éditeurs !

Maintenant, du sérieux, l’article premier de cette loi maintient cette notion pour moi juridiquement invraisemblable du susceptible. Toute personne susceptible de devenir criminelle sera pendue : vous voyez ça, dans notre constitution ? Allez à l’inverse (c’est pour jouer) : toute banane déposée sur un scanner de poche est donc susceptible d’être imprimée et relève de la loi sur le prix unique du livre numérique. La loi sur le prix unique du livre numérique est donc une loi pour les bananes, qu’on se le dise, qu’on le répète.

Pour le reste, je maintiens. Notre petit laboratoire publie.net devrait recevoir le prix Montyon de la vertu de l’Académie française, puisque depuis le début on se l’applique à nous-mêmes, cette loi : un texte proposé 5,99 sur notre site, et qui rapporte très précisément 0,98 euros de TVA à l’État à chaque téléchargement (mais, sur les sites de vente en ligne, vous pouvez toujours déclarer que vous habitez en Guadeloupe [1], ça baisse, et n’est pas repérable par géo-localisation des cartes de crédit), est aussi proposé 5,99 sur l’iBook Store ou chez nos chouettes revendeurs comme bibliosurf et les autres. Ce qu’on applique aussi, et qui en est la conséquence en parfaite illégalité au regard des lois sur la propriété intellectuelle, c’est une rémunération de nos auteurs à 50% de nos recettes. Il semble que la SGDL ait un peu tardivement compris qu’il y avait problème. Donc, loi Prisunic ou pas, ça ne changera rien pour publie.net, et de toute façon on n’entre pas dans leur périmètre.

Notons qu’ils se sont tellement emmêlés les pieds dans leur propre ficelle, qu’il ne reste plus rien de la volonté d’inclure les bibliothèques dans le périmètre, ils ont eu la trouille – tant mieux. Reste aussi la suppression de cette phrase infamante ou débile, qui mettait la littérature scientifique d’un côté, et la littérature tout court de l’autre – tant mieux. Reste quoi, alors ? Une vague volonté d’endiguer les plateformes d’auto-publication, ou tout ce qui ressemblerait à du gratuit, ô l’affreux mot : est-on sénateur gratuitement ? Cherchez sur le web combien ça gagne au mois, un sénateur, calculez aussi ce qui leur est versé de retraite s’ils ne le sont plus, multipliez à l’année et regardez ce que ça fait : ça n’est pas tout à fait les mêmes sommes que l’économie du livre numérique, ô démocrateurs : des fois on devrait les inverser avec l’Académie française, voir si ça fait une différence...

Reste que le SNE, qui a fait tant de lobbying (voir récente et grandiloquente prosternation aux pieds du député sarkozyen Gaymard, co-signée avec SGDL, ABF et SLF, ô joie : "le député Gaymard, auquel rien du livre n’est étranger", encore plus ridicule que comique) pour cette loi banane, se tire une énorme balle dans le pied – elles vont avoir du mal, les structures lourdes, dans les joyeuses vagues à régate de l’invention numérique.

On ne perdra donc pas plus de temps avec tout ça. On leur souhaite bien du plaisir.

Vive le Sénat ! (À qui ça va faire du bien, la retraite à 67 ans, sûr qu’ils vont pourvoir en profiter, de leur Kindle, et peut-être même lire un livre, une fois.)

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curieux syllogisme pour une loi sainte

Curieuse maladie quand même, la profusion de bruit sur l’apparition d’un Prix unique du livre numérique, en rapport à la condition naissante dudit livre numérique, et probablement de la consommation personnelle au compte-goutte de livres numériques par ceux qui en parlent.

Reprenons le syllogisme. En 1981, devant la montée en pression des grandes surfaces qui s’accaparent le plus facile du livre de grande diffusion, Jack Lang construit une loi imposant le même prix de vente du livre partout, à 5% près.

Conséquence évidente : un réseau de librairies riches et pointues maille le territoire (Mollat à Bordeaux, Ombres Blanches à Toulouse, Sauramps à Montpellier, Dialogues à Brest etc...), qui sont des entreprises en bonne santé, des lieux qui ne sont pas seulement marchands mais participent à l’économie culturelle de leurs villes respectives. Cela n’a pas empêché une mutation lourde de la librairie : bipolarisation entre ce réseau de librairies de référence (conforté il y a 2 ans ans par le label LIR, qui a fait parler de lui 6 mois) et disparition progressive des établissements intermédiaires, montée en puissance des enseignes dites culturelles, assurant 60% de leur chiffre sur moins de 500 références, tandis qu’échappe à la librairie une masse de plus en plus considérable de ce que devait protéger cette loi : les dictionnaires, guides et encyclopédies (on n’en achète plus, on utilise Internet), les commandes collectives, bibliothèques notamment, dépendant d’offres de marché public et monopolisées par trois grossistes (dont Fnac et Decitre). Autre mutation : une offre éditoriale pléthorique mais de plus en plus consensuelle et interchangeable, en attente du coup (1,5% des titres représentant 50,6% des ventes) et une production artisanale de plus en plus livrée à l’auto-diffusion (1200 éditeurs se partagent 1% des ventes) : les tables d’une librairie d’aujourd’hui, quand la durée moyenne d’un livre en librairie est de 5 semaines, n’ont plus rien à voir avec celles d’une librairie du temps de la loi Lang – le livre de poche, notamment, avec ses prix entre 5 et 7 euros, assurant le volant essentiel du commerce. Tenez, regardez vos journaux préférés parler de la rentrée littéraire : les 13 livres tirés à plus de 50 000 exemplaires... Et si, longtemps, le marché du livre est resté une sorte d’île de santé, l’érosion désormais est embrayée : oui, à temps lecture global identique, la lecture Internet a commencé de tailler sa place nécessaire, et personne pour ne pas s’imaginer une nouvelle ligne d’équilibre avec un marché du livre probablement à 30% de moins d’ici 3 à 5 ans, et ça n’empêchera pas qu’on en achète et qu’on en lise, des lives, ça n’empêchera pas qu’on aime et fréquente nos librairies.

D’où le syllogisme : une loi sainte a sauvé les librairies de ville, créons une loi sainte sur le livre numérique et on sera sauvé. Ça tombe bien, les administrations ministérielles sont pléthoriques (la direction du spectacle dit vivant envoyait généreusement par la poste, le mois dernier – je l’ai même reçue 2 fois – son organigramme complet comme si on en avait besoin, et je n’aurais pas voulu payer la facture d’imprimeur et les timbres : près de 150 personnes. Au Centre national du livre – CNL –, pas moins de 60 personnes), occupons-les... Ajoutez pour la sauce deux syndicats croupissants qui doivent bien se trouver justification d’existence : créons une loi, lançons le Prix unique du livre numérique !

 

de la lecture et du chou-fleur

On ne sait plus quoi faire pour que ça lise dans les facs et les lycées ? On ne sait plus quoi faire pour qu’il y ait du monde dans les librairies le samedi ? La faute à Internet ! Créons une loi ! Me souviens, il y a quelques années, d’avoir été bloqué sur une route près de Morlaix par des agriculteurs en colère (ma chère Bretagne a toujours eu propension à la monoculture) : pour la survie du chou-fleur, on distribuait un tract demandant le chou-fleur obligatoire dans les cantines scolaires une fois par semaine. La solution ! Voilà ce qu’est le Prix unique du livre numérique ! Pendant ce temps, ceux qui turbinent depuis des années pour des expériences d’écriture en partenariat avec l’éducation nationale, on coupe tous les dispositifs un à un. Les facs, qui voulaient bien nous accueillir (oh, discrètement, pas comme ces départements de création auxquels j’ai participé l’an passé au Québec) nous définissent désormais comme des agents culturels extérieurs : avant on disait écrivain invité – plaignez-vous que le maillon lecture ça ne colle plus avec vos injonctions dites d’un ton pathétique : les jeunes, ah, qui ne lisent plus (et combien de temps par jour sont-ils devant du texte-écran, et qui prendrait ça au sérieux pour assurer la médiation vers la lecture dense ?)... Réponse : créons un Prix unique du livre numérique !

 

et vous avez compris comment ça marche, vous ?

Concrètement, bon, on attendra que ça sorte pour comprendre. Il s’agit de définir pour le livre numérique un prix indexé sur le livre papier. Mais nous, ce qu’on leur suggère, à ces chers vieux éditeurs accroupis sur leur magot d’économie familiale et la BNP du 6ème arrondissement, c’est de jouer le numérique au prix du poche... Hauts cris : – On n’a pas le droit de mettre en danger l’économie du poche ! (Texto, entendu en juillet, et pas d’un moindre.) C’est ça, le prix unique du livre numérique : commencer par évoquer le danger, protéger comme on protège les koalas, dans les zoos, avec reproduction artificielle par insémination.

Tiens, en juin dernier, j’achète 3 Novarina chez POL, des bouquins qui me sont indispensables, qui font partie de moi. Je les paye quasi le prix du papier via la chaîne Eden-ePagine-libraire (voyez comme c’est simple), j’obtiens lien de téléchargement de 3 PDF, et découvre que ces PDF ne disposent ni de la recherche plein texte, ni d’une table des matières interactive (8 minutes pour rajouter à un PDF), et que le copier-coller même de 3 lignes est interdit... Et ça s’appelle produit commercial ? – Achetez ma baguette, mais ce n’est pas une baguette pour manger, dit le boulanger, juste pour regarder. Sans compter qu’avec mes sous ils redistribuent une prime à Adobe qui gère au niveau international les DRM, et là que je viens de changer d’ordi et donner mon vieux au fiston, la galère pour les lire, les Novarina... Réponse évidente : Prix unique du livre numérique !

Bon, ça va servir à quoi ? Voir précédemment, on attendra qu’ils nous l’expliquent. Qu’Amazon et Apple ne diffusent pas le fichier moins cher qu’ils ne le leur vendent ? Mais c’est eux, les éditeurs, qui fixent en amont le prix de vente. Que le même fichier de téléchargement soit vendu le même prix sur toutes les plateformes ? Mais c’est déjà le cas. Remarquez que je ne dis pas, que personne ne peut me prendre en faute à dire ceci : si les éditeurs sont si accrochés à leur Prix unique du livre numérique, c’est parce qu’ils veulent enfin le droit de vendre directement les fichiers depuis leur site, sans passer par le libraire, sous prétexte que ce sera au même prix. Non, je ne le dirai pas, je ne l’ai pas dit.

Le Prix unique du livre numérique est simplement croupion, parce que décalqué du système basé sur le transfert de propriété d’un objet matériel, le livre – tandis que les usages neufs de la lecture numérique créent d’autres écosystèmes, par abonnement à un catalogue et non lecture titre à titre, par accès à distance depuis carte de bibliothèque d’un établissement public, par économie de la contribution, etc. : en bref, là où nous on a commencé d’aller, et pas eux.

 

d’un problème pour moi plus sérieux

Alors arrivons à un problème qui me préoccupe beaucoup plus, mais ça ne leur a pas franchi l’étage cheville des baskets : nos textes, numériques ou imprimés, relèvent évidemment de la propriété artistique. Une loi en France contraint à ce que le contrat d’auteur, en matière de propriété artistique, soit basé sur le prix de vente, et non sur la recette. Ce qui oblige, par exemple, lors d’une sortie en poche, à vous faire signer une lettre-avenant spécifiant que vous acceptez 5,5% sur le prix de vente du poche. Or, dans ce qui commence à naître d’un marché du livre numérique, l’important c’est de multiplier les points de diffusion : si vous achetez sur le site de l’éditeur, tant mieux, si vous achetez sur l’iBookStore d’Apple pour lecture immédiate sur votre iPad, tant mieux, là où la chaîne (maintenant que la Fnac se décide !) ou bien le libraire (Dialogues, ou les libraires relayant ePagine) propose votre fichier à son public, c’est sa médiation qu’on rémunère. Prix de vente identique, mais évidemment une chaîne de remises : l’auteur touchera moins par fichier vendu, mais aura un cercle de diffusion plus large, c’est gagnant-gagnant comme disent les commentateurs sportifs. Et c’est exactement comme le poche, où on concède des droits plus faibles, sur un livre vendu moins cher, mais qui donne accès à un public plus large. Seulement voilà : on se met ainsi dans l’illégalité complète. Me voilà locataire d’une piaule d’étudiant à Bruxelles pour le fiston évoqué ci-dessus, faudrait pas me chatouiller beaucoup pour que j’y installe mon publie.net, sans compter toutes les économies que je ferais en impôt sur l’exercice, greffe de tribunal du commerce, etc., indépendamment du fait que publie.net reverse déjà à l’État français plus de TVA que Google et Amazon réunis (ah, faut avoir le moral...). Cette question de la rémunération auteur à la recette, et non au prix de vente, c’est pour moi un vrai problème, mais non, il ne relève pas du Prix unique du livre numérique !

 

ma grand-mère parlait de pansement sur une jambe de bois

Bon, ce sera un pansement sur une jambe de bois, ça alimentera les articles des journaux et ça ne changera rien à rien, parce qu’ils ne sont pas naïfs, les syndicats professionnels (il paraît que le SNE a récemment changé de moquette) : disons qu’à faire tant de barouf sur des choses très obscures, ça conforte les dossiers de subvention : – Ah, payez ma numérisation, ah confiez-moi de ces fonds européens pour la survie des espèces menacées, ah joignez moi au Grand Emprunt du Président-Saint, et tout le monde est content. L’important pour leur messe, c’est de chanter : – Voyez comme tout va mal ! L’édition n’embauche plus depuis longtemps, et vit sur ses stagiaires ? Mais comptez donc les emplois créés en trois ans par la galaxie du web (même nous, à notre toute petite échelle) : alors oui, occuper la galerie ça peut s’avérer vital.

Sauf que nous on rame : parce que ce qui m’intéresse, moi, c’est comment créer un désir de lecture. Comment faire que dans les campus abonnés à publie.net, là où quelques volontaires ont fait l’effort d’insérer nos ressources dans les catalogues, fait l’effort d’autoriser l’accès à distance pour chaque étudiant moyennant son log-in de la fac, il y ait le souhait de découvrir des auteurs, des formes, d’entrer dans un partage actif d’idées et d’esthétiques. Faire qu’on considère le lecteur autrement que comme un client (voir Le Crosnier). Mais ça, débrouillez-vous. On me l’a confirmé au CNL début juillet : pas possible de vous considérer comme éditeur, pas possible de vous aider en quoi que ce soit (chiffre d’affaire annuel minimum 100 000 euros, mais quand j’y arriverai, dans 2 ans mettons, je n’aurai plus besoin de leur aide. Je précise d’autre part : la lecture via les bibliothèques me paraît un chantier des plus décisifs, mais dans la réorganisation Albanel-Sarkozy du ministère de la Culture, les bibliothèques ne relèvent plus du CNL, aberration criminelle mais qui n’est pas de leur fait).

Allez, ne tombons pas dans le piège. On va vous en parler jusqu’à plus soif, partout, du Prix unique du livre numérique. Laissez tomber. Dites : – On s’en fout. Parce que c’est le cas, croyez moi.

De toute façon, ça ne concernera que les croupissants, ceux qui veulent pousser à la main dans les fins tuyaux virtuels leur camelote de consommation standardisée, romans de la rentrée, prix du système à prix, ces mêmes machins qu’on voit partout dans les gares et les supermarchés.

 

passer de la peur au désir, du danger à l’invention

Là où ça invente, ce n’est plus chez eux, et c’est ça qui les terrifie. Mais ça, c’est la loi commune. Et ce n’est pas aider un système bancal, que le considérer comme espèce menacée – ça, c’est plutôt la maladie française, ce qui reste du Tout État en ruine. Mieux vaut d’aller au contact, encore faut-il quitter vos bureaux. Vous voulez que ça lise chez les jeunes : et si vous commenciez par accepter des textes de ceux qui écrivent aujourd’hui ? Ça ne ressemble pas à vos petits romans en 160 pages qui ne se vendent pas plus en numérique qu’en papier ? Ben tant pis pour vous, nous on les accueille – et on les relit, on les travaille, on les édite. Et que ça permette aux auteurs de gagner trois sous, pour s’acheter un micro ou changer leur ordi : on propose partage égal de la recette, 50% pour l’auteur. Aux États-Unis, pas moins de 23% pour l’auteur. En France, les mêmes éditeurs syndiqués : 11 à 14%. C’est comme ça qu’on se fait avoir et qu’on perd sa place ? Bien dommage.

On avait suffisamment proposé, et de bien longtemps, de jouer ensemble, d’oser ensemble. Ce qui les terrifie, c’est ça : que dans ce qui émerge, le pacte éditorial soit différent. On ne cesse pas l’édition, on la recompose dans le paysage neuf. Sans eux ? Pas si grave, on a tout appris chez eux, mais tout le monde est parti sauf eux.

 

Vive le Parti unique, la consommation unique, le Prix unique !

Le Prix unique du livre numérique, on s’en fout, parce que ce qu’on propose n’appartient même pas au livre (qui se définit par son caractère imprimé, d’où le fait que leur loi croupion ne s’appliquera qu’aux ouvrages transposés du papier – s’ils voulaient appliquer leur Prix unique aux pure player du numérique, cela supposerait par conséquence de nous gratifier de la TVA réduite du livre, ce qui n’est pas pour demain).

Nous, ce qu’on propose, c’est un autre pacte de lecture, plus près de ce que Duras nommait le lire-écrire avec tiret, et là pour moi c’est un enjeu profond. C’est construire une communauté d’auteurs-lecteurs, ce sont des abonnements à un service consenti et participatif, c’est une facilité de lecture en ligne tous appareils et toute géo-localisation, ce sont des paysages de formes et d’écriture qui naissent déjà en fonction des façons neuves de lire – c’est de toujours que la littérature est née directement d’une énonciation renouvelée du monde, ça valait pour Hérodote autant que pour Balzac ou Proust. Écoutez-les pleurer sur les réseaux sociaux : parce que ça ne bavassait pas, dans les bistrots de Saint-Germain ou du boulevard Montparno ? Moi j’y suis, sur Face Book et sur Twitter, et non seulement j’y trouve beaucoup de plaisir, mais un espace critique bien plus nerveux et réactif, et insolent, et perspicace, et découvreur, que les vieux suppléments littéraires des journaux papier. Ah, qu’ils l’établissent, leur Prix unique du livre numérique, pendant ce temps-là on est tranquilles pour avancer, et quand ils se réveilleront tant pis si on a un tour d’avance – leur Prix unique du livre numérique ne peut même pas nous concerner...

Allez, je vous fiche la paix, sinon vous allez m’en vouloir aussi. On a tellement mieux à faire. Sauf qu’à partir de maintenant on prononcera à chaque fois la phrase en entier, d’un seul souffle (suffit de bien placer la virgule) : – Le Prix unique du livre numérique on s’en fout, complètement !

Prix unique du livre numérique ? Zappez tranquille. (Photo : beauté des outils agricoles périmés, le râteau – ce n’est pas une métaphore.)

[1Inscrivez par exemple systématiquement 6 boulevard Général Félix Eboué 97100 BASSE-TERRE – on rappelle que sur les ventes hors UE, téléchargements comme abonnements, la TVA n’est pas applicable, et déduite automatiquement du prix de vente annoncé.


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1ère mise en ligne 2 novembre 2010 et dernière modification le 2 novembre 2010
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