#chroniques #04 | Saisir l’instant

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Pas question de dire pas question comme il n’est pas question de dire jamais ni d’exiger. Allons, partons libres !

2 | Saisir l’instant

N’y pas prêter attention lorsque le tram revient en surface. Le crépuscule doucement s’est immiscé, n’en avoir rien vu puisque dans le métro. Déjà l’éclairage urbain s’est emparé des rues, je le perçois sans le voir, perdue que je suis dans le voile doux de la fatigue. Je descends du tram et attends que le feu passe au vert pour traverser le carrefour. Deux autobus et une voiture qui coupent le passage pour piétons et me passent devant en faisant un vague signe merci alors qu’ils sont censés s’arrêter me ramènent à la réalité. Je poursuis mon chemin. Je remets le pilote automatique. Et comme j’aborde le haut de la rue d’où part le petit sentier vers chez moi, je vois les arbres, les voitures, les immeubles dans une demi-obscurité soulignée par l’éclairage des réverbères, les fenêtres comme des miroirs témoins de l’instant où tout basculera dans le sombre. Le ciel, si clair encore, traversé d’éphémères lueurs roses, oubliées d’ici quelques minutes car oui, d’ici quelques minutes je serai chez moi, j’ouvrirai la porte-fenêtre à la chatte qui attendait mon retour assise sagement sur la table de jardin et mon chat la suivra et je leur donnerai à manger. Lorsque je lèverai les yeux, il fera nuit. Saisir l’instant, n’est-ce pas souvent ce que nous cherchons à faire, que ce soit celui-là ou tout autre, à quel point, quel moment précis la vie bascule-t-elle ?

3 | Treize et dix ans

L’homme doit avoir environ soixante-cinq, soixante-six ans.  C’est le style hippie sur le retour, cheveux gris emmêlés, katogan, qui arrive pour la première fois chez quelqu’un et marche pieds nus dans le jardin.
– Je viens de prendre ma retraite, j’en avais assez de l’informatique, je vais enfin pouvoir consacrer ma vie aux livres !
– Ah bien, je réponds
– J’ai deux enfants de treize et dix ans, je suis tout le temps occupé.
– Ah ok, je dis (à la première énonciation je ne pense rien)
À un moment, la conversation s’oriente sur le niveau scolaire, l’orthographe, l’apprentissage des langues (nous sommes un groupe attablé pour un barbecue). Je me risque à dire qu’on n’apprend plus convenablement l’orthographe à l’école puisqu’on dit que les jeunes et même les jeunes adultes n’ont plus une orthographe convenable.
–  L’école de mes enfants n’est pas une grande école mais elle est d’un très bon niveau. Mes enfants ont treize et dix ans et ils ont une orthographe correcte
– Ah mais c’est très bien, je réponds
Quelqu’un demande :
– À quoi passes-tu ton temps en dehors des cours de reliure (nous suivons tous les cours de reliure de notre professeure présente au barbecue)
– À part les cours de reliure, je n’ai pas beaucoup de temps pour autre chose. Je m’occupe de mes deux enfants qui ont treize et dix ans, il dit
Il le dit comme si c’était un exploit. Je ne relève pas (personne ne relève d’ailleurs) mais je pense qu’il doit croire qu’il n’y a que lui qui a deux jeunes enfants dont il faut s’occuper. Je ne dis rien non plus, même pas « Aaaah », rien. Il essaie quelque fois de capter encore mon regard mais je le détourne. Je n’ai plus envie de l’écouter.

4 | Tamara

J’avais décidé que Tamara pouvait être son prénom et qu’il lui allait comme un gant. C’était il y a une trentaine d’années. Tous les jours ou presque, elle attendait le métro à la même station et au même horaire que moi. Son look de femme d’affaires ou  d’une femme qui occupe une certaine position dans une hiérarchie la faisait paraître plus âgée que moi. Je ne me souviens plus précisément de ce qu’elle portait, mais sans doute des robes bien coupées, des tailleurs pantalons, ni précisément de son visage, je vois seulement des cheveux courts châtain foncé, un teint légèrement mat et méditerranéen. Parfois, lorsque nous entrions par les mêmes portes dans le wagon, me parvenaient les notes sensuelles de son parfum ambré qui correspondaient peu, je trouvais, à ses tenues vestimentaires plutôt classiques. Peut-être après tout n’était-elle qu’un personnage de roman qui se glissait au fil des pages que je lisais dans le métro et qui vit sa vie dans un univers parallèle. Jamais nos regards ne se sont croisés. Elle vivait dans son monde.

5 | Lumière

Tenir, malgré la chaleur, le feu, tout ce qui nous accable, l’adversité, tenir haut la flamme qui nous anime, faire briller la lumière en nous quoi qu’il advienne, debout.

A propos de Catherine K.

Mon nom complet est Catherine Koeckx (prononcer Kouks). Citadine depuis toujours mais avide de nature et de grands espaces que je partage par la photo ou l’aquarelle (www.catherinekoeckx.be), je suis aussi passionnée par la ville (@bruxelles_autrement). Bruxelles mais pas que... J’ai publié Le Guide lovecraftien de Providence en 2021 (disponible sur Amazon.fr ou sur commande privée). Je viens de lancer mon blog littéraire Itinéraires pluriels (https://itinerairespluriels.wordpress.com).

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