A propos de Betty Gomez

Lire certes, mais écrire...

#construire #03 | l’idée

Elle se demande souvent comment ça se passe chez les autres. Dans leur tête. Elle a beau les observer les autres, les tout proches, le mari, la mère, le père, les enfants même, il n’y a pas moyen de savoir. Est-elle la seule? Comment savoir? Ces choses ne se disent pas. Longtemps qu’elle le sait. Au début elle n’y faisait Continuer la lecture#construire #03 | l’idée

#construire #02 | réserve de mots et d’images

Nous sortons, nous sortons avec la couverture, nous sortons avec les bottes, nous sortons avec le goûter, avec l’ouvrage, avec le journal, avec un chapeau, avec une canne, nous sortons marcher, nous promener, cueillir des fleurs, ramasser des fraises des bois, cueillir des fleurs, des pâquerettes, des fleurs de pissenlit, des coquelicots, des bleuets, des gentianes, des gueules de loup, Continuer la lecture#construire #02 | réserve de mots et d’images

#construire #01 | au bord du canal

C’est au bord du canal que les choses ont changé, que René a compris, qu’il a compris qu’il ne pouvait pas continuer ainsi, qu’il allait la perdre. Folle lui a-t-il dit en la saisissant par le bras. D’une poigne ferme il l’avait attrapée, l’avait rattrapée, sa femme, bien trop près de l’eau elle était, elle qui ne savait pas nager. Continuer la lecture#construire #01 | au bord du canal

#histoire #12 | voyage de noces

Elle ne va jamais à l’hôtel, pas plus qu’elle ne va au restaurant. Les fêtes se font chez soi, enfin chez les autres, mariages, baptêmes, communions ; quelques repas se font chez eux, trois par an, à Noël, à Pâques, et pour la fête des mères ; le menu ne varie pas, oeufs mimosa, alouettes sans tête  et riz, fromage, Continuer la lecture#histoire #12 | voyage de noces

#histoire #11 | petites mains

Ça ne se voit pas les petites mains. Ça s’exploite les petites mains. Ça reçoit des ordres les petites mains. Ça s’habitue. Ça s’habitue à travailler, à trimer, à subir. Le mordant du froid, le coupant du fil. Autour de la table, quatre mains, dans le lit quatre mains. Qui s’évitent. Quatre mains étrangères. Si proches pourtant.  Elle a commencé Continuer la lecture#histoire #11 | petites mains

#histoire #10 | orphelin

Voilà comme il est : poli, aimant, bonhomme à l’extérieur,  indifférent, égoïste, violent à l’intérieur. Non, voilà comme il est : autoritaire, sûr de lui, viril à l’extérieur, doutant, s’inquiétant, s’angoissant à l’intérieur.Non voilà comme il est : serein à l’extérieur, s’écoutant à l’intérieur, attentif à ce coeur qui défaille, craignant à chaque pas, se demandant si ce sera ici dans Continuer la lecture#histoire #10 | orphelin

#histoire #09 | un trajet en 403

On a d’abord dressé des listes. Puis on a sorti les valises. On les a aérées sur la terrasse. On les a laissées ouvertes sur le lit de la chambre des enfants dans lequel, depuis longtemps,  plus personne ne dort. Jour après jour on y a déposé religieusement les vêtements repassés, les chemises au col amidonné. Elle s’est chargé du Continuer la lecture#histoire #09 | un trajet en 403

#histoire #08 | sauterelles

Je suis revenue. Je ne sais comment je suis arrivée là, je n’ai nul souvenir d’avoir tourné à l’embranchement, je n’ai pas le souvenir d’avoir longé la ferme, d’avoir passé le virage, pas vu si des douilles vertes, rouges et bleues au culot doré comme des confettis oubliés illuminaient le gravier, je n’ai pas le souvenir d’avoir longé les prés, Continuer la lecture#histoire #08 | sauterelles

#histoire #06 | les genêts et l’herbe des prés

Comme j’avançais sur le chemin sinueux, j’arrivai à la hauteur de la maison de la famille A., seuls habitants du hameau l’hiver, là où j’avais entendu cette voix inconnue dans l’encoignure de la cuisine, cette voix d’enfant apeurée dans le combiné du téléphone, cette voix qui venait de là-bas, là où tout n’était que désordre, folie, angoisse, l’escalier en pierre, Continuer la lecture#histoire #06 | les genêts et l’herbe des prés

#histoire #05 | maison avec jardin

Format paysage ils veulent, horizontal ils ont dit, horizontal, mais alors pourquoi prendre en portrait? Pour la contre-plongée, bonne idée, vu que pas bien grande la maison, et sombre, sombre, auraient pu choisir un jour de soleil, ou d’été, glauque le lieu, sombre la photo, grise la façade, et ces ardoises, pas croyable comment on n’est pas foutu de voir, Continuer la lecture#histoire #05 | maison avec jardin