il a été célèbre mais c’était il y a si longtemps
vous savez il jouait du violon électrique
Nous comprenons l’anglais. Au moins partiellement (celui de Dylan est bien trop jonglerie). Nous connaissons les paroles quasi par coeur. Alors à quoi sert la traduction ? Peut-être seulement au dialogue. Rester à distance, mais zoomer sur des enjeux, découper des plans, faire exister un petit bout de monde à travers notre langue à nous. Ne pas traduire, mais raconter à la fois un peu de l’histoire, et la façon dont lui il la tord. Depuis 3 ans, je lis systématiquement les autres entreprises de traduction Dylan. C’est pas mieux que pour Hölderlin. Je crois le plus important, c’est de rester à sa propre place : dire comment ici, pour soi-même, cela résonne. Lire le travail de Jacques Darras sur Ginsberg, ou l’histoire des traductions de Joyce. En fait, c’est peut-être ça le problème : que Dylan est trop réellement, trop immensément artiste. Donc voilà, pour ceux que ça choque : ci-dessous, je ne traduis pas. Juste, j’écoute.
note de mai 2007
Après les Rolling Stones en 2002, et Led Zeppelin en 2004, France-Culture m’a proposé de travailler avec Claude Guerre à un feuilleton Bob Dylan : 15 fois 20 minutes, non pas pour dérouler les chansons, mais ouvrir aux questions, tenter d’approcher l’énigme. Diffusion prévue février 2007, avant-première avec Jacques Bonnaffé et Claude Guerre en performance Maison de la Poésie (Paris) le 21 décembre.
ATTENTION : les matériaux présentés ci-dessous n’appartiennent pas au feuilleton, mais seulement au chantier préparatoire personnel, et n’auront pas d’autre existence que sur ce site, personnel aussi.
quelques propositions pour une nouvelle traduction de Bob Dylan (Ballad of a thin man, Desolation Row, Political World, Tangled up in blue....)
It’s allright Ma (I’m only bleeding)
Et si Dylan était impossible à traduire parce que le texte même naissait pour la chanson : associations libres du sens, mais forgées sur une hallucination en écho amont du monde, même pas besoin d’images, mais comme l’écran où on pourrait les tendre. L’obligation de parler vite, l’obligation d’être obsessif, l’obligation d’éclats tranchants : dans la version chantée par Dylan, le heurt des mots à vitesse plus grande que la guitare, et l’appui sur le dernier mot de la strophe. Donc je ne traduis pas, et même : se refuser à comprendre, ne pas obéir. Il y a juste des repères à investir, et conditionner la langue à être là dans cet endroit où on pourrait la hurler pareil. Au bout de mes mots ici, je peux non pas chanter mais dire Dylan. Les mots anglais sont brefs, avec forte proportion de monosyllabes : mais si je l’investis avec mes pattes de prose, j’ai le droit de mettre deux mots français longs à dire vite en compressant, pour retrouver la percussion anglaise. Et moi, si quarante ans après, j’y passe un dimanche, dans les mots impossibles, qu’est-ce que je peux y gagner, qu’est-ce que je vais forcément manquer ? Si Dylan est grand c’est qu’ainsi à quarante ans de distance un e voix, un rythme et trois rimes peuvent vous obséder, aller jusqu’à vous pousser, sinon dans le vide où on bascule, dans une étrange frange où on dirait que c’est le bord du monde qu’on a déplacé. Et il a assez d’arrogance, de méchanceté même, à cette époque précise, pour vous lancer là, où plus de recours. Et si nous voulons le ramener à notre langue, de quel écart devons-nous partir, sinon pour le prononcer, juste pour le rejoindre ?
des ombres sur l’argent mon couvert d’argent
la lame forgée main, mon ballon de gosse
et l’éclipse sur le soleil et la lune
pour comprendre mais trop tôt
essayer à quoi bon si toi tu le sais
ECLIPSE
ça va maman ça va c’est juste
juste que je suis blessé
blessé ça saigne un peu tu vois
menaces en pleine poitrine, et le mépris pour bluff
tes remarques suicides ils s’en torchent
comme l’idiot sa bouche en or
les cuivres et fanfares des mots pour rien
pour juste prévenir avertir
que celui qui n’est plus occupé à naître
déjà s’occupe de mourir
MOURIR
tentations partout de l’autre côté de ma porte
tu acceptes, te voilà poussé dans leurs guerres
regarde comme gronde à torrents la pitié
même gémir, gémir n’est plus rien maintenant
tu t’aperçois
tu n’est plus que cela
juste un de plus, un de plus à pleurer
PLEURER
alors pas peur si tu entends pas peur
ma voix à ton oreille étrangère
ça va maman, ça va bien
je soupire, juste je soupire un peu tu vois
quand on vous dit ici victoire, ici défaite
les raisons perso les grandes les petites
on les voit dans les yeux de ceux qui voudraient
qu’on fasse ramper ceux qu’on devrait tuer
mais ceux, ceux qui vous disent qu’on ne doit rien haïr
que la haine
LA HAINE
les mots de la désillusion aboient comme des balles
les dieux que se donnent les hommes tirent à cible
ils ont tout essayé, des fusils d’enfants qui font le bruit des vrais
et les sainte vierge fluo qui clignotent dans la nuit
y a vraiment pas besoin d’aller regarder loin
pour savoir qu’il n’y a plus rien
de sacré
VRAIMENT SACRÉ
ce sont les prêcheurs des destins restreints
ce sont les professeurs de la connaissance seulement demain
rien n’apprendre que ce qui pèse en bonnes plaques fric
s’il y a eu la bonté elle est encagée
mais ils devraient le savoir les présidents les puissants
que même eux parfois
parfois sont à poil
A POIL
entre nous c’est comme le code de la route ça devrait être écrit
c’est juste un jeu, et ceux que plutôt on devrait fuir
ça va, maman, ça va bien : j’y arriverai
leur pub à te rendre con ils te trompent
ils voudraient que tu crois que c’est toi le roi
qui fera ce qui jamais ne fut fait
qui gagnera ce qui jamais ne fut gagné
pendant ce temps-là tout continue comme avant
regarde autour de toi
REGARDE
tu te perds, tu te retrouves
avant de le savoir que rien pour avoir peur
t’es là tout seul, plus personne qui vient près
alors tu l’entends, la voix un peu loin, la voix pas claire
quelque chose grince dans tes oreilles assourdies
quelqu’un là-bas croit
qu’enfin il te trouve
TE TROUVE
ça s’allume dans tes nerfs c’est une question
pourtant tu sais bien : pas de réponse jamais pas de satisfaction
rien qui assure qu’on ne laissera pas tout tomber
que tu te souviendras, que tu n’oublieras pas
que ce n’est pas à elle ni à eux ni à rien
que tu appartiens
APPARTIENS
et que les puissants fassent leurs lois
pour les sages comme pour les fous
y a pas de quoi, maman, avoir le cœur à la fête
pour ceux qui croient encore devoir obéir
à une autorité pour laquelle il n’y a plus respect
qu’ils méprisent leur boulot, méprisent leur destinée
c’est facile d’être jaloux de ceux qui plus loin sont libres
parce qu’ils font pousser des fleurs histoire
histoire de croire
qu’on est ici quelque chose
QUELQUE CHOSE
et vous avec les principes de votre bulletin de baptême
avec vos distributions des prix vos estrades
vos assoces vos réunions rien que des masques
et dès qu’ils sortent ils se moquent dans leur dos
rien qui en sort, juste la dernière idole
et que votre bon dieu la bénisse
LA BENISSE
alors oui celui qui chante sa langue elle en brûle
à gargouiller dans leurs chorales de rats
aux coups tordus aux corps informes des tordeurs du monde
moi je m’en fous de grimper tout ça d’un cran
je préférerais bien le droit de rester dans mon trou
là d’où je viens
MON TROU
je ne leur souhaite pourtant pas de mal ni reproche
à ceux qui se sont bâti leurs beaux caveaux
ça va, maman, ça ira même si je ne leur plais pas
les concierges les vieilles regardent les jeunes couples
sexe en berne sexe limite elles oseraient
te balancer leur morale de merde, l’insulte et comme elles biglent
l’argent ne parle pas, mais veut qu’on se prosterne
c’est obscène, mais tout le monde s’en fout
propagande, c’est bidon
BIDON
et ceux qui défendent ce qu’ils ne peuvent même pas voir
avec un orgueil de tueur parlent d’insécurité
ça me fiche en l’air, froid dans le dos
tous ceux qui croient qu’être honnête à mort
les protègera de la mort de travers
la vie quelquefois
la vie c’est bien solitaire
SOLITAIRE
moi dans mes yeux je les vois les cimetières bourrés
de dieux faux je la racle
cette mesquinerie qui joue au dur
ils m’ont mis des menottes je fais marche arrière
ils fichent un coup dans les jambes me fichent par terre
bon ça va, ça suffit je leur dis
qu’est-ce que vous avez d’autre à m’offrir
M’OFFRIR
et si mes vrais rêves se voyaient
dans le couloir de la mort ils me mettraient
mon cou sous la lame, maman, c’est ça vivre
rien que vivre un peu tu vois
Stuck inside Mobile with Memphis blues again
C’est à cause de Shakespeare croisé dans la rue. Je ne suis pas allé à Mobile, Alabama, mais Dylan n’y était pas allé non plus. Sur le site Internet du comité de tourisme, Mobile, Alabama, vante ses plages et ses bals, le golfe du Mexique, ses poissons et ses attractions. Il y a la majuscule, mais c’est le nom commun mobile qui percute le titre : coincé dans un mobile, et tout bascule. Alors ce n’est plus de Memphis qu’on a la nostalgie, mais de la forme musicale qui s’appelle le blues, de la même façon qu’on est enfermé dans la musique d’après le blues, la musique des savants à tout jouer de Nashville, les types auxquels on ne parlera pas, auxquels on n’enverra même pas le disque une fois fini (mais ils remercieront : on a mis leur nom sur la pochette, ce n’est pas si fréquent). Et Shakespeare marche dans la rue, on voit le député (senator), le curé (preacher) et vous vous voyez, vous, planté de tous les titres des journaux de ce matin sur la poitrine toute nue avec une agrafeuse ? Je ne sais pas pourquoi la fille perdue est française, ni pourquoi ce SDF dessine un cercle (dessine pour de vrai, et pas parce qu’il tourne en rond) autour des maisons, ni ce qui se passe dans ce bordel près du lac avec valse romantique et fille promise. Ce qui est sûr, c’est que Shakespeare est passé dans la rue et qu’après lui toute la ville est détruite. Dylan avait meublé sa maison d’Hi Lo Ha non pas de toute une bibliothèque (même s’il lit et lit), mais d’un vieux rêve de livres d’art : plein de livres d’art, toute une pièce de livres d’art. On dirait Chirico. La ville détruite s’assemble en géométries parfaites, des types grimpent là-dessus et lui il s’y assoit pour attendre. On lui a demandé, à Dylan : — Les images de la ville sont plus présentes ? Il répond : — C’est parce qu’à cette époque-là je regardais trop la télé. Shakespeare a trois grelots.
Rebondissements : voyage étrange. Mobile est aujourd’hui le paradis des sosies d’Elvis et des imitateurs des Beatles. Elvis y a joué la première fois les 4 et 5 mai 1955. Sa chanson Guitar man c’est l’histoire d’un type qui vient en auto-stop de Memphis, qui essaye qu’à Mobile on le laisse jouer de la guitare quelque part, il se fait refouler. Situation biographique pour Dylan à Denver : juste six ans plus tôt. Dans la chanson d’Elvis il y a même la référence à Panama, et le bar où on danse. On est début 1966, Dylan enregistre dans la ville où Elvis enregistre, dans le studio que vient de quitter Elvis, avec les musiciens d’Elvis. Comment Dylan ne penserait-il pas à Elvis ? J’ai cru d’abord qu’il fallait interpréter ce texte comme un hommage secret et mais direct à Elvis : mais non. Lui, c’est trois ans plus tard, qu’Elvis reviendra dans ce même studio, et enregistrera Guitar Man, lui aussi, une chanson avec Mobile et Memphis. Mais chez Elvis il n’y a pas Shakespeare.
Tout autour des immeubles
Je lui ai demandé mais y a une raison
Pourtant je savais qu’il ne dirait rien
Les dames étaient gentilles avec moi
C’était même bandant vraiment
Mais au fond tréfonds de moi-même
J’ai compris qu’échapper non
Oh maman tu crois que c’est comme ça la toute fin
D’être coincé là dans Mobile
Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes.
Ouais j’ai vu Shakespeare il passait dans la rue
Avec des chaussures pointues et trois grelots
Parlant à une touriste française
Qui lui disait qu’elle me connaissait bien
Je voudrais bien l’envoyer ce message
Savoir ce qu’elle a raconté
Mais le bureau de poste a été cambriolé
Et la boîte aux lettres fermée à clé.
Oh maman tu crois que c’est comme ça la toute fin
D’être coincé là dans Mobile
Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes.
Mona Joconde m’a dit
Ne va pas sur les rails
Tous les types des trains
Boivent ton sang comme du vin
J’ai répondu : — Mais je savais pas ça
Enfin, j’en ai connu qu’un
Et il m’a juste fumé les paupières
Et piqué ma clope.
Oh maman tu crois que c’est comme ça la toute fin
D’être coincé là dans Mobile
Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes.
Grand-père est mort la semaine dernière
Maintenant enterré dans la montagne
Mais tous ils le disent encore
Choqués méchamment ils disent.
Mais moi je m’y attendais je le savais
Démence sénile
Quand il a fichu le feu en pleine rue
Et s’est mis à tirer dessus.
Oh maman tu crois que c’est comme ça la toute fin
D’être coincé là dans Mobile
Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes.
Le député est passé
Montrant à tout le monde son pistolet
Distribuant les invitations à l’œil
Pour le mariage de monsieur fils.
Et moi pour un peu qu’ils m’arrêtaient
Ce serait bien de moi ça
D’être attrapé sans billet
Juste là caché sous le camion.
Oh maman tu crois que c’est comme ça la toute fin
D’être coincé là dans Mobile
Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes.
Et le curé ça lui en bouchait un coin
Quand je lui ai demandé pourquoi
Habillé en gros titres de journaux vingt kilos
Bien agrafés sur les têtons.
Mais il m’a traité quand je le lui ai prouvé
Alors je lui ai dit : — T’as rien que tu puisses cacher,
Tu vois t’es fait juste comme moi
Et j’espère que ça te va.
Oh maman tu crois que c’est comme ça la toute fin
D’être coincé là dans Mobile
Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes.
L’homme poudre à pluie m’a refilé deux pilules
Il m’a conseillé : — Vas-y lance toi.
La première une sorte de truc du Texas
Et la deuxième juste du gin de poivrot.
Comme un idiot je les ai mélangés
Ça m’a étranglé la cervelle
Les gens je les trouve pas beaux même très laids
Et j’ai perdu le sens du temps.
Oh maman tu crois que c’est comme ça la toute fin
D’être coincé là dans Mobile
Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes.
C’est Ruthie qui m’avait dit de venir la voir
Dans son bordel près du lac
J’aurais droit de la voir danser gratis
La valse « sous la lune du Panama »
Et elle : « Une débutante pour toi, elle sait juste ce dont t’as besoin
Et moi parfaitement ce que tu veux ».
Oh maman tu crois que c’est comme ça la toute fin
D’être coincé là dans Mobile
Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes.
Maintenant les briques étalées sur la rue principale
Et les fous de néon grimpent là-dessus
Ça s’est effondré de façon si parfaite
C’était calculé pile poil
Alors moi je me suis assis là tranquille
Je me disais que je saurai bien le prix
A payer pour en finir
De vivre tout ça deux fois.
Oh maman tu crois que c’est comme ça la toute fin
D’être coincé là dans Mobile
Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes.
Political World
Dans le corpus immense des chansons de Dylan, l’intéressant c’est les récurrences, héritées des plus anciennes catégories de ce qu’il découvre à Minneapolis, ou dans le répertoire de Woody Guthrie. Dès les « chansons qui montrent », la période des chansons le plus directement politiques, ce qu’il affirme c’est son écart : un vocabulaire matrice, qui définit un territoire, et ce territoire accueille toute revendication au monde, mais ne la formate pas. La réponse, ami, souffle avec le vent. Ceux qui ont accusé Dylan de délaisser le terrain directement politique ont sans doute sous-estimé son intuition, et la fixité même du territoire où il garde les pieds ancrés. C’est seulement un peu moins évident, parce que le statut personnel de symbole qu’on lui colle, et la façon dont lui le désamorce, conduit à une autre récurrence, l’idée d’une responsabilité personnelle et d’un rapport au désastre du monde où il serait criminel de laisser penser qu’un nouveau héros (même ces victimes héros des anciennes balades), une chanson ou une toile pourraient changer l’état du monde. Et ce contenu revient y compris dans les entreprises les plus tardives, ainsi Political World, où c’est la notion même de politique, pourtant absente en tant qu’allusion directe, qu’on décortique : avec assez de place pour y loger toute la crise démocratique.
Le problème de qui veut rendre Dylan, c’est ce jeu de construction par discontinuités et assonances. L’appui est sur deux mots : we et political. Nous, opposé à politique par l’expérience de s’y comporter, le verbe vivre. J’ai choisi d’éclater la proposition initiale, et renforcer la liaison world et political : de politique monde, où politique n’est plus adjectif en français, dans cet ordre, le restituer comme adjectif via l’adverbe qui rend l’antéposition : monde trop politique. Et le on vit qui manque, l’insérer dans la coupe entre les deux versants opposés du couplet. Tout retombe en place. A nous alors de jouer plutôt des registres sémantiques que du sens de toute façon sans cesse mis en cause par Dylan : lieux presque communs détournés de syntagmes pris à la vie ordinaire, à transposer. Et découvrir que le jeu d’assonances, chez lui, ce n’est pas seulement les rimes du chanteur, mais l’écho et la variation parfois sur un seul binôme de consonnes, un p et un l, un jeu sur un répétition de f : rien de neuf à qui sait vaguement pourquoi il appelle sa Fender Stratocaster Rimbaud. A nous d’aller ré-enclaver ce qui se dit là à nos contenus d’aujourd’hui, les billets d’avion pour l’autre bout du monde sur Internet, la disparition des visages dans l’image normalisée et télévisée des puissants, mais la ré-enclaver aussi dans les schémas que nous même chargions autrefois de contenus plus directs, dans Dylan première période : à trente ans de distance, les mots sont les mêmes.
L’amour tu crois qu’il aurait place
On vit
Aux temps où l’homme accomplit des crimes
Et le crime n’a pas de visage
Dans notre monde trop politique
Concrétions glaciaires dans l’atmosphère
On vit
Sous des cloches de noce et le chant des anges
Mais des nuages opaques sur le sol
Dans notre monde trop politique
Le bon jugement on l’enferme
On vit
Comme dans une cellule pourrie, égaré c’est enfer
Et permise à personne la piste où s’enfuir
Dans notre monde trop politique
La pitié l’enjambe sur une planche
On vit
Dans une vie de miroirs, la mort ils l’effacent
Elle grimpe aux marches de la banque d’à côté
Dans notre monde trop politique
Le courage c’était le modèle de l’an dernier
On vit
Leurs fantômes dans nos maisons, les gosses une idée dépassée
Et demain pour toi peut-être bien pas de demain
C’est notre monde trop politique
Tu peux le toucher tu peux le flairer
On vit
Mais personne pour piloter, le jeu est vérolé
Et qui dirait que tout ça c’est pas vrai
Dans notre monde trop politique
Les villes sont de solitude et de peur
On vit
Mais vois comme lentement tu te replies
Et pourquoi toi au milieu d’ici qui le saurait
Dans notre monde trop politique
On est sous le microscope
On vit
Voyages organisés tu t’en vas où tu veux
On te laisse la bride au cou mais toujours au bout de la corde
Dans notre monde trop politique
Ça tourne ça bouillonne ça brille
Ça vit
A peine tu es réveillé regarde on te montre
Par où c’est la sortie la plus facile
Dans notre monde trop politique
Il n’y a que la paix qu’on n’invite pas
On vit
Mais on la laisse frapper à la porte d’à côté
Ou simplement cloué à la porte de la grange
On vit dans un monde politique
Propriété privée pour tout pour tous
Le nom de Dieu
Grimpe sur les toits escalade et crie-le
Comment tu serais sûr de ce que c’est
Ballad of a thin man / Chant de l’homme qui s’efface
Ramper jusqu’au lieu même du texte, par tout ce qu’on en comprend, et tout ce qu’on peut extorquer d’images, de détails, de syntaxes ou d’étymologies, de références et parallèles (l’art parataxique de Ginsberg n’a jamais été pris en compte par les traducteurs des collections à bas prix, et notamment la traduction Seghers qui date de 30 ans et parfaitement naïve ou sommaire). Et quand on est à l’extrême de ce qu’on a pu ramper sur le lieu même du texte, tenter de se relever, s’extirper : un musicien dirait, juste jouer, devenir ce texte avec nos mots et nos images. Ce n’est pas une approche de la traduction ? Paradoxalement, c’est comme cela qu’on peut être fidèle. Voire même : précis.
Do you, mister Jones ? : c’est une chanson qui depuis quarante ans fait peur, un hymne, un sommet, pour la tension qui la traîne de refrain à refrain, et la silhouette de Jones là derrière. Les commentateurs ne savent interroger qu’un élément : qui est Jones ? Mais Jones c’est l’anonyme, c’est l’être rien, c’est la silhouette en costume, la silhouette de l’homme mince, c’est le K de Kafka. Un roman de Dashiell Hammett en 1934 s’appelle The thin man, et Gertrude Stein vient d’en reprendre la figure dans son Autobiographie de tout le monde. Et Gertrude Stein, Bob Dylan a lu forcément, et certainement aussi son fameux How to write, toujours inédit en français. Il cite plutôt Scott Fitzgerald que Stein ou Kafka, mais Dylan connaît (il l’a confirmé) le Vieux saltimbanque de Baudelaire comme il connaît le Champion de jeûne de Kafka, il sait la récurrence du motif, dans son Journal, du narrateur qui rentre dans la pièce et découvre l’angoissant ou l’horrible : la référence à la loi dans le dernier couplet une allusion directe aux portes de la loi dans le rêve de la cathédrale du Procès — c’est bien Kafka, qui est derrière ce chant de l’homme si mince qu’il s’efface, ballad of a thin man.
D’autres ont vu dans cette chanson une réponse de Dylan lui-même aux rituels vides des conférences de presse, ou la pression qu’exerce sur lui cette célébrité idiote, considérée depuis la solitude où on se retrouve ensuite, dans la vie et dans le travail. Moi j’aime la convocation des vieilles démonstrations de fête foraine : dans les années soixante on les promenait encore, on exhibait les monstres de baraque, les bricolés à deux têtes, ou comme on promenait dans les foires paraît-il la jambe amputée Sarah Bernardt, rachetée par un Américain. Le génie de Dylan, c’est aussi de ne pas dévoiler les sources. « J’ai seul la clé de cette parade sauvage », phrase de Rimbaud qu’il sait par cœur.
Il développe sa parade : l’homme entre dans sa chambre, un type est là, qui ne se définit que par sa question absurde, et le dialogue impossible. Alors il devient cette suite de figures, le trapéziste, le nain. Et le narrateur ensuite explore avec son corps disloqué, sens par sens, sa chambre qui est vide : c’est une folie alors. Reste l’homme mince. Reste à déchiffrer ce qui n’est pas déchiffrable : allusions en miroirs, dépli à l’infini, derrière l’avocat, les lépreux et les escrocs. A chacun d’en prendre pour son grade. T S Eliot est mort, mais pas Ezra Pound : ils se battent ensemble.
tu as ton stylo à la main
tu vois un type tout nu
tu demandes : c’est quoi, ça
tu fais tout ce que tu peux
et tu ne comprends même pas
qu’est-ce que tu dirais toi
en rentrant chez toi
parce qu’il se passe quelque chose ici
mais toi tu ne vois pas quoi
toi tu vois, ami Jones ?
tu redresses la tête
et tu demandes : — c’est vraiment comme ça
et l’autre il tend son doigt sur toi :
c’est comme ça
toi tu dis : — il me reste quoi à moi
un autre type dit : — moi c’est quoi
toi tu dis : — oh bon dieu
je suis vraiment si seul ici ?
parce qu’il se passe quelque chose ici
mais toi tu ne vois pas quoi
toi tu vois, ami Jones ?
tu donnes ton billet
et tu vas voir le spectacle
le monstre vient tout de suite sur toi
dès qu’il t’entend parler
il dit : comment on se sent
dans la peau d’un pareil sac
toi tu dis : pas possible
juste il te tend un bout d’os
tu as pas mal de contacts
chez les bûcherons des bois
ils te racontent ce qu’il en sera
pour te guérir de tes imaginations
mais plus personne pour avoir du respect
ils sont déjà là à attendre
que tu remplisses le chèque
déductible de vos revenus : don pour charité
tu as fréquenté des professeurs
et ils ont aimé à quoi tu ressembles
tu as vu les meilleurs avocats avocats
pour parler des lépreux des escrocs
tu as même lu tout
Scott Fitzgerald page à page
tu as lu beaucoup de livres
tout le monde le sait
tiens, l’avaleur de sabre il approche
devant toi il s’agenouille
fait le signe de croix
claque des talons
puis direct il te demande
comment on se sent
il dit : je vous rends votre gorge
merci pour le prêt
maintenant regarde ce borgne ce nain
qui te crie : — maintenant !
et toi tu lui dis : — mais pourquoi ?
lui : — comment ?
toi : — ça veut dire quoi ?
et lui : — espèce de vache
t’est bon qu’à traire
ou rentre chez toi
bon, tu rentres dans ta chambre
avec des précautions de chameau et là tu flaires
tu as les yeux jusque dans tes poches
et tu rampes nez par terre
il aurait dû y avoir une loi
pour t’empêcher d’entrer là
les mecs comme toi vaudrait mieux tellement mieux
leur boucher mais boucher les oreilles
Tangled up in blue / empêtré jusqu’aux tripes
« Qu’est-ce que vous pouvez trouver de bien à cette chanson, dit Bob Dylan, vu ce que je traversais quand je l’écrivais ? » Se séparer d’avec Sara, après douze ans et quatre enfants, pas mal de voyages, et les quatre maisons de Woodstock, New York McDougal Street et Fire Island. Plus d’alcool et puis encore l’alcool, plus de concerts et maintenant à nouveau les concerts.
Il y a tout cela et puis il y a Dante, qui passe.
Les personnages sont fictifs : on dirait un film. Mais un film qu’on aperçoit à la télévision, ou une séance du samedi soir, une séance pour se distraire. Ces personnages on les connaît tellement d’avance, la fille qui bosse dans un bar en s’exhibant seins à l’air elle ne l’a pas choisi, son type qui fricote des trafics et l’entraîne au désastre c’est une histoire qui serait tellement belle chez Selby (Hubert Selby Jr). Mais lui, le narrateur, c’est un paumé un raté, qui fait cuistot dans les chantiers du grand nord (les grandes forêts dy pays natal de Dylan : les mêmes bûcherons qui passent dans A thin man, et ripe en dérive et galère jusqu’à la Nouvelle-Orléans pour un boulot sur un chalutier, mais un qui ne s’éloigne pas trop des côtes. Et puis cette voiture en panne, et qu’on se sépare dans la nuit.
Il y a tout cela et puis il y a Dante, qui passe.
On est revenu aux sources de la poésie. Des mots dans la nuit quittent le livre et viennent à vous. Et ces mots disent exactement ce que vous auriez à lui dire. Il y a la situation à trois, où s’empêtre le narrateur avec le couple : mais dans la vie, c’est lui qui l’impose à Sara. Il y a peut-être, pour évoquer Dante, ces façons de saisir à vif, dans l’obscurité du monde, des êtres pris dans l’intensité pure d’une douleur, alors isolée du temps.
Jamais sinon Bob Dylan ne parlera de Dante, ni quand lu. Faut-il garder la couleur bleue, ou mettre en avant l’enracinement blues ? J’ai choisi.
Moi j’étais resté au lit
Est-ce qu’elle changerait je me demandais
Et si elle aurait encore les cheveux en rouge
Ses copains disaient que notre vie à deux
Sûr ça devait racler sur les bords
Les robes faites maison de Maman ça leur plaisait pas trop
Et le compte en banque de papa bien trop maigre sûr
Et j’étais là sur le bord de la route
La pluie tombant sur mes chaussures
Tout droit parti vers les côte Est
Oh sûr j’en ai bavé pour traverser tout ça
Empêtré jusqu’aux tripes
Elle était mariée quand je l’ai rencontrée
Elle serait bientôt divorcée
Je l’ai sorti de ses embrouilles je crois
Mais peut-être j’ai dû tirer un peu fort
On est parti en bagnole aussi loin qu’on a pu
On l’a abandonnée quelque part dans l’Ouest
On s’est séparés c’était une triste et sombre nuit
D’accord tous les deux que c’était mieux
Elle s’est retournée pour me regarder
Moi je partait de l’autre côté
Je l’ai entendue dire par-dessus mon épaule
On se retrouvera forcément en ville
Empêtré jusqu’aux tripes
J’avais un boulot dans les grandes forêts du Nord
J’étais là-bas cuistot un temps
Mais aimer ça non vraiment pas
Et un jour la hache est juste tombée
Je suis parti en dérive jusqu’en Nouvelle-Orléans
Là ils m’ont donné un emploi
Trimer sur un chalutier
Juste en sortant de Delacroix
Et tout ce temps moi j’étais tout seul
Le passé accroché aux épaules
Et des femmes j’en ai vu pas mal
Mais elle ne n’est jamais sortie de la tête et je suis resté
Empêtré jusqu’aux tripes
Elle travaillait dans un truc à seins nus
J’étais juste entré pour une bière
Je la voyais de côté je n’arrêtais pas de regarder
Dans les projos le profil clair
Bien plus tard et plus personne dans le bar
Moi j’allais faire pareil
Elle était là juste posée près de mon tabouret
Elle me dit : — Tu me diras pas ton nom ?
J’ai grogné quelque chose en soupirant
Elle étudiait on dirait à quoi je ressemblais
Je dois bien avouer que j’étais pas très à l’aise
Elle penchée sur moi à me relacer mes souliers
Empêtré jusqu’aux tripes
Elle a allumé un joint sur le gaz et m’a proposé une taffe
« T’as pas l’air du genre causeur » elle a dit
« T’as même vraiment l’air d’un silencieux »
Alors elle a ouvert un livre de poèmes
Et me l’a tendu
Des poèmes d’un poète italien
Du treizième siècle crois-tu
Et pas un des mots là-dedans qui sonnait faux
Ils brillaient comme une braise
Ça te coulait depuis les pages
On aurait dit ça écrit directement de mon âme juste de moi pour toi
Empêtré jusqu’aux tripes
J’habitais chez eux rue Montaigue
Un sous-sol en bas de l’escalier
Il y avait de la musiques dans les bars le soir
Un peu de révolution dans l’air
Alors il commença son trafic avec esclaves
Et quelque chose en lui était simplement mort
Il a fallu qu’elle vende tout ce qui était à elle
Et dedans plus rien que la banquise
Quand ils ont touché le fond finalement
Moi aussi j’ai été attrapé
La seule chose que j’avais à faire je savais
C’était de continuer comme un oiseau qui vole
Empêtré jusqu’aux tripes
Alors maintenant que je reviens une fois de plus
Il faut que je la retrouve d’une façon d’une autre
Tous ces gens qu’on voyait à l’époque
C’est juste une illusion pour moi maintenant
Certains font des maths
D’autres ont marié des charpentiers
Je ne sais même pas comment tout ça a commencé
Je ne sais même pas ce qu’ils font de leur vie
Mais moi je continue la route
Je trouverai bien un autre coin
On ressentait vraiment tout pareil
C’est juste qu’on le voyait de deux points de vue séparés
Empêtré jusqu’aux tripes
Desolation row / Allée de la Désolation
Et si parfois une grande chanson de Dylan c’était comme verser un carton de vieux jouets, il reste de belles couleurs même un peu abîmées, il y a les cassettes de vieux films, il y a les vieilles histoires et tout ce qui faisait avant vaguement peur. Mais c’est lisse dans la main et ça brille dans la lumière, on ne les craint plus, les figures : elles sont encore belles et vous émeuvent. Reste que c’est une vraie route et qu’elle renvoie au vrai monde : mais on le fuit pour un autre, ou bien elle nous y ramène ? Alors on a peur, une vraie peur, quand même, sur cette route de la désolation. Narrativement : chaque figure une bulle microscopique, comme un ancien conte aperçu. Le récit s’arrête à peine le temps d’un vers, l’image est soufflée par le suivant. Chez Dylan compositeur, la narration est plus audacieuse que les images elles-mêmes, et c’est sans doute ce qui fascinera chez lui John Lennon : scène évoquant tous les passés, mais embarquée dans le flux qui va trop vite pour la pensée (sur cette route de la Désolation). Quelle musique pouvait bien jouer Einstein sur son violon électrique, sinon cette chanson même ? Et nous n’y échappons pas, nous y marchons, rue de la Désolation.
passeports repeints marron
et des marins marinant au salon de beauté coiffure
le cirque est dans la ville
le commissaire priseur aveugle
ils lui ont fichu la transe
il s’agrippe au funambule d’une main
l’autre fourrée dans sa braguette
les briseurs de grève rient jaune
où est-ce qu’ils pourront se réfugier
la Dame et moi nous regardons à la fenêtre
depuis l’allée de la Désolation
Cendrillon pour toi c’était si facile
« suffit d’essayer pour réussir » elle sourit
puis cherche quelque chose dans ses poches de derrière
tu te rappelles Bette Davis
puis c’est Roméo toujours à se plaindre
« tu es à moi rien qu’à moi »
— eh petit tu t’es trompé de film quelqu’un répond
vaudrait mieux que tu files
et le seul bruit qui insiste
maintenant que sont loin les ambulances leurs sirènes
c’est elle Cendrillon qui balaye
toute l’allée de la Désolation
les nuages ont couvert la lune
les étoiles aussi vont se coucher
la diseuse de bonne aventure
a rangé ses cartes plié son barda
personne ne traîne qu’Abel et Caïn
et le bossu de Notre-Dame
les autres chez eux font l’amour
ou bien attendent leur poudre de pluie
le bon Samaritain enfile sa tenue
c’est son entrée en scène
c’est lui qui fera carnaval ce soir
sur l’allée de la Désolation
maintenant Ophélie est sous la fenêtre
pour elle j’ai tellement peur
elle a vingt-deux ans aujourd’hui
et déjà vieille fille
elle croit que la mort c’est un truc romantique
elle a mis son gilet pare-balles
la religion comme profession
et pour toute faute avoir manqué la vie
elle a beau écarquiller les yeux
sur le grand arc-en-ciel de Noé
encore elle regarde pour ne rien voir
dans l’allée de la Désolation
Einstein se déguise en Robin des Bois
tous ses papiers dans une cantine
il est passé il y a moins d’une heure
avec son copain, un moine jaloux
tellement peur qu’il avait l’air immaculé
en quémandant une cigarette
et s’en est allé reniflant les gouttières
récitant son alphabet
maintenant on se retournerait même pas sur lui
il a été célèbre mais c’était y a si longtemps
vous savez il jouait du violon électrique
sur l’allée de la Désolation
le docteur Obscène surveille son monde
à l’intérieur d’un bol de cuir
mais ses patients désexués
ils essayent de bander
son infirmière c’est la paumée du quartier
elle s’occupe de la lucarne au cyanure
et elle distribue les petites cartes de condoléances
« ayez pitié de son âme merci »
tous équipés de sifflets à deux sous
vous les entendrez en train de jouer
si vous penchez la tête assez et assez
dans l’allée de la Désolation
dans la rue en face ils ont cloué les rideaux
ils se préparent pour la grande fête
le Fantôme de l’Opéra
la parfaite image d’un prêtre
ils nourrissent Casanova à la petite cuillère
qu’il prenne un peu d’assurance
et puis ils l’assassinent par trop de confiance en lui
ils l’ont empoisonné de bonnes paroles
et le Fantôme hurle aux filles anorexiques
« fichez le camp d’ici si vous le savez pas
si on l’a puni Casanova c’est pour être allé
dans l’allée de la Désolation »
maintenant c’est minuit tous les flics
et l’équipe des surhommes
ils arrivent et ramassent ceux
qui en connaissent plus qu’eux
ils les ramènent à l’usine
où la machine à crise cardiaque
on la leur fixe aux épaules
on remplit de kérosène
trouvé dans les châteaux
c’est les compagnies d’assurance qui le veulent
et vérifient que personne ne s’en échappe
de l’allée de la Désolation
vive le Neptune de Néron
le Titanic lève l’ancre à l’aube
et tout le monde te crie
« choisis ton camp choisis vite ! »
puis Ezra Pound avec T S Eliot
combattent dans le donjon du capitaine
pendant que les chanteurs de calypso se fichent d’eux
et que les pêcheurs apportent des fleurs
par les fenêtres de la mer
celles des belles sirènes qui nagent
et personne pour remuer des méninges en rond
pour l’allée de la Désolation
oui je l’ai reçue ta lettre d’hier
(juste au moment que la poignée de porte a cassé)
quand tu m’as demandé ça va toi
c’était quoi cette bonne farce ?
tous ces gens dont tu parles
oui je les connais ils ont bien dégusté
faudrait que je leur refasse la figure
que je leur redonne un nouveau nom
en ce moment je n’arrive plus bien à lire
ne m’envoie plus de lettres non
sauf si c’est de la boîte aux lettres là-bas
dans l’allée de la Désolation
bibliographie, les essentiels
Chroniques, volume 1, Bob Dylan, Fayard, 2005
The Bob Dylan Encyclopedia, Michael Gray, Continuum, New York, 2006
Bob Dylan Essential Interviews, edited by Jonathan Cott, Rolling Stone, 2006
Like a Rolling Stone, Greil Marcus, Faber and Faber, 2005
Wicked Messenger, Bob Dylan and the 60s, Mike Marqusee, Seven Stories Press, New York, 2003-2005
Down the Highway, the life of Bob Dylan, Howard Sounes, Grove Press, 2001
The Rough Guide to Bob Dylan, Nigel Williamson, Rough Guides, London, 2004



