J'entre au théâtre dès l'adolescence afin de me donner la parole et dire celle des autres. Je m'aventure au cinéma et à la télévision puis explore l'art de la narration et du collectage de la parole- Depuis 25 ans, je donne corps et voix à tous ces mots à travers des performances, spectacles et écritures littéraires. Publie dans la revue Nectart N°11 en juin 2020 : "l'art de collecter la parole et de rendre visible les invisibles" voir : Cairn, Nectart et son site clarencemassiani.com.
L’homme est assis sur une mauvaise chaise de paille et de bois. Ses deux pieds touchent le sol, ses épaules s’affaissent, ses coudes se maintiennent péniblement sur ses cuisses, son visage est replié sur ses doigts, ses yeux dans le creux des mains. Pleure t-il ? Peut-être mais on ne peut percevoir ni larmes, ni sanglots, ni cris, ni un quelconque son. On ne peut distinguer ses yeux, juste son crâne lisse entouré de quelques cheveux épars. Il pourrait s’effondrer dans le sol de la terre si un trou advenait tant son être semble porte en lui tout le poids du monde mais peut-être est-ce simplement du désespoir ou une colère sourde qui gronde en silence. La posture laisse poindre l’abattement de cette silhouette fine dont le crayon de bois a dessiné les modestes vêtements et contours. Que vit cet homme posté devant une cheminée éteinte où quelques fagots se tiennent à même le carrelage ? De quels tourments est-il infligé ? Peut-être a t-il perdu son travail ou sa femme qui s’en allée sur les chemins ou rejoindre les anges ? Peut-être n’est-il que chagrin en ce jour gris et torturé ? Peut-être…
VERSO
Il règne un certain mystère autour de cette petite carte postale que je viens d’attraper du bout des doigts pour la poser sur ma table à portée de mon regard. Elle représente un dessin, une esquisse faite au crayon en novembre 1882 par Monsieur Vincent Van Gogh. Elle s’intitule Worn out ce qui se traduit par usé, épuisé. Elle aurait pu s’appeler effondrement, désespoir mais je ressens bien que l’artiste ne souhaite parler que de cet homme qu’il a installé sur cette chaise. Il ne représente pas l’épuisement ou l’usure. Il est comme au bout du rouleau, comme incapable ne serait-ce que de relever la tête. Je connais cette posture pour l’avoir vécue sur moi-même, je connais cette sensation, comme ne plus savoir comment se redresser. On pourrait imaginer qu’il est triste ou en colère mais le peintre indique par son titre que l’on est bien au-delà. Usé, un terme proche de hors d’usage, vieux, défraîchi ou encore élimé. Ce serait donc un être en ruine qui est exposé dans ce musée à Amsterdam où je me trouvais il y a peu. J’entre dans la boutique, je la vois, je sais qu’elle est pour moi, je l’achète. Je suis bouleversée par elle, je m’y reconnais entièrement. Et pourtant, chose étrange, je n’ai, à cet instant même, aucun souvenir de l’avoir vu exposé dans le musée, aucun. Pas un seul recoin, un espace, une pièce dans laquelle je revois cette oeuvre installée en format 50 x 32 cm comme détaillé au dos de la carte. Rien dans ma mémoire qui retrouve cette attitude si frappante que j’ai aperçu au premier coup d’oeil. Il est trop tard pour revenir sur mes pas. Je sors avec la petite pochette de papier blanc et quelques jours après, je l’accroche dans les murs de chez moi et la regarde longuement.
RECTO Sous-estimation : Fait d’estimer au-dessous de sa valeur. La fleur sous-estime t’elle la plante ? Le camion, la voiture ? Le chien, le chat ? L’homme, la femme ? Un parent, son enfant ? Un frère, sa soeur ? La vie, la mort ? … Un bol est-il moins qu’un vase ? Mon voisin moins qu’un autre ? Un Continuer la lecture#rectoverso #11 l Sous-estimation→
C’est un lieu calme quelque peu éloigné du centre-ville mais dont les murets touchent les abords du grand boulevard afin de ne pas omettre de s’y rendre, quelquefois. Où se trouve le jardin des allongés ? Là-bas. Là-bas ? Oui, voyez-vous, près des premiers arbres. Le regard se tourne vers la direction indiquée mais ne discerne rien, ne devine pas Continuer la lecture#rectoverso #10 | Le jardin des allongés.→
Un bouquet de fleurs éparpillé dans différents vases, courbes, longilignes, rectangulaires. Chaque rose, feuille, marguerite, tulipe est à tailler selon la dimension des contenants. Un duplex fait de murs de chanvre et de briques rouges, une table ronde de bois encerclée d’un quatuor de chaises argentées sur laquelle trône un petit rectangle de céramique gris et rose violet où, dignement Continuer la lecture#rectoverso #09 l Triades ?→
Recto Je l’admire, toute l’année, je l’admire. Je ne dis rien, ni à lui, ni à son frère, ni à ses amis, ni à personne. Je garde mon admiration secrète mais je pense à lui, je veux jouer avec lui, je le regarde de loin, je le contemple sur scène, je n’ose pas aller le voir. Verso Je ne sais Continuer la lecture#rectoverso #08 | Confusion.→
RECTO Le fait qu’il n’y ait pas eu de blessés, os cassés, sang giclé, pare-brise fracturé dans l’accident de voiture n’a pas empêché le choc violent des dos jetés contre les sièges, la projection inattendue de l’avant du véhicule contre le parechoc de l’autre, le choc tremblant des corps hagards, titubant hors des carrosseries afin de tenter de se rencontrer, Continuer la lecture#rectoverso #07 | Le fait que.→
RECTO – Quand on est hôtesse d’accueil. La première fois, je me trouvais pas mal affublée de l’uniforme et des hauts talons qu’il me fallait porter. Le miroir me renvoyait une allure plus sophistiquée que celle que j’avais d’habitude, mais je me suis vite rendu compte, au bout de quelques heures, qu’elle était totalement inappropriée pour les huit heures à Continuer la lecture#rectoverso #06 | Hôtesse d’accueil.→
Recto Je suis retournée sur tous les lieux de mon enfance. J’y ai retrouvé les murs, les toits, les jardins, la brièveté de mes souvenirs. Verso Je suis retournée sur tous les lieux de mon enfance. J’y ai retrouvé les murs, les toits, les jardins, la brièveté de mes souvenirs. Mais pas une émotion, pas un chagrin nostalgique, pas de Continuer la lecture#Recto-verso #05 l Pas de regrets.→
La parole peut être emprise. Emprisonnée, du berceau au premier appartement. Et pourtant, n’étaient-ce pas les fées qui devaient s’y pencher ? Quels ont été ces murmures, ces chuchotements ? N’y a t-il pas eu des bras pour attraper et susurrer à l’oreille des mots doux ? Nous ne sommes que des pions sur un grand échiquier. Tu es une Continuer la lecture#rectoverso #04 | Le mot véritable.→
RECTO Il y a ce livre d’Edouard Louis, blanc au liseré rouge, intitulé l’Effondrement qui m’attend. Il y a cet homme que je ne regardais même pas qui fait sa vie à mes côtés. Il y a cette vie à l’opposé de celle dont j’avais rêvé qui ne cesse de me surprendre. Il y a toutes ces questions auxquelles je Continuer la lectureRecto-verso #03 l Divine idylle.→