A propos de Clarence Massiani

J'entre au théâtre dès l'adolescence afin de me donner la parole et dire celle des autres. Je m'aventure au cinéma et à la télévision puis explore l'art de la narration et du collectage de la parole- Depuis 25 ans, je donne corps et voix à tous ces mots à travers des performances, spectacles et écritures littéraires. Publie dans la revue Nectart N°11 en juin 2020 : "l'art de collecter la parole et de rendre visible les invisibles" voir : Cairn, Nectart et son site clarencemassiani.com.

#livre #05 | Une boîte à quoi ?

Aussi loin que je me souvienne, jamais je n’ai pris un livre dans une boîte à livres. Mettre les livres en boîte. Qu’il y a t’il dans ta boîte ? Oh des livres ! Le livre dans la boîte attend qu’on le déboîte. Dis moi où tu lis ? Pas loin d’une boîte. Une boîte ? Oui près du banc. Continuer la lecture#livre #05 | Une boîte à quoi ?

#livre #04 | Bibliothèque.

Ma bibliothèque aime tellement les livres. Chaque année, j’en enlève que je ne lis plus et qui ne m’intéressent plus et à chaque fois, il y en a un qu’elle veut conserver qui se glisse hors du carton, qui va pour partir. Ma bibliothèque se fait et se défait, selon le temps et ses humeurs. Certains voire beaucoup, sont toujours Continuer la lecture#livre #04 | Bibliothèque.

#livre #03 | Etranges librairies.

Elles sont étranges les librairies de ma petite ville. Elles sont étranges, il semblerait qu’elles ne veulent pas être des libraires. Comme si elles étaient venu comme ci, ou comme ça. En réalité, il n’y en a vraiment qu’une seule et, la fréquenter est un mot. Les autres ne sont pas de véritables librairies, ce sont des papeteries avec des Continuer la lecture#livre #03 | Etranges librairies.

#livre #02 l Pas d’Atlas

Je n’ai pas souvenir d’un atlas dans la bibliothèque familiale. Je n’ai pas souvenir d’en avoir déjà seulement ouvert un seul. Je n’ai pas souvenir de ces livres immenses, lourds et, magnifiques qu’il fallait porter à bout de bras, poser sur une table ou sur le sol en bois. Et, de son corps, attraper la couverture afin de le déplier Continuer la lecture#livre #02 l Pas d’Atlas

#livre #01bis | GESTES.

Ce sont, tout d’abord, les yeux. Qui dansent. Qui s’imprègnent. Rapidement. Titre après titre. Quels mots ralentissent le regard ? Quelles images rapprochent le corps ? Quelle conviction intime au bras d’attraper ? Non, pas attraper, jamais attraper mais agrippé, volé, dévoré. Titres, auteur.es. Le corps ressent. Le coeur écoute. Les sens s’éveillent. La tête parfois. Est-ce le bon moment Continuer la lecture#livre #01bis | GESTES.

#livre #01 l Que faire de la littérature ?

Que faire de la littérature ? d’Edouard Louis, déjà, les taches de mon café du matin ont marqués ces pages et pourtant, je veille à ne pas en laisser une goutte tomber. Que faire de la littérature ? Le livre est blanc, un véritable blanc, ni crème, ni neige. Peut-être blanc lait avec le titre, en rouge et noir et Continuer la lecture#livre #01 l Que faire de la littérature ?

# Mardi 14/10/2025 |On aimerait.

On aimerait s’élever, on aimerait. On aimerait toucher les cieux, on aimerait. On aimerait être au sommet, on aimerait. On aimerait sentir le vent et se sentir porté. On aimerait s’envoler et filer et raser de près les nuages et devenir oiseau, devenir. On aimerait. On aimerait. Que le corps ne soit plus roi, que le corps ne soit plus Continuer la lecture# Mardi 14/10/2025 |On aimerait.

#rectoverso #15 | Mauvaises herbes

  1. Les mauvaises herbes dans les jardins n’ont-elle pas été assez aimées ?
  2. J’ai eu un jardin potager et j’adorais arracher les mauvaises herbes.
  3. Je les arrachais puis je les enfouissais dans la terre.
  4. Nos parents étaient très beaux au point que même nos ami.es venaient chez nous pour les voir, eux.
  5. Il y avait aussi beaucoup de terre sablonneuse dans le potager, c’était doux au toucher.
  6. Nos parents étaient très beaux et nous les quatre filles se sentions si laides, inexistantes, inutiles et de trop.
  7. Nous étions là pour les regarder, les admirer, nous étions leur public.
  8. Pour enfouir les mauvaises herbes, il faut vraiment beaucoup creuser, tourner et retourner la terre et creuser encore.
  9. Néanmoins, certaines mauvaises herbes peuvent être utilisées pour faire du bon compost.
  10. Le compost est bon à recycler, bon pour la terre.
  11. Un jardin de 100 m2 sert à nourrir une famille de quatre personnes.
  12. Nous étions invisibles ou trop envahissantes à leurs yeux mais nos regards étaient rivés sur eux.
  13. Lorsque l’on regarde d’en bas, on ne voit pas la réalité.
  14. Mon fils m’a dit un jour qu’il savait qu’il avait grandi car tout ce qui était présent chez nous lui paraissait maintenant si petit.
  15. Il est toujours mieux de s’agenouiller devant un petit enfant pour lui parler, les yeux dans les yeux.
  16. Il est souvent doux de s’agenouiller, c’est une posture agréable.
  17. Parfois, je suis follement émue devant une statue à genoux.
  18. C’est difficile de dessiner quelqu’un agenouillé.
  19. Je soupçonne mes parents d’avoir eu des enfants pour être contemplés.
  20. Les quatre filles du docteur March, c’est ainsi que notre père nous appelait, c’est ainsi qu’il nous imaginait et qu’il aimait à nous rêver. Selon la légende, il aurait rencontré notre mère qui travaillait en France chez Helena Rubinstein ou dans une maison d’édition à Londres ou peut-être était-ce à une soirée avec son frère, il l’avait rencontré, jeune anglaise, habillée de grandes bottes de cuir et d’un manteau en fourrure dans les années 70.
  21. C’est devant le tambour d’une machine à laver au lavomatique d’une rue parisienne qu’ils se seraient promis de vivre ensemble et de faire tout plein d’enfants roses et de vivre heureux.
  22. J’ai revu récemment le film de Greta Gerwig Les quatre filles du docteur March inspiré du roman de Louisa May Alcott. Devant le défilement d’images qui s’offraient à mon regard, je n’ai cessé de me demander à quels moments mon père nous avait vu ainsi. Est-ce parce que notre mère est anglaise et que nous étions à l’époque quatre filles qu’il fantasmait sur sa progéniture en omettant totalement la réalité qu’il avait devant les yeux ? Ou bien est-ce parce que l’image de ces quatre filles étaient l’idéal à ses yeux de ce que nous aurions dû devenir ? Ou son image à lui ? Père, héros, de quatre filles épanouies promises à un joli avenir au charme british.
  23. La terre du compost peut devenir pratiquement noir et c’est un bon signe.
  24. Cela prend du temps d’avoir un bon compostage.
  25. J’aimais bien faire les petits tas d’herbes.
  26. J’aimais bien les regarder se détériorer, se dessécher, presque s’effriter.
  27. Je les retournais régulièrement d’un côté et de l’autre.
  28. Il paraît que dans notre enfance, nous venions dans le lit parental le matin, prendre le petit déjeuner et faire des câlins, pas un seul souvenir, pas une image, aucun ressenti dans ma tête ou mon corps.
  29. Je regarde les photos de famille étalées devant moi et je m’interroge : où se logent les souvenirs qu’on n’a plus ?
  30. Comment pardonner l’impardonnable ? Est-ce obligatoire ?
  31. Les statues qui sont à genoux demandent-elles pardon ?
  32. J’essaie de me souvenir d’un lieu où j’en ai vu une, chez Camille Claudel peut-être ?
  33. Camille Claudel pour moi c’est Isabelle Adjani.
  34. Pourtant je n’aime pas beaucoup cette actrice, Isabelle Adjani mais elle était une excellente Camille Claudel.
  35. C’est une scène de ce film que j’ai présenté au concours du conservatoire de théâtre.
  36. J’ai eu une très bonne note.
  37. J’avais tellement de colère en moi, de tristesse aussi, à l’époque.
  38. J’étais douée pour crier et supplier.
  39. Et je pense que c’est lorsque je suis tombée à genoux sur scène que j’ai eu le concours.
  40. Je n’avais plus rien à perdre et j’ai tout donné.
  41. Le bon compost sert à la régénération de la terre, c’est utile.
  42. J’ai aimé avoir un jardin potager même si il y avait des mauvaises herbes.
  43. J’allais les enlever à six heures du matin pour ne pas me faire attraper par les membres du bureau.
  44. Dans les associations de jardins familiaux, on vous envoie des lettres d’avertissements si vous avez des mauvaises herbes.
  45. Pour mes parents, nous étions les mauvaises herbes ou les vilains petits canards, cela dépendait des jours.
  46. Tu ne dois pas tuer tes parents mais ont-ils eu conscience de nous avoir un peu fait mourir et ne devraient-ils pas payer en retour ?
  47. Je me suis débarrassé de leurs miasmes, je me suis débarrassé de tout ce qui est eux.
  48. Je voulais qu’ils deviennent des petits pois que l’on pousserait d’une pichenette, allez allez rouler plus loin, allez jouer dans le jardin comme ils aimaient à dire pour ne plus nous voir.
  49. Au bout de la troisième lettre d’avertissement, j’ai écrit à mon tour, une lettre enflammée au président de l’association.
  50. On s’est rencontrés et nous sommes devenus très amis.
  51. Plus tard, j’en ai fait un spectacle des jardins et j’ai lu sur scène les lettres d’avertissements, c’était génial on en a bien ri ensemble.
  52. Creuser la terre pour enfouir les mauvaises herbes, creuser des trous pour enfouir les morts.
  53. Je les ai enterré avant leurs morts.

Recto-verso #14 l Balbutiements.

RECTO Période : 1972 – 2072 Figures majeures de la période (sont cité.es celles et ceux qui m’accompagnent et qui sont nés bien avant 1972) : De Flaubert écrivain à Edouard Louis sociologue-écrivain, de Camille Claudel à Brune D. amies sculptrices, de Jésus Christ religion à la méditation indienne spiritualité, de Victor Hugo homme de théâtre à Sandrine Roche femme Continuer la lectureRecto-verso #14 l Balbutiements.

#rectoverso #13 l Cement garden.

RECTO Sépultures grises sous la chlorophylle des feuilles. Maisons inertes clouées au sol, Irréversibles demeures, Alignées. De gauche à droite et de bas en haut. Nulle rondeur, nulle couleur, nulle douceur. Tombeaux de pierres, Froides, Corps glacés dans cailloux glacés. Maisons sans fenêtres, ni vue sur le ciel, pas de tête dans les nuages. Pas de rêves, ni d’envolées poétiques. Continuer la lecture#rectoverso #13 l Cement garden.