Régis Jauffret sur publie.net, trois fois

faire vivre ses archives via le numérique, c’est ouvrir l’atelier de l’écrivain


Grande joie et respect à accueillir Régis Jauffret sur publie.net.

De Régis Jauffret, je suis lecteur lambda, on s’est croisés 2 fois, une fois au Marathon des mots de Toulouse, avec le grand Bernard Wallet au milieu, mais je crois que Régis ne m’a même pas identifié, en tout cas on parlait tous deux à BW mais on ne s’est pas parlé, et plus récemment à France Inter, on a vidé une bière aux Ondes avec Mohamed Aïssoui et ça c’était un bon moment.

Mais je le lis depuis le début, ou peut-être pas : depuis Clémence Picot en tout cas, et l’étonnant atelier qui s’est ouvert quand le personnage s’est évadé de chez son premier auteur. Puis il y a eu Univers, univers et évidemment le monument Microfictions.

On est dans un système où les objets de l’industrie culturelle vieillissent selon les besoins de ceux qui les vendent, alors qu’un auteur se dépossède de lui-même à chaque arrachement qu’est une étape, une invention formelle. Dans les livres de Jauffret, le monde contemporain – sa frange molle, c’est mal parler : disons, là où les visages, les fenêtres de la ville sont le miroir ou le magma impalpable qui fabrique la continuité du monde, mais où le veilleur – le provocateur, le rieur ou le décapeur qu’est l’artiste, quitte à la cruauté, à l’excès – a pour tâche de mettre à nu, retrouver les forces souterraines. Toujours se souvenir que Flaubert ou Stendhal n’intitulaient pas leurs livres romans mais moeurs... C’est cet arrière-fond qui fascine chez les écrivains à muscle, Jauffret est un de ceux-là, par l’ampleur, par la permanence. La brièveté, les écarts formels, la largeur de spectre des Microfictions, la façon dont chaque figure narrative arrachée à la ville provoque sa propre figure de récit, c’est évidemment un repère majeur.

Alors publie.net. C’était l’idée de départ de mon projet, que nos textes d’Olivier Rolin illustrent bien : notre laboratoire, contrairement à celui du peintre, n’est plus visible une fois diffusé dans la revue, l’émission de radio, la conférence qui en avaient été le premier visage public. Or, comme les livres, pas de date de péremption : on voit à nu le travail, ce qui se cherche, dans la langue, dans le monde.

Il va y avoir, d’ici quelques jours, un site Régis Jauffret, avec des vidéos, une séquence blog – tant mieux, d’autant que son récent livre à partir de l’affaire Stern initie bien des débats (lire Emmanuel Pierrat). Régis souhaitait y diffuser ces textes de son laboratoire personnel : mais le ticket d’entrée a augmenté. Nous avons notre propre licence d’accès à l’Apple Store pour la diffusion iPad (entrez donc publie.net dans la case recherche de l’iBook Store), la mise au point des formats epub pour les Sony ou CyBook, il faut aller au-delà de la simple mise à disposition d’un PDF auteur. C’est ce que nous n’avons cessé d’apprendre, en équipe, depuis 3 ans. Et puis il y a la question de la diffusion : le contemporain c’est fragile. Bien sûr, le nom de Régis Jauffret va conduire facilement ses lecteurs à son site. Mais le dialogue du texte et ce qu’il nomme, c’est le lancer aussi hors de notre jardin – mutualiser nos textes sur une plateforme comme publie.net, c’est la redistribution via 25 libraires (ceux d’ePagine par exemple, ou Dialogues), c’est surtout l’accès depuis bibliothèques et instituts français (enfin, ceux qui sont nos abonnés !), et là c’est une vraie bagarre ensemble pour la lecture.

Régis Jauffret voulait quelques tuyaux, je lui ai proposé d’accueillir les textes qu’il choisirait, libre à lui de les implémenter sur son site – et rémunération à la publie.net, 50% des recettes pour téléchargement ou péréquation des recettes abonnements. Pour nous, principe de la coopérative : ce que rémunère l’établissement ou le lecteur, c’est la création, directement l’auteur.

Questions de Régis : Et si je veux cesser la diffusion pour publication livre ? – En un clic. Diffusez-vous aussi des livres audio ? – Oh que je voudrais bien...

Merci donc de faire bon accueil à ces trois textes chacun complètement différents de Régis Jauffret : non pas des exercices de style, mais chaque fois une confrontation à un enjeu précis du monde et de la langue.

Il est surprenant que l’éditeur d’un tel auteur n’ait pas jugé à propos la diffusion numérique de livres aussi importants qu’Univers, univers ou Microfictions. Il est d’autant plus vital aux auteurs de s’impliquer eux-mêmes dans cette médiation qu’est l’accès numérique – et tout est tellement plus simple ensemble.

Non, on est dans notre rôle : bienvenue, d’abord. Fierté, ensuite. Et tout simplement apprentissage, travail : rendre honneur au texte avec les outils numériques, faire que ce soit aussi simple que se saisir d’un livre sur sa table de chevet et l’ouvrir. Et si vous voulez les embarquer sur votre téléphone, attention quand même qu’on ne vous voie pas trop rire tout seul dans le métro...

Photo en haut de page : Régis Jauffret, table de travail ? En se baladant sur les archives photos de l’ami Olivier Roller.

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 31 octobre 2010 et dernière modification le 7 novembre 2010
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