Louvain, 2011 | notre voeu d’un livre indestructible

troisième sous-sol toujours, dans la "salle précieuse" de la bibliothèque de Louvain


note du 14 septembre 2013
Il y a 2 ans exactement, j’avais l’honneur d’être l’artiste en résidence annuellement invité par l’université de Louvain-la-Neuve.

Quatre conférences sur la mutation du livre et de l’écrit, un atelier d’écriture d’une dizaine de séances avec des étudiants de Lettres (merci Erica Durante), et une expo dans ce lieu improbable qui sert de sas entre le train et la ville, par où transitent tous les étudiants (merci Frédéric Blondeau, Françoise Hiraux et Marc Crommelinck), plus la présence, les rencontres.

Deux points forts, ma découverte des archives, dans le parking souterrain qui leur a été concédé, et la salle précieuse de la bibliothèque : la résidence aurait pu se centrer sur ces deux lieux...

Traces sur le site :
- cette page, la « salle précieuse » de la bibliothèque (voudrais bien y retourner avec mon nouvel appareil photo !)
- couloir unique des livres, autres vues des réserves de la bibliothèque
- l’archive périra par son papier, une visite du 4ème sous-sol des archives souterraines
- dix questions au livre, l’expo bâtie avec le Service culturel de l’université
- le livre au regard du présent, le making of de l’expo
- sommaire des autres articles

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Louvain, la bibliothèque : notre voeu d’un livre indestructible


Qu’est-ce qui fait considérer un livre comme précieux : son âge ?

Qu’est-ce qu’un livre sauve de son époque, et qu’est-ce qu’il ne transmet pas de son époque ? En sauvant le livre, sommes-nous quittes de son époque ?

Il y a ici des merveilles : incunables impossibles à distinguer de la copie manuscrite, émergence de la couleur dans l’imprimé, vois gravés avec utopies de villes, parfaite typographie d’un Descartes avec ses schémas de l’optique de l’oeil, Journal de Trévoux, cartes (très vieilles cartes), ainsi qu’une anatomie en trois tomes de la vache, un Gargantua de 1547 (je l’ai touché, grand comme mon iPhone) et tant et tant d’autres : le livre était-il si indestructible, que nous ne saurions y parvenir avec nos techniques numériques ?

On trouve des livres annotés, on trouve des livres surchargés de métadonnées rajoutées. On trouve des antiphonaires cassés et usés à force d’avoir été chantés. Des livres soumis aux rongeurs ou à quelle destruction ressemblent à un paysage géographique dans l’érosion du temps.

Rien de plus inégal que le papier, de plus lié à une histoire qui a changé en permanence jusqu’aux bords de notre propre âge, et continue : qu’avons-nous à apprendre de ces monuments de sept, ou cinq, ou quatre siècles ?

Le livre serait indestructible ? En 1914, l’armée allemande bombarde la bibliothèque de l’université de Louvain. Il reste quelques volumes, pour un fragile mémorial. Les livres brûlés témoignent de ce qui fut perdu (tous les autres ont été acquis ou offerts depuis lors).

Qu’est-ce que tout cela nous enjoint de penser pour notre expérience d’aujourd’hui ? Il était bon de commencer ce voyage de trois mois à Louvain-la-Neuve par les réserves les mieux protégées du sous-sol.

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 29 septembre 2011 et dernière modification le 3 janvier 2014
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