Qu’elle était une putain de gymnaste, qu’elle avait seulement 13 ans , qu’elle était en retard à l’école , qu’elle ne pouvait pas suivre les leçons comme les autres que ça faisait trop de trucs à savoir quand on lit lentement et que les consignes de la maitresse on y comprend rien, que la maitresse nous trouve douée quand-même, qu’elle veut absolument lui faire rattraper le retard, qu’il faut s’accrocher, que Zelda est là pour l’aider à apprendre tout près d’elle, tous les jours, c’est beau cette amitié, cet amour de sœurs, des fois, ça arrive comme ça et ça change une vie, alors on reste après la classe et on rattrape comme les pas de danse sur la poutre , un deux trois , et on se lance et à force on y arrive , le plus sympa c’est les problèmes de maths , une fois qu’on les a lu, le résultat, c’est tout de suite, ça vient, c’est immense, c’est magique, elle adore ça, les maths, y a juste à réfléchir , pas grand-chose à dire, et hop , on s’envole , comme à la poutre , juste à l’équilibre.
et surtout elle a plein de projets avec Zelda, parce que le cirque c’est qu’une partie de sa vie seulement, après on te marie et les gosses et la poutre c’est fini, plus d’école, pas de lycée, des gosses qui courent partout, non , non , et non, elle a pas décidé ça, veut pas faire comme sa mère, ses tantes , et « Grand-ma », surtout pas, mieux mettre un pied à l’école que sur la poutre, les paillettes ça sert à rien, rien dire à son père, sera pas content savoir que sa fille, la poutre c’est pas sa vie.
de même que Zelda , elle son truc, c’est l’écriture, elle dit qu’un jour elle écrira sur notre vie, en ce moment sa vie , c’est les poèmes, elle en apprend plein et elle les récite toute la journée, elle répond à Esmée en poème et ça les fait beaucoup rire parce que des fois ça n’a rien voir avec la conversation, des fois ça colle et elles rient aussi, Esmée ne sait plus ce que pense vraiment Zelda à force de lui répondre en chanson, c’est beau tout ce qu’elle dit, ça a du rythme, elles ont même imaginé qu’elles diraient des poèmes à voix-haute et fort pendant les répétitions à la poutre et comme ça Esmée pourrait apprendre ceux de la maitresse, plus facilement. Chaque fin de vers demi-tour et elle repart, elle a appris comme ça « Le serpent qui danse » habitée ,par le poème de Baudelaire, ça n’a été qu’ arabesques, roues et sauts, jusqu’au final . Magnifique.
qu’alors Esmée a invité Zelda autour du feu de camp au milieu des caravanes, elle lui a présenté son père Cerventes et ses tantes. Esmée ne lui a pas présenté sa mère parce qu’elle est morte quand Esmée était toute petite, Esmée n’a qu’une photo qu’elle porte autour du cou sur un médaillon en or que Grande-ma lui a donné et qu’elle a montré a Zelda qui a trouvé qu’Esmée ressemblait beaucoup à sa mère et qu’elle était très belle, c’est ce que tout le monde dit au camp.
et puis un jour c’était plus pareil, Esmée a abandonné son numéro, elle était trop grande, les exercices de gymnaste n’intéressaient plus personne, le public préférait les fauves et le numéro de Charlie Chaplin. Ça lui laissait le temps d’étudier et la maitresse lui a fait sauter le CE2 et le CM2 tellement elle était douée. Elle voulait qu’Esmée fasse une école d’ingénieur, et Esmée lui avait promis , elle le ferait pour sortir du camp, de sa vie de gitane et de tout ce cirque, elle la fit aller au collège et au lycée, elle vivait chez Mme Loup, Cerventes lui avait comment dire confier la garde de sa fille, il comprenait pas pourquoi Esmée voulait tout abandonner comme ça , sa famille et ses traditions depuis des générations, ça l’avait rendu furieux , et puis en colère , et puis agressif , et triste et puis plus rien du tout, après que le cirque ait brûlé , il était bien trop occupé à tout reconstruire et à trouver de l’argent …