en reconfigurant le nouvel iPhone

quoi dedans et ce qui change, dossier – attention : boring billet, juste pour moi


J’ai acheté un premier téléphone portable (un Frigidaire, comme disent les ados d’aujourd’hui, la dernière génération des petites antennes télescopiques !) en 1997, soit bientôt 18 ans que je paye mensuellement rançon à SFR, mieux vaut ne pas y penser. À l’époque je voyageais beaucoup entre Tours, Paris, Nancy, et c’était bien d’en finir avec les cabines téléphoniques. Je n’étais pas un early adopter, beaucoup de copains en avaient déjà, mais ça restait un outil professionnel et pas lié à l’usage privé. J’avais par contre un ordi depuis plus de 10 ans (1988), et une connexion Internet depuis 1 an (1996), l’intersection existait puisque le répondeur-fax se faisait via un petit modem Olitec, mais aucun symptôme de penser possible une fusion des appareils, le PowerMac et le Nokia. Je suis passé à l’iPhone en juillet 2010, et me suis servi 4 ans du premier (qui continue sa route en d’autres mains, d’ailleurs), là c’est mon 2ème, acheté en mai dernier moyennant renouvellement 2 ans de la rançon mensuelle (54 €, et déjà question adjacente : il y a encore 10 ans, mon budget livre mensuel était bien supérieur à ça, maintenant, dans l’économie contrainte, c’est ces 54 € qu’on préserve avant la bouffe, les pantalons, les livres).

Je reste très réticent à l’usage du téléphone, hormis pour le cercle des proches. Pour le boulot c’est e-mail, et à Cergy je suis contraint de distribuer assez largement mon numéro mais les étudiants ne l’utilisent que par SMS – et seulement d’ailleurs pour les usages de proximité, salle où je suis ou retard rendez-vous, sinon c’est plutôt égalité mail ou Facebook. Et pour répondre aux SMS je me sers peu de l’iPhone, mais les récupère directement sur l’ordi.

J’ai cassé en septembre l’écran de ce 2ème iPhone, il paraît qu’ils ont trouvé désormais une vitre moins fragile, mais la fissure avait gagné tout l’écran, ce qui n’est pas d’ailleurs forcément gênant. J’avais pris une assurance, c’est quelques aller-retours de négociation mais enfin j’ai obtenu le papier de prise en charge, et SFR m’a prêté un 5C 16Go pour l’intérim. Ne vous forcez pas à lire, ce sera tout de cet acabit. Mais je le mentionne pour cela : si on dispose d’un téléphone présentant les mêmes fonctions que le sien, mais pour une période de 10 jours, l’utilise-t-on de la même façon ? Ou, encore plus précisément, la charge symbolique qu’on transfère sur un téléphone provisoire, à fonctions égales, est-elle liée à l’appareil même ? (Identifié au dos par son n° IMEI.) Je laisse à chacun d’y réfléchir. Dans Réglages - Général il y a tout en bas « initialiser l’iPhone », ça suffit pour le rendre anonyme avec les fonctions de base, téléphone, mail, musique, photo, navigateur web. En rentrant chez moi, je l’ai configuré (la réparation devait durer 15 jours, en fait à peine 10) avec quelques basiques musique, Facebook, Twitter, Instagram, iCloud pour agenda et contacts, DirectSNCF et client mail. L’appareil était contraint à ses fonctions utilitaires, mais avec les applications qui marquent notre empreinte subjective sur le web par remontée des contenus, Instagram en étant l’exemple.

Laissons tomber ces permanentes gémisseries de ceux qui voient les utilisateurs d’ordinateurs-main comme une aliénation : ils ne protestaient pas contre ceux qui, dans le métro, lisaient le journal ou écoutaient leur walkman, l’ordinateur-main c’est disposer dans les temps de transit ou d’attente de ce qui auparavant était le livre dans sa poche ou le journal dans le sac. Des tas d’applications tentent de jouer sur la proximité et la mise en contact avec ceux qui vous voisinent arbitrairement et provisoirement dans l’espace-temps, moi je suis plutôt reconnaissant à l’iPhone de me garder en contact avec les amis loin, et ce qui vaut mieux que ce qu’on a sous les yeux. Et la preuve qu’on n’est pas coupé de l’observation ou du partage quotidien, c’est tout ce qu’on en balance par Instagram, ô que regrets que tout ça n’ait pas été inventé pour Rabelais, Flaubert ou les autres – c’est tout l’intérêt de travailler sur Lovecraft, qui pratiquait le kodak shooting et assiste à l’éclosion de la radio et du film. Et encore, on doit être à Paris au tiers de l’usage smartphone à Shenzhen d’où ils viennent.

Hier on me prévient que l’appareil est de retour, en fait Apple l’a remplacé par un neuf de mêmes caractéristiques, 5S 32 Go, pas vraiment de quoi frémir, sinon se dire que les fonctions fragiles (le bouton poussoir) auront une durée de vie rallongée. Je me retrouve donc avec « mon » iPhone, alors que ce n’est pas le même. Qu’est-ce qui définit cette appropriation ?

Retour maison, la carte micro-SIM transférée autorise déjà l’usage téléphonique, je vérifie dans un café en attendant le bus qu’il m’autorise le partage de connexion, relier le MacBook au web en 3G.

Il y a donc un état fonctionnel zéro basique de l’iPhone en circuit d’échange, puisque je reprends le mien intialisé, de la même façon que j’ai rendu celui en prêt (quelques secondes, une fois entré son mot de passe et cliqué sur « effacer l’iPhone »). J’essaye de le recharger depuis la dernière sauvegarde iTunes de celui à l’écran fissuré, blocage parce que je dois d’abord mettre à jour le système, passé en 1.8.3. J’habite à 3,7 km du central, à Cergy il me faudrait 40 minutes mais là c’est 6 heures (ça se fera dans la nuit), donc en profiter pour repartir de zéro.

D’abord l’infrastructure. Chez SFR je me suis fendu d’une housse neuve avec vrai aimant de cache écran, si l’ancienne n’avait pas été en pourrissement bâillant, cette chute n’aurait pas flingué l’écran. Je complète par un petit film à placer sur l’écran – autre précaution que j’aurais dû prendre sur le précédent –, les 2 pour 9 euros quand 1 seul aurait suffi mais bon. Puis mot de passe d’accès iCloud qui charge contacts et calendriers, plus Notes. Configuration de l’empreinte digitale : suffit de placer le pouce droit, légèrement en diagonale comme dans l’utilisation la plus courante, pourrai oublier le code d’accès.

Ouvrir iTunes et déplier les rubriques :

- musique, synchronisation manuelle par listes de lectures, et cocher ce qu’on embarque. Je suis gourmand, c’est mon accompagnement dans le train ou les lieux bruyants, sur les 32 Go plus de 20 seront occupés par la musique, Scriabin, Titi Robin, George Thorogood, bootlegs Stones, Hendrix global et autres basiques (Jefferson Airplane) ou affinités (Tony Trishka, Jah Wobble). S’il faut rogner un jour ce sera facile ;

- livres : quelques réserves sur iBooks, mais sinon c’est par mon compte sur l’app Kindle, important que les lectures en cours sur le KindleFire ou le Kindle PaperWhite soient accessibles depuis l’ordi s’il s’agit de boulot, ou en train sans appareil supplémentaire, y compris quelques matériaux lourds (Proust, Balzac, Maupassant, Verne) qui puissent constamment se rouvrir ;

- photos : aucune photo sinon celle un peu fétiche du fonds d’écran, et je viderai mes Instagram à mesure que transférées sur leur serveur, ça prend de la place et je ne m’en sers jamais pour visionnage, puisque c’est le rôle de mon site ;

- applis, lorsque je clique sur iTunes toutes celles essayées ou chargées s’affichent, et je dois cliquer pour décider installation ou pas. Dans la liste, j’ai peu de repères, mais si je pense aux 4 pages écran de l’iPhone c’est plus simple, allons-y...

Donc les applis :

- première page écran, ce dont je me sers en permanence, et pas beaucoup pour ne pas surcharger ; pour Twitter je suis fidèle à Echofon Pro, que je retrouve aussi sur l’ordi, incidemment ça m’évite les pubs, payé une fois une vingtaine de dollars il y a au moins 4 ou 5 ans ; puis Notes (pense-bête surtout, je n’en fais pas usage traitement de textes, mais parmi les étudiants ils sont nombreux à en faire usage). J’écarte Plans dans les tréfonds et remplace par Google Maps, il paraît que Plans a fait des progrès, mais tant pis. Le Monde parce que j’ai l’accès abonné (dois même être un de leurs premiers abonnés du tout début, donc plus de 10 ans, et quand bien même à chaque rage due à la pensée molle qui les caractérise me dis que vais cesser ce péage-là, mais on en fait usage familial, faut leur reconnaître cette souplesse) ; Facebook (et donc Messenger avec), l’appli Dictaphone (usage fréquent non pour moi, mais lors RV étudiants ou autres entretiens, je considère comme app pro) ; Contacts, Messages là c’est les utilités premières, Instagram (bizarre qu’on compare à Twitter, oui il y a autant d’utilisateurs, mais d’abord pour la propulsion réseau d’images qui prendront seulement sur Twitter et Facebook, leur effectvitié), app Kindle pour lire, Alarm Clock en version balaise et payante parce que 3 fois par semaine je ne suis pas dispensé de me réveiller tôt, et Réglages, sorte de tour de contrôle qu’ils devraient rendre plus accessible : débrayer Bluetooth qu’ils mettent toujours on par défaut, virer les « notifications » bouffe-batterie, les « actualiser en arrière-plan » de leur saloperie d’appli Bourse qu’on n’a même pas le droit de mettre à la poubelle (je considère ça comme une insulte directe d’Apple), et ce sur quoi on aura en permanence à trafiquer : le mode avion (avais oublié de débrancher en Chine, je croyais ne pas me servir de l’iPhone et localisation etc j’ai bouffé la grenouille), l’accès wifi ou pas, le partage de connexion pour brancher l’ordi et penser à le recouper ensuite. Sur Réglages aussi le panneau Sons et débrayer un par un tous les « pépiements », « glissements », « dings » et « clics » qu’ils vous mettent par défaut sur le moindre usage, y compris le clavier, et comme j’ai du mal à supporter ça chez les autres.

- 2ème page écran, qu’est-ce qui m’est ponctuellement mais régulièrement utile ? RATP pour le plan de métro même si ça ne sert qu’à ça, SNCF Voyages en cas d’annulation de billet et savoir quelle place j’ai en résa, SNCF Direct pour les indications de retards et de quais ; la lampe-torche [avantage de ces billets, je découvre via Philippe Castelneau que la lampe-torche est présente dès le petit rabat de page d’accueil, avec la luminosité, la wi-fi et autres] ; Mappy pour le GPS bagnole, me suis habitué maintenant à m’en servir, Météo, Booking.com, Bobler, Google Earth (même si peu d’usage, mais important pour mes ronds-points par exemple), iBooks (même si usage rare par rapport à Kindle, sauf pour epubs récupérés d’amis, mais là c’est plutôt sur ordi que je les lis), et Spotify, gros usage dans les activités domestiques, ou certaines phases de boulot (Lightroom sur l’ordi) ;

- 3ème page écran : les usages rares, mais quand même. Là je regroupe par dossiers, en glissant les icônes les unes sur les autres, il y a « musique » avec métronome (usage régulier en atelier d’écriture), 2 ou 3 synthés chargés par curiosité mais dont je ne me sers jamais – mais dans sa bibliothèque on a toujours aussi des livres qu’on n’a jamais lus –, et AmpliTube pour jouer de la basse directement sur le casque via l’iPhone (j’aime bien mais des mois que je n’ai pas utilisé) ; « photographie » j’ai eu cette maladie d’essayer plusieurs de ces algorithmes à image, Camera+ qui augmente notablement les réglages prise de vue de l’app AppareilPhoto standard, comme ShakeIt avec ses effets Polaroïd (si beau rendu chez Emmanuel Delabranche), ou NoFinder qui prend sans cadrer, ou SnapSeed avec ses fonctions de mini photoshopage, mais là aussi je m’en tiens plutôt à Instagram et si j’ai besoin d’une photo solide je sors le Canon – même la fonction AppareilPhoto native je l’ai reléguée là et pourtant combien c’est précieux pour doc et archivage) ; stocké là aussi Skype et Facetime (très rare usage hors ordi, mais peut se révéler précieux), Altimètre (les ballades d’été), Horloge (en montage ou lecture, quand besoin d’un chronomètre), Boussole (faudrait qu’elle indique aussi pour la vie) ; j’ai un jeu d’échecs dans le GameCenter, mais c’est vraiment parce que pas pu l’effacer, autre connerie Apple ; un utilitaire de traduction basique (iTranslate) ;

- reste la dernière page pour du petit bazar, lecteur de FlashCode, podcasts France Culture, quelques trucs de presse, BibliObs, ActuaLitté mais rare que je m’en serve, je préfère accès sur navigateur depuis Twitter, l’accès DropBox en ligne, puisque là sauvegarde d’une grosse partie de mes documents ordi ; ou ces applis Bourse et Santé (tiens, bizarre le rapprochement !) dont Apple nous refuse l’effacement ;

Et conclusion : ce qui fait que cet iPhone est mien, c’est seulement qu’il est rangé comme je le range d’habitude.

Donc la rage d’avoir quand même 50 Apps présentes, alors que l’impression de me servir de si peu. Pourtant, dans le iTunes/ordi qui sert de tour de contrôle, bien d’autres que j’ai testées mais dont je n’ai pas reconduit usage. Par exemple, les traitements de texte : Ulysses, Pages – si je prends une note sur l’iPhone, l’utilisation calepin me suffit, ou bien c’est Twitter qui me sert de mémoire pour les liens ; idem débrayé Evernote et Things, pourtant bien prometteuses : et la preuve que ce n’est pas un jugement à valoir pour la communauté, mais juste inscrire les limites de mes propres pratiques.

Qui tiennent en partie à l’évolution de l’ordi lui aussi : le petit 13’’ écran Retina m’a conduit à délaisser l’iPad (pas tant délaissé que ça, il a trouvé preneur), et plutôt une bipolarisation MacBook / iPhone, avec la possibilité accrue de lire le web depuis le téléphone (ou des livres, ou la presse). Reste le Kindle pour l’usage lecture livre, en tiers de cette bipolarisation.

Les changements qui obligent à évolution mentale : que les réglages contacts/calendriers sur iCloud n’aient pas de sauvegarde physique incrémentée sur l’ordi, comme j’en dispose avec TimeMachine. Et par contre que les fonctions de synchro, dernière page lue sur Kindle comme exemple, ou l’accès à ses SMS, deviennent des fonctions incluses et invisibles. Pas vraiment pris possession non plus de AirDrop, ce serait différent si je travaillais sur tablette, mais la machine principale ça reste quand même l’ordi.

Et quand même, avec un parallèle pour les vendeurs d’app autant que c’est le cas pour la niche livre numérique, combien le web se recentre sur un nombre minimum d’usages qui peuvent nous être essentiels (mail, navigateur), mais où la porte d’accès quasi unique c’est le web en lui-même, y compris lorsque des applis spécifiques comme Facebook ou EchoFon Pro font office de porte d’accès à service unique.

Et une sorte de division tri-partite, qui indiquerait cette fusion des champs culturels autrefois séparés – la musique, la photo, le livre (je n’ai pas parlé des applis vidéo et m’en aperçois seulement, indice de mon propre usage) – dans un même support qui les rend dépendants, et c’est une menace claire lorsqu’il s’agit des algos de lecture Kindle ou des régulateurs de niveau iTunes, du quatuor GAFA, alors que c’est précisément aussi le vecteur de diffusion de ce qui fait notre singularité dès la prise d’image ou l’émission d’un statut texte, le reste enfin participant de l’inclusion numérique dans la vie pratique, professionnelle ou quotidienne, SNCF ou Météo ou Booking etc.

Et pour ce qui est du GAFA, le fait que la complexité de ces usages, configurer l’iPhone qui va ensuite être l’usage discret et invisible du quotidien, qui reste accessible uniquement parce qu’on la gère depuis iTunes, donc ordi de même marque, la même marque qui reste incapable (essayez de placer un insécable dans le chercher/remplacer de Pages) de vous proposer un traitement de texte créatif ou seulement adapté (leur adage que 80% des utilisateurs se servent de 20% des fonctions les rendant inopérants sur le tout petit territoire où vous-même avez une pratique pointue).

À noter qu’Echofon Pro, Alarm Clock, Mappy, AmpliTube, SnapSeed et Camera+ sont les seules applis payantes qui restent à bord, en y adjoignant Spotify et Le Monde épaulés par abonnement. Le marché des apps est victime du même syndrome que celui du livre numérique (je précise : toujours sur l’iPhone, différent sur l’iPad qui est un outil d’écriture et production).

Stop là, et tant pis pour lé fétichisation : oui, à ce prix l’extension iPhone devient objet à charge symbolique, puisque interférant avec notre sphère sociale depuis la plus privée jusqu’à celle limitée aux accès publics (site, page FB), et interférant avec nos usages les plus strictement individuels (choix Spotify à contre de leurs propres algos de recommandation ou malgré eux).

Et que pour rester vigilants et critiques sur tout ça, besoin d’en faire ainsi l’inventaire régulier, de même que l’intérêt à suivre ceux des copains.

Photo ci-dessus : Apple Center Hong Kong, 1er décembre 2014 – blanc couleur du deuil, là-bas ils l’ont mise rouge.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 février 2015
merci aux 822 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page