010 | 47°21’55.07 N – 0°40’30.10 E

ciné, Mac’Do, tramway, le rond-point de l’Heure Tranquille


 

- ceci est le 10ème rond-point visité, voir liste des précédents ;

- première visite ? voir la présentation générale du projet, qui inclut aussi des invitations et un journal ;

- état actuel du protocole : vues depuis le rond-point devenu chambre à photographier la ville (10 photos) ; vues du rond-point depuis son pourtour (3 photos) ; vue de l’intérieur du rond-point (2 photo) ; le Google Earth avec le rond-point dans son contexte (1 copie écran) ; vidéo lecture (4,02), vidéo captation neutre (2’00) ; un livre enterré (voir protocole livres enterrés) ;

- la chaîne YouTube des performances la littérature se crie dans les ronds-points ;

- en partenariat Pôle des arts urbains Saint-Pierre des Corps (pOlau) & Ciclic ;

 

journal de voyage


Presque envie de dire : un rond-point ingrat.

Pourtant, un lieu stratégique dans le dispositif de la ville. Quartier neuf, où on a commencé par poser les loisirs. C’est le plus vieux ici : au milieu d’un immense parking, un complexe de cinéma avec ses salles en rond et la caisse au milieu, une salle au moins équipée pour tous les trucs 3D ou effets spéciaux, c’est la culture dans son jeu industriel. À côté, un Mac’Donald qui, privilège de l’ancienneté, est désormais presque aussi camouflé dans ses palmiers qu’un ryad de Marrakech.

C’est ça aussi, qui va rendre ce projet ingrat : une ville moyenne, qui vit bien, donc photographiquement pas de grand contraste, ce sera à nous de faire avec.

Intéressant la façon dont la ville a posé ses jalons ici : des blocs gris de bureaux open space, la fac de droit et une école d’ingénieur, puis – alors seulement – ces blocs logements, plus beaux peints en couleur qu’avant.

Par exemple, j’ai écrit combien une issue de secours, dans une obscure salle de cinéma, pouvait porter d’énigme et de rêve. Là, par le parking, j’arrive aux issues de secours du CGR : il y a du rêve ?

On a ajouté une galerie commerciale, et pour la différencier de tous ces tristes hyper-marchés se mangeant réciproquement la clientèle à chaque bord de ville, on a voulu celle-ci un peu plus haut de gamme et on l’a appelée Heure Tranquille (j’ai vu ça en construction). Je crois que maintenant il faudrait d’ailleurs l’appeler Heure Trop Tranquille. La prolifération de ces commerces a évidemment saigné d’abord le centre-ville, réduit pour le commerce à 2 rues plus la place aux bistrots, mais à force de se manger eux-mêmes ils multiplient encore ces boulots rémunérés une misère et à énorme taux de rotation. Ils avaient même prévu une librairie, dans cette galerie l’Heure Tranquille. Quand le réseau Chapitre a sombré, ceux qui travaillaient ici ont monté des tentes dans la galerie de carrelage, elle a sombré quand même. Mais pourquoi j’y serais allé, les deux du centre-ville, et l’espèce de ruine à sous-livres qui s’appelle Fnac, ne suffiraient pas largement ?

C’est pour cela que je m’accroche à ce projet rond-point : si chaque rond-point photographie ce qu’il voit de la ville, ce sera une cartographie comme aux rayons X, précisément de ce qu’elle cache.

Mais ici c’est encore plus compliqué. Plus loin, le hors la ville a été protégé. Il y a quelques années, cette grande portion d’herbe et de forêts, la Gloriette, a été transformée en parc public, le dimanche on y voit des cerfs-volants. C’est le seul parc public qui ne soit pas enclavé dans le centre, même si le modèle en est l’île Aucard, côté ville. De même, la piste cyclable qui longe le Cher et permet de rejoindre la mer est un élément urbanistique lié à ce rond-point ci. On entre directement du rond-point sur la Gloriette.

Et le tramway. De l’ancienne route de liaison vers Joué-les-Tours il ne reste que la majesté des platanes. La desserte urbaine s’est installée juste à côté, et vrombit en permanence. Dans chaque ville où s’est installé le tramway, Montpellier, Nantes, Grenoble (et Bordeaux, et Angers), les cités de périphérie se sont trouvé soudain en liaison directe avec le centre. Ici, une large boucle et des zig-zags, pour la fac de droit ça va, pour Joué je ne sais pas ? C’est juste bizarre, dans toutes nos villes, ces tramways qui se ressemblent tellement comme si tout cela ne fabriquait plus qu’une seule ville généralisée. Il passe, souple et futuriste, étanche.

Curiosité de ce rond-point, le dégagement de ciment en demi-lune : je suppose (installations nucléaires proches) qu’il y a des contraintes de passage pour gros engin, que c’est ça la raison. Donc pour la première fois je ne suis pas dans un rond-point rond.

Est-ce que j’ai choisi la bonne heure ? Me surprend dans ce rond-point, par rapport aux précédents, l’absence de camions et camionnettes. Juste la vie urbaine individualisée. 95% des voitures avec juste le conducteur à bord, l’énorme gâchis d’énergie. Le son des radios et musiques dans les habitacles clos, le ballet littéralement incessant des coques. Est-ce que ce serait différent un samedi soir ou un dimanche après-midi, quand le complexe CGR et le Mac’Do servent de fête foraine ?

Je suis revenu maussade. C’est trop beau. Mais trop beau pour rien.

 

éléments contingents et factuels


Quasi impossible de faire des photos sans un bout de voiture qui passe, arrive ou repart. Si je ne viens pas à 14h30, dès 16 heures c’est fini. Pas compris non plus les palmiers. Un appareillage sophistiqué pour les entretenir, côté Mac’Do. Des palmiers techniques. Pour enterrer le livre rien de plus facile – ce fut au pied d’un arbre – puisqu’à nouveau un rond-point avec copeaux d’écorce. Qui dessine la symétrie des plantations, c’est fait une fois pour toutes ?

 

ce que le rond-point voit de la ville


 

le rond-point vu depuis ce qui l’entoure


 

intérieur du rond-point, Google Earth et vidéo


 

 

livre lu
LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 octobre 2014
merci aux 542 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page