à M. le baron Alban Merlin d’Estreux de Beaugrenier, merci


le cruel exemple de la librairie Castela à Toulouse le démontre à qui n’aurait pas compris : l’ennemi des libraires, ce n’est pas Internet ni le livre numérique


Comment ne pas suivre de très près l’annonce de la fermeture d’une librairie historique, fondée en 1917, sur la place même du Capitole à Toulouse, la librairie Castela ?

J’y suis allé une fois, pour le Marathon des Mots à Toulouse, une rencontre sur Julien Gracq. Souvenir d’un endroit bondé, labyrinthique. Mes habitudes à moi sont à 200m de là, librairie Ombres Blanches, et d’ailleurs juste avant cette rencontre me souviens du petit café pris au bistrot d’en face avec Christian Thorel, Didier Daeninckx et Antoine Volodine, avant-dernière fois que je verrais notre cher Bobillier.

L’affaire est emblématique : 200 000 euros de loyer annuel, ce qui en fait, des livres de poche et de cuisine à vendre. J’ai traversé des dizaines de fois la place du Capitole en diagonale, ne me suis jamais demandé à qui appartenaient les immeubles. Ce soir, la réponse : l’immeuble qui abrite Castela appartient à M. le baron Alban Merlin d’Estreux de Beaugrenier, lequel a passé un arrangement avec Orange pour 800 000 euros de loyer annuel, tant que se vendront les téléphones portables. Fermeture de la librairie, 32 personnes dehors.

Alors oui, M. le baron, ce soir je vous remercie. L’histoire est cruelle, mais simple : non, plus personne n’aura désormais le droit de dire que l’ennemi des libraires c’est le web, et le livre numérique le commode bouc-émissaire.

Suis très admiratif aussi la façon dont La Dépêche du Midi rend compte, articles de fond ouverts aux voies toulousaines et citoyennes, dont celle de Christian Thorel, de ce qui est évidemment un événement touchant la communauté.

Question globalement posé sur le destin des centre-villes : nos modes de consommation ont changé, nos modes de socialité ont changé, ils ne sont pas moins humains – dans le web c’est aussi des visages qu’on rencontre –, et il est vital pour l’ensemble des acteurs, non du livre qui va vers son obsolescence, mais du texte et de la pensée, que ce redéploiement s’effectue selon cette recomposition de la communauté et ses usages. Même nos usages de proximité, dans la ville, passent par le web - cela, déjà de nombreux libraires l’ont compris. Ce qui est irréversible : je n’ai quasi plus besoin d’acheter de livres imprimés. J’ai envie d’expérimenter, d’inventer, de jouer – et de trouver des textes qui résonnent avec le risque du présent, non pas le gnan gnan du roman de saison. Ce n’est pas moi qui ferai marche arrière vers une technologie qui m’appauvrit mon expérience de lecteur, ce dont il s’agit, c’est d’aider les acteurs traditionnels à se déployer dans cette nouvelle socialité du texte.

Et suis heureux qu’Ombres Blanches m’invite le 25 janvier pour débattre. Contradiction riche de fausses antinomies multiples, ne nous laissons pas piéger.

Ce que j’affirme : cette complexité neuve passe aussi par la reconnaissance des acteurs neufs, pas seulement publie.net (et une quarantaine d’éditeurs pure players déjà avec nous) mais toute une galaxie de réflexion et de pensée, qui inclut des émissions de radio, la presse en ligne et une poignée d’acteurs dont le web est le média principal, un fondement intellectuel qui ne passe plus par le vecteur imprimé mais par des sites comme Internet’Actu et tant d’autres.

Ce soir, à Europe 1, bref échange avec Jack Lang : non, la loi dite prix unique du livre numérique (#Prisunic) n’est pas une réponse adaptée – « elle est illusoire » m’a répondu Jack Lang en direct. La loi Lang de 81 sur le prix unique du livre n’est pas caduque, mais elle n’est pas transférable au numérique. Et si la librairie indépendante ne représente plus que 37% du marché du livre, c’est aussi parce que, vendant à même prix client, mais obtenant sur un nombre très réduit de références des remises bien plus considérables que les vrais libraires, les enseignes de grande distribution en tirent une marge bien plus grande, et sont donc de plus en plus offensives dans ce secteur du livre-soupe. De la loi Lang de 81, comme des droits d’auteurs à ne pas sanctifier, mais à rejouer dans une économie différente, osons parler autrement que comme un monument historique.

Laissons. Les temps sont graves, parce que ceux qui nient la bascule avec des paroles lénifiantes sont ceux qui probablement contribuent le plus fort à éloigner le désir des librairies indépendantes.

Non, la question n’est pas de contrôler, mot qui est en passe de devenir le nouveau marronnier associé au web. Oui, la bascule numérique est déjà présente, latente, ce qui n’était pas le cas il y a encore 6 ou 8 mois. Protéger à tout prix l’existant, avec des désastres comme les 500 000 euros d’argent public mis dans 1001libraires qui semble prêt de rendre son tablier (4 licenciements sur 7 postes) à moins d’1 an de l’ouverture, ce n’est pas la bonne façon de s’y prendre, quand on laisse végéter des initiatives d’esprit aussi neuf que bibliosurf.

Les Toulousains se battent pour trouver une solution à la fermeture de Castela, on va suivre cela de très près, nonobstant M. le baron – ci-dessous quelques extraits de La Dépêche du Midi et les liens source.

Mais indispensable lecture de 2 importants articles d’Hubert Guillaud dans La Feuille, hébergée par lemonde.fr :

Avec la brutalité symbolique de la fermeture de Castela par M. le baron et Mme Albanel, on est peut-être enfin entré dans une période de parler clair : quand enfin les mecs comme nous ne serons plus les boucs émissaires, peut-être pourrons-nous travailler ensemble : ce n’est pas ceux du web les moins sensibles à la dureté de la situation actuelle. La seule différence, c’est que de notre côté on croit moins à la politique de réserve indienne (lire Kuessipen).

Les boulots, mais d’abord la création, l’expérimentation de formes, tout ce qui faisait du livre un métier pas comme les autres, le numérique en est maintenant le territoire. L’opposition n’est pas entre le livre papier et le livre numérique – elle est que le meilleur libraire ne pourra vendre que ce qu’on lui donne à vendre, et qu’en amont ça s’étiole de plus en plus, avec des normes de circulation et de production de plus en plus éloignées de ce que nous nommons littérature, elle est que l’invention de formes qui disent le présent, et permettent écart avec lui, naissent et désormais se diffusent sur le web. N’en pas prendre acte, et il y aura d’autres Castela.

Pour notre part, côté numérique, pas possible d’attendre : on l’a déjà beaucoup trop fait. Mais bouc émissaire, ça ne passe plus – ce n’est plus crédible. Et c’est de cela que je voulais nommément vous remercier, monsieur le baron.

FB

Photo ci-dessus : Toulouse, Ombres Blanches. Et lire ici l’ensemble des articles de la Dépêche du Midi.

 

Toulouse, les libraires ne veulent pas mourir


Source : La Dépêche du Midi, 23/11/2011, accompagné d’une photographie avec la légende suivante : « Les libraires souffrent de la concurrence avec Internet et les grandes enseignes de la périphérie » (sic).

La fermeture annoncée pour février 2012 de la librairie Castéla, place du Capitole, pose la question du devenir de la profession dans le centre ville.

Le 18 février 2012, la librairie Castéla tirera son rideau (lire nos précédentes éditions). La fin d’une institution pour de nombreux Toulousains et la disparition d’un commerce place du Capitole. Derrière le cas particulier d’une opération immobilière, c’est la question du devenir des librairies qui se pose.

« Depuis deux ans, avec la chute du lectorat, la concurrence de la vente en ligne et la crise économique, l’activité du livre a ralenti. En centre ville, la librairie est le commerce où les marges réalisées sont les plus faibles. » souligne Christian Thorel qui dirige la librairie Ombres Blanches depuis 35 ans et emploie 42 salariés. La librairie, qui concentre 35 % des ventes de l’agglomération, souffre, comme ses homologues du centre ville de la concurrence de la vente par internet et de l’attractivité des grandes enseignes installées en périphérie. « Personnellement, je ne vois pas ce qu’un centre commercial a de séduisant. Au rayon livres, les vendeurs sont peu nombreux et leur offre ne dépasse pas les 45 000 titres quand on en propose 110 000.Il est dommage que le centre ville de Toulouse n’ait pas su rester attractif. Tous ces travaux qui s’éternisent nuisent au commerce. D’ici trois ans, il y aura des morts », avertit Christian Thorel.

« 2011 a été la plus dure des trois dernières années. Nous sommes un peu excentrés par rapport aux autres librairies et les travaux nous ont causé beaucoup de tort. Ce sont nos clients fidèles qui nous sauvent », confirme Rachid Akhmoun, directeur de la librairie Privat du réseau Chapitre.com.

« De nombreux lecteurs pensent que les grandes enseignes vendent moins cher. Tout le monde a oublié la loi Lang sur le prix unique du livre. La fermeture de Castéla est un coup dur pour ses salariés et pour la culture à Toulouse. Rien n’est fait. La quatrième ville de France n’est même pas capable d’organiser un salon du livre digne de ce nom, ce n’est pas le Marathon des mots qui va nous sauver », peste encore ce dernier.

« Le départ de Castéla m’attriste et je me demande ce que va devenir la place du Capitole. Mais les librairies existent encore à Toulouse et cherchent à s’en sortir. On se demande surtout à quelle sauce on sera mangés par le numérique. Aujourd’hui, un étudiant fait d’abord son marché sur internet », glisse Sébastien Pressac, directeur de la librairie Gibert Joseph, rue du Taur.

 

Librairie Castela : silence, on ferme.


Source : La Dépêche du midi, 22/11/2011.

Après l’annonce de la fermeture de la librairie historique de la place du Capitole, les salariés balancent entre incertitude et angoisse. Ils devraient être officiellement informés sur leur sort ce matin.

Ce pourrait être un lundi matin comme les autres. Dans les allées feutrées de la librairie Castéla, le client est rare. Mais pour les employés signalés par leur gilet d’un jaune pétard, le cœur n’y est plus. Depuis qu’ils ont appris, il y a une quinzaine de jours, que « leur » magasin allait fermer en février prochain, ils doivent se débrouiller avec le silence de leur direction et l’angoisse de perdre leur travail. À cran. « Je suis arrivé en 2000 et j’ai toujours entendu parler de rumeurs sur l’augmentation du loyer, explique Jérôme, mais cette fois, c’est plus des ragots, c’est vrai ». Le loyer, ou plutôt son augmentation, est officiellement la raison de la fermeture programmée de la librairie, qui est irréversible et sera effective au 18 février 2012. Le propriétaire des murs, Alban Merlin d’Estreux de Beaugrenier, directeur général de la SGI, ne se satisfait plus des 200 000 € annuels que lui versait Georges Blanc, le patron du magasin. Il en demande aujourd’hui quatre fois plus, soit 800 000 €. Autant dire un arrêt de mort. « C’est de la pure spéculation immobilière », explique-t-on à la mairie de Toulouse, où l’on surveille le dossier de près. Selon les experts, le prix annuel du marché pour ses 1 800 m2 en plein centre ville serait de l’ordre de 340 000 €. Encore beaucoup trop pour Georges Blanc. Pour comparaison, le loyer du Bibent, qui vient de rouvrir ses portes juste en face de la place est de 28 000 € mensuels. Et ce n’est pas le cachet historique d’une institution née en 1917 qui pèse lourd face aux histoires de gros sous. « C’est glauque. On est triste », résume un employé à qui l’on a demandé de ne pas parler. Pour lui, comme pour la trentaine de salariés de la librairie, la brutalité de l’annonce est difficile à encaisser. Certains ont entre 25 et 30 ans « de boîte ». Et ne savent pas de quoi sera fait leurs lendemains. Fatalistes et résignés. Parfois en colère face au silence de leur patron. L’explosion annoncée du loyer est-elle la vraie explication ? D’aucuns en doute, s’interrogeant sur la volonté et la capacité de la famille à pérenniser l’affaire. Hier, Georges Blanc s’est rendu à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) « Nous travaillons activement avec eux et Pôle Emploi pour accompagner les reclassements », nous a-t-il dit, précisant « qu’un processus de concertation déjà initié se poursuit avec les partenaires sociaux ». Il était question de réunir ce matin le personnel de la librairie pour enfin lui expliquer la situation réelle. Des explications très attendues.

Le sort de la librairie Castéla ne laisse pas les Toulousains indifférents. Une pétition en ligne a été lancée pour tenter de sauver ce qui peut l’être. Hier, ils étaient déjà plus de 200 à avoir répondu à l’appel qui vise 5 000 signatures. Alexandre Lecouillard, lui, veut soumettre la question à l’assemblée populaire des Indignés qui doit se réunir ce soir aux « Pavillons sauvages » dans le quartier des Minimes. « Je pars du principe que la librairie c’est un métier, une passion, ça n’a rien à voir avec les grandes surfaces », explique-t-il. La solidarité s’exprime aussi directement dans le magasin. « Je suis surprise et triste, explique Emma, venue chercher un livre qu’elle avait commandé. Une librairie qui ferme, en centre ville, c’est dur, ça fait mal au cœur ». La jeune femme prend le temps de discuter. « On reçoit beaucoup de témoignages de sympathie », confirme, un employé.

 

Fermeture de Castela, colère et tristesse des Toulousains


Source : La Dépêche du midi, 17/11/2011.

Plus de 15 000 lecteurs ont cliqué hier sur l’article « Castéla : une page se tourne » publié sur « Ladepeche.fr ». Vos nombreux courriers oscillent entre tristesse et colère.

« La Dépêche » l’annonçait hier : la librairie Castéla va fermer ses portes en février 2012. Les Toulousains vivent mal cette annonce. Ils estiment que le Capitole va perdre un peu de son âme.

Le chiffre : 94 ans d’existence. La librairie Castéla existe depuis 1917 à Toulouse. Elle s’étend sur 1 800 m2 et les clients peuvent profiter d’une offre de livres, manuels scolaires et papeterie étalée sur quatre niveaux.

« Je suis dégoûtée, je ne comprends pas que la mairie ne bloque pas certaines ventes. » L’annonce de la fermeture de la librairie Castéla en février 2012, même si elle n’est pas encore officielle, s’est propagée à grande vitesse sur la place du Capitole. Les commerçants sont sous le choc. « C’est très dur pour Toulouse de perdre une librairie indépendante. C’est très préjudiciable pour le cœur de ville », regrette Christian Thorel, le directeur d’Ombres Blanches et membre du syndicat des libraires. « Avec une librairie en moins, la place va baisser d’un point de vue culturel. », constate, un peu amer Gaston Gayet, le bijoutier. Comme nombre de commerçants du Capitole, il dénonce la hausse des loyers qui oblige les indépendants à tirer le rideau. La spéculation immobilière est en effet très forte à Toulouse, comme ailleurs, et la mairie ne peut pas toujours faire grand-chose (lire ci-dessous). « L’emplacement de Castéla est très symbolique et attire les convoitises », détaille Christian Thorel, qui vit cette fermeture comme une défaite des libraires. « ça participe à la disparition du livre », assène-t-il.

« Nous arrivons à des villes complètement uniformisées, où il n’y a plus que des grandes enseignes », se désole Philippe Déro, le bijoutier de la rue de la Pomme.

Les 1 800 m2 de Castéla sont en effet convoités par Orange, au grand dam des Toulousains. « Cet emplacement nous intéresse énormément, comme d’autres à Toulouse. Pour le moment, ça reste un projet à l’étude », confirme-t-on à demi-mot chez Orange. Le vendeur de téléphone ambitionne d’ouvrir une boutique « d’un nouveau genre, où il n’y aura pas que du commercial ». L’opérateur cherche donc de nouveaux lieux. « À Toulouse, il manque une grande boutique ». La place du Capitole serait alors une belle vitrine.

Si le projet se concrétise, les Toulousains ne vont pas reconnaître le Capitole. « Des enseignes de téléphonie, il y en a à revendre. C’est triste, et à force, la place va perdre son âme », regrette Monique du Florida.

Tous les Toulousains ont, un jour ou l’autre, franchi les portes de la librairie de la place du Capitole. Des étudiants viennent y acheter un cahier, un livre du programme et cette expertise en matière d’ouvrages scolaires et de papeterie, notamment, sera difficilement remplacée à Toulouse. « C’est symptomatique de cette société. On parle de décroissance, d’écologie mais à côté de ça, le téléphone est plus important que le livre », s’indigne Sandrine du café Chez Albert. Sa colère passée, elle a une pensée pour les salariés qui rentrent dans une période difficile. « Nous sommes inquiets pour notre avenir, on ne sait pas ce qui va nous arriver », témoignait hier un employé devant l’enseigne. Une question est en effet sur toutes les lèvres : la librairie peut-elle rouvrir ailleurs ? Les salariés et les Toulousains se raccrochent à ce maigre espoir.

« C’est dommage que les artisans doivent partir de la place du Capitole. Le livre fait partie de notre patrimoine ». Christian Constant, propriétaire du Bibent

Face à cette annonce qui les bouleverse, les Toulousains s’en remettent à la mairie et espèrent une autre issue pour cette librairie historique. Mais la mairie n’a pas de marge de manœuvre sur ce dossier. « Il s’agit d’un problème privé et nous ne pouvons pas préempter la vente ou le bail, pour une simple raison : il n’y a ni vente ni bail à céder », rappelle Isabelle Hardy, adjointe en charge du Commerce.

Le propriétaire des lieux fait simplement valoir son droit d’éviction et va payer une indemnité à Castéla pour récupérer le local. Libre à lui ensuite de relouer les locaux au commerce de son choix. Mais les loyers ayant explosé autour de la place, il est peu probable qu’un commerce indépendant s’installe.

La mairie n’étant pas commerçante, elle ne peut pas non plus racheter le bail. Isabelle Hardy a tout de même promis de prendre contact avec le propriétaire.

Fermeture de la Librairie Castéla : une page se tourne
Créée en 1917 par Madame Castéla, la librairie phare de la place du Capitole est dirigée depuis quarante-cinq ans par la famille Blanc. Elle fermera en février 2012.



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écrit ou proposé par François Bon _ licence Creative Commons BY-NC-SA (pas de © )
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 novembre 2011
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Messages

  • ... je partage ton analyse. Encore une fois tu tapes juste ! La cherté des loyers en centre-ville conduit inexorablement les grands groupes (fripes, téléphonie, parfumerie...) à phagocyter l’espace. D’où une uniformisation du monde urbain, les villes se ressemblent de plus en plus. Même chose pour les grandes surfaces et leur commerce du livre. Tout cela contribuant de façon sournoise à également uniformiser les façons de voir et de penser de ceux qui circulent et s’abandonnent aux panneaux de signalisation...

    • La disparition des librairies va de paire avec une progressive désaffection du livre (numérique & papier) et surtout avec une progressive diminution des compétences en maîtrise de l’écrit (lire & écrire). Les personnes capables de lire des oeuvres denses sont, en proportion, moins nombreuses aujourd’hui qu’elles ne l’étaient à l’époque où le monde ouvrier lisait Zola en feuilletons quotidiens. Ce qui veut dire que la cause de la disparition des librairies tient sans doute autant à ce déficit de compétences qu’au succès inexorable des supports numériques. Mais cela signifie aussi que l’apprentissage de la lecture et de l’écriture tout au long de la vie devrait devenir enfin l’affaire de tous. Ceux qui se plaignent de la froideur du numérique devraient s’apercevoir enfin qu’il remet l’humain au coeur de l’économie du signifiant. L’écrit perd de sa valeur marchande, mais du coup les besoins d’éducation, de formation se font plus criants. Là où l’on vendait de la marchandise, nous avons besoin de vendre du service. Nous avons besoin de lieux équipés (type de Labo de l’édition à Paris, où nous nous sommes vus) pour organiser des rencontres, des ateliers, réunissant des personnes de tous âges. La plupart des librairies, comme la plupart des écrivains ne voulaient rien savoir de l’apprentissage (continu) de la lecture. C’était pour eux l’affaire de l’école. L’école enseignait et eux venaient après pour vendre. Et c’est cela d’abord qui a changé, ou qui doit le faire.

  • Un bouc émissaire qui vit mal sa condition devrait avoir la décence minimale de ne pas en désigner un autre, quoi qu’il puisse en penser, à savoir ce baron dont on ne sait finalement pas grand-chose, ni de ses intentions. Dans un des articles cités : « L’explosion annoncée du loyer est-elle la vraie explication ? D’aucuns en doute, s’interrogeant sur la volonté et la capacité de la famille à pérenniser l’affaire. » Et ne parlons pas du goût massif du public pour la téléphonie ou l’Internet plutôt que pour la littérature, goût pour lequel on imagine mal qu’un « Monsieur le baron » ait quelque responsabilité personnelle. Mais heureusement, il y a un aristocrate dans les parages pour endosser le costume du méchant, sans plus d’examen préalable. C’est tellement bien de dénoncer la pensée automatique dont on est l’objet pour mieux l’appliquer à d’autres.

    • Ce Monsieur est fils-de et très fortuné. Il dirige, si mes infos sont bonnes, une société de gestion financière à Paris. Qu’il a bien entendu crée sur un patrimoine constitué au mérite : l’héritage ! Ce qui lui donne droit de vie et de mort une cette librairie indépendante (rappelons qu’il n’en existe presque plus en France, et que Toulouse est une exception dans ce domaine) : 200 000 € de loyer... et pourquoi pas 800 000 soudainement ?! Ce monsieur sait qu’il les obtiendra par Castela, ou pas quelqu’un d’autre. La main invisible du libéralisme de Smith trouve ses limites quand l’offre et la demande emmanent tous deux des plus puissants !

  • Bel exemple du règne de la marchandise à la dernière mode qui doit être exposée en vitrine là où elle sera le plus visible, quitte à écraser un espace dédié auparavant aux choses de l’esprit.

    La couleur orange est un rouleau (de peinture) compresseur qui va transformer ainsi la belle place de la « ville rose » en grande surface (prévoir à l’intérieur des caddies pour « remplir son panier »).

    Allô, maman, bobos !

    Voir en ligne : Le Tourne-à-gauche

  • En ce qui me concerne, modestement, on peut difficilement promouvoir le livre numérique et s’étonner que les marchands du numérique chassent les libraires... Le client lambda pour acheter sa liseuse ou son Ipad, où va-t-il aller si ce n’est chez Orange ?...Le livre permettait un accès direct, permanent et sans intermédiaire au texte : je n’ai rien contre le livre numérique, mais il n’a pas pour moi ces avantages.

    • Ce commentaire me semble tout à fait pertinent. François Bon a tout à fait le droit de défendre les avantages de la création et de la diffusion de la littérature sur internet (je suis convaincu qu’ils existent), la remarque qui suscite mon commentaire n’en reste pas moins vraie. Posez-vous la question de savoir qui possède les tuyaux, ce sont eux qui dicteront les règles du jeu.

      Yves, libraire à Paris

    • ... du côté du livre papier, les tuyaux sont aussi dans la main de puissants groupes internationaux qui dictent les règles du jeu du commerce du livre. Même si, ici en France, la loi Lang a quelque peu atténuée le désastre, il n’empêche que ces grands groupes pratiquent une politique qui contribue à affaiblir la librairie indépendante (ce n’est pas le livre numérique qui est la cause des disparitions massives des librairies indépendantes). Quant à l’opposition livre numérique/livre papier elle est déjà d’un autre temps. De même que la photographie n’a pas tué la peinture, la télévision le cinéma, le livre numérique ne tuera pas le livre papier, mais ajoutera de nouvelles possibilités de lecture.

    • Pourquoi donc avoir accepté de publier « Après le livre » en version numérique ET papier. Le numérique ne vous semblait-il pas suffisant pour toucher/atteindre les lecteurs ? La question me taraude et votre réponse lors de l’entretien avec B. Strainchamps est un peu courte.

  • ...accuser ce monsieur, ( riche ou pas, ça ne m’intéresse pas ) reviendrait à accuser les employés de Castéla à ne pas travailler à plein temps bénévolement, reviendrait à accuser les employés de Castéla à refuser de faire une grève de la faim ou de s’immoler par le feu en se jetant par les fenêtres de leur lieu de travail, reviendrait à accuser les employés de Castéla propriétaires de leur habitation de ne pas l’avoir vendue au profit de la librairie, reviendrait à accuser les employés de Castéla locataires de leur appartement de ne pas avoir choisi de devenir colocataires et de partager leurs frais. On pourrait aussi accuser les clients de ne pas avoir payé leurs paniers de livres le double de leur prix.

    On peut continuer longtemps avec plein d’autres exemples à l’éthique quelque peu douteuse.

    N’importe quel client aura noté la création en 2003 d’une très grosse enseigne concurrente à la porte du métro « Capitole », à 2 minutes de Castéla.

    N’importe quel client fidèle de Castéla aura noté que les caisses du sous-sol et des deux étages jusque là ouvertes quotidiennement, ont fermé vers 2005. Elles ouvraient ensuite sporadiquement en septembre pour la rentrée scolaire et en décembre pour les fêtes.

    N’importe quel client fidèle aura tenté, une fois au moins, de commander un livre d’occasion (mais comme neuf) en ligne pour le recevoir dans sa boîte aux lettres en 48 heures chrono.

    N’importe quel client fidèle aura noté l’extrême difficulté de feuilleter un livre dans un rayon où la température atteint 34°C en été, et 27°C minimum le reste de l’année.

    N’importe quel client fidèle en fauteuil roulant aura noté l’impossibilité de se rendre au dernier étage.

    N’importe quel client fidèle aura noté la baisse du nombre de libraires disponibles pour conseiller. Libraires équipés depuis quelques années d’un téléphone à la ceinture, pour renseigner les nombreux, toujours plus nombreux adeptes du portable.

    N’importe quel client fidèle aura noté l’augmentation des arrivages quotidiens de livres depuis quelques années.

    N’importe quel client fidèle aura noté que la patience du client de passage à Castéla est souvent sollicitée.

    Fatalité, usure des clients, usure de leur culture et de leur patience, usure du personnel, de sa culture et de sa patience, usure du matériel, propriétaires du bâtiment usuriers ( dont le méchant baron, lequel était mineur quand ce drame -injustement qualifié de « brusque »- a commencé ) ?

    Un milliard de voeux ont été échangés par SMS la nuit de la Saint Sylvestre 2012, il y a eu aussi environ 30 suicides « réussis » chez France Télécom depuis 2010.

    Je fais le voeu que l’on comprenne que l’on n’a plus besoin de sorcières. Vivre, acheter... c’est voter.

  • C’est drôle, je découvre seulement ce soir ce billet. Cette boutique Orange place du Capitole, je m’y suis arrêté avec le fiston, il y a quelques mois. Besoin d’un chargeur allume-cigares pour le téléphone Nokia. J’en avais bien vu sur l’autoroute, à 8€, mais la référence de « mon » téléphone pas spécifiquement annoncée, j’avais peur de le griller.

    Là on m’a vendu un truc sans aucune référence, juste « pour Nokia »... à 18€. Pas osé ressortir en laissant le truc sur le comptoir. « Gros malin, ici c’est la place du Capitole » m’a dit le fils.

    Bon, enfin, le tph n’a pas grillé, c’est toujours ça.Rien à voir avec la littérature, DSL, je savais pas que j’étais dans une (ex)librairie.

    Voir en ligne : Cafcom