pro | Strand : 18 miles soit 28 kilomètres de bon papier

chez Strand, New York, par un dimanche après-midi de pluie


Strand à New York c’est incontournable. Autrefois il y avait 2 magasins, celui-ci sur Broadway un peu en dessous la 14ème, et l’autre dans le South Manhattan. Il proclame héberger 18 miles de livres, et pas de raison de ne pas les croire.

Une fonction à la Gibert : on voit les gens arriver avec leurs livres d’occase, ils sont évalués et partent aussitôt en réserve pour être redistribués avec nouvelle étiquette. C’est cette frontière très floue entre neuf et occasion qui contribue à la magie de l’enfoncement dans les rayons, tout est étroit, tout est trop haut, tout est labyrinthique, et même si vous avez à disposition des échelles, il y a toujours la sensation que le livre qu’il faudrait doit être un peu plus loin, à côté, ailleurs, mais que de ne pas le trouver là sous votre nez n’est en rien un indice de son manque.

Au rez-de-chaussée deux travées poésies, autant pour les arts de la scène, ou la musique, toutes ces vieilles biographies introuvables autrement. Puis l’autre dédale, celui marqué Americana, à charge pour les livres de porter la construction d’identité. À l’étage les livres de photo et les monographies d’art, quelques chaises pour lire dans les encadrements de fenêtres, mais on est plutôt des dizaines et des dizaines à se répartir debout contre les blocs tables.

Contrairement à Barnes & Noble (ma visite de celui de Brooklyn), ici ça reste étanche au livre numérique. Sur l’iPhone plusieurs doivent faire comme moi, ouvrir en douce l’appli Amazon et vérifier si ce livre-ci est bien dispo sur Kindle – ce qui sera tellement mieux pour le lire avec dictionnaire intégré, le garder mêlé à sa bibliothèque, mais alors à quoi sert la librairie ?

Et si personne n’a de réponse, continuons à prendre plaisir à être là dans les allées de Strand, ouvrir les livres qu’on n’achètera jamais, mais dont on est si content qu’ils existent. De toute façon, on n’est jamais reparti d’ici sans rien acheter.

Surprise quand même de comment la vénérable institution se bagarre commercialement pour tenir : dans la musique, les droits dérivés représentent parfois un bon tiers des revenus, nettement devant le disque désormais – est-ce que pour le livre on en vient à ça aussi ? Il se vend chez Strand de magnifiques cahiers, carnets, mais aussi d’affreuses poupées de chiffon à l’effigie de Poe et de Virginia Woolf ou Jane Austen (impardonnable), des tee-shirts, des mugs et stylos, des sacs et magnets et bien d’autres choses.

Avec la surprise, juste à la sortie, où se proclame – le monde à l’envers – qu’on trouve des livres réels moins chers que les livres numériques (real books priced lower than e-books), on vous propose quand même parmi les gadgets des étuis décorés pour Kindle Fire et des housses pour iPad...

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 mai 2013
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