fictions du corps | Notes sur sur les surveillants de la pollution

Pour en finir avec la vie joyeuse, 34


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Quand la pollution faisait que les surveillants ne pouvaient plus s’apercevoir les uns les autres, ils émettaient un long cri régulier, qui de l’un à l’autre circulait alors par toute la ville. Nous étions en alerte. Tant que durait le cri, la pollution était massive, pesante, sournoise. Dangereuse on ne savait pas. Mais on n’imaginait pas non plus qu’elle soit favorable. On disait qu’autrefois ce n’était pas comme ça, mais eux, les surveillants de la pollution, prétendaient que si, et qu’ils étaient une des vieilles fonctions des corps parmi toutes les fonctions de la ville. Ils relevaient des vigiles et gardiens, mais ils en étaient mal considérés : parce que leur tâche était plus simple, plus fréquente, et se limitait à l’émission de ce cri – un peu rauque, long et continu, avec de l’angoisse aussi (parce qu’eux, en ce cas, qui les voyait encore du dehors ?).


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 18 février 2014
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