Arts de la fiction #05 | la clé de la liberté

C’est une maison bleue
Adossée à la colline
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là, ont jeté la clé
C’est une maison sans couleur
Aucun son ne s’en échappe
Les hommes entrent et sortent
Ils ont tous les droits ils ont la clé

On se retrouve ensemble
Après des années de route
Et l’on vient s’asseoir autour du repas
Tout le monde est là, à cinq heures du soir
Elles dedans enfermées muselées
Ne partent de ces quatre murs prison
Qu’une fois par mois et accompagnées
Leur corps caché de la tête aux pieds

Quand San Francisco s’embrume
Quand San Francisco s’allume
San Francisco, où êtes-vous ?
Elles ne savent rien du dehors
Interdites de regarder par la fenêtre
Pas de livre pas de radio pas de télé
Elles se suicident ou sont éliminées

Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi
Nageant dans le brouillard
Enlacés, roulant dans l’herbe
On écoutera Tom à la guitare
Phil à la kéna, jusqu’à la nuit noire
Hanifa, Freshta, Frozan*, où êtes vous
Pas de place pour les femmes dans ce pays
Pas d’école, pas de travail, un seul refrain
Se taire obéir souffrir ou mieux mourir

Un autre arrivera pour nous dire des nouvelles
D’un qui reviendra dans un an ou deux
Puisqu’il est heureux, on s’endormira
Quand San Francisco se lève**
Un jour viendra où ces sévices cesseront
Les sourires des femmes illumineront
Les places les rues les universités
De l’enfer de ces maisons mouroir
Elles toutes ensemble s’échapperont

*Freshta Kohistani militante afghane pour les droits des femmes, abattue en décembre 2020, Hanifa Safi, directrice des Affaires féminines d’une province en Afghanistan tuée par une bombe placée sous sa voiture en 2012, Frozan Safi militante économiste afghane assassinée en novembre 2021

**San Francisco – Maxime Le Forestier

A propos de Eve F.

Rédige des assignations et des conclusions, défend le veuf et l'orpheline, écrit sur le Droit et son envers, la Justice et ses travers, le bien-être et son contraire, les hommes et pas que, le bruit du monde et ses silences, aussi.

2 commentaires à propos de “Arts de la fiction #05 | la clé de la liberté”

  1. on entend la musique, les mots, les tiens qui se mêlent à ceux des autres et ceux de la chanson
    et surtout on voit les visages, leurs visages
    « Elles dedans enfermées muselées »

    gratitude à toi, Eve

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