– qu’il était, moom, le ki, le ki qui dit, le ki qui décide de ce qui doit se faire à Ndak, des fêtes et des jours où on ne travaille pas, le ki qui parle à De Gaulle et qui se dit et on ne sait même pas qui dit quand ils se sont parlé avec De Gaulle, si c’est De Gaulle qui décide ou si c’est lui qui a dit à De Gaulle de dire comme lui pour Ndak, mais c’est quand même lui qui dit que c’est bon la cuisine du palais, la cuisine faite au palais avec la sueur et tout le temps passé, c’est le seul qui dit que c’est bon, les autres ils mangent rekk, et lui il dit tout le temps, il dit le bon, il dit ce qu’il faut faire.
– et surtout, surtout, par le fer et par le feu, qu’il ne vienne pas, moom, s’imaginer qu’il va mieux connaître ma langue que moi, alors qu’il essaie s’il veut et d’ailleurs je ne me gênerai pas de lui dire quand il se trompera mais pour le reste, et surtout pour la connaissance de ce qui est arrivé à nos pères, et presque à nos mères, là, moom, cela me regarde et je saurai lui dire et cela ne m’empêchera pas de bien repasser toutes les tenues, avec le col bien droit, avec le pli là où il faut, exactement là où il faut quand il y a défilé, parce qu’il a décidé qu’il y aurait défilé.
– de même, tout de même, la bonne santé il faut toujours officiellement la souhaiter à qui vient de te la souhaiter, ce n’est pas difficile de dire de même, et pour bien marquer là d’où on vient, nous deux, on va dire tout de même, cela nous fait sentir moins bêtes devant le grand buffet qu’il a décidé de faire dresser dans le jardin du palais et où il a décidé de nous inviter, même si notre affiliation au Maréchal ne nous met plus en odeur de sainteté, mais on a quand même accès au buffet et il est pas mal le buffet, il faut en profiter, certains ne nous saluent plus, à ceux qui nous saluent on va répondre tout de même ou simplement de même avec la fatigue qui va arriver.
– qu’alors il y est revenu, voir l’hélice, juste au moment où ça allait ne plus le concerner, puisqu’il était appelé à aller voler à Londres, mais justement il a fallu qu’il y aille à ce moment-là, se planter de nouveau devant l’hélice fichée et imaginer comment cela s’était passé pour Mermoz, un vol sans doute comme il en avait fait bien d’autres à partir en vérifiant mollement tout ce qu’il y avait à vérifier parce que c’était le matin peut-être après des rêves qui avaient porté loin en avant, comme quelqu’un qui irait voler à Londres mais qu’alors Mermoz était peut-être déjà dans un genre de routine.
– et puis c’est comme ça qu’il l’a finalement revu, l’intellectuel de l’Institut d’Afrique Noire, comme ça et pas comme il l’aurait imaginé, agenouillé sur son tapis de prière au milieu du sable que le vent faisait voler tout autour de lui et en se demandant si c’était un hasard qu’il soit si près de l’hélice, si lui aussi avait trouvé quelque chose, autre chose peut-être, s’il avait remarqué aussi ces drôles de fragments violets desséchés, tout près de l’hélice, fichés dans le sable eux aussi, dans le sable que le vent faisait voler, avec des prières tout autour.