A propos de Betty Gomez

Lire certes, mais écrire...

#mardi#01 | lieux

Les lieux où j’ai dormi
Les lieux où je n’ai pas dormi, pas réussi à m’endormir
Les chambres où j’ai dormi lumière allumée ou lumière éteinte
Seule ou avec quelqu’un dans le lit
Selon le livre lu avant de m’endormir (roman du XIX ou pas, livre trouvé sur place ou amené, livre emprunté à quelqu’un ou à soi, un Maigret ou pas)
Selon que j’ai écrit ou pas avant de m’endormir (sur un carnet ou un clavier)
Là où j’ai dormi dehors (plage ou crique, ou place, ou pré, ou vigne)
Les campings (chambre sous tente ou dans caravane)
(Des brindilles d’électricité, les poils qui se hérissent, comme arrachés)
Les différentes chambres de la maison, quel livre au pied du lit
Blottie contre quel enfant
Les chambres choisies ou celles qui restent (tabouret coca cola, drapeau anglais dans un manoir du Périgord noir, parce qu’on était les plus jeunes. Tu parles!)
Les chambres remarquables (l’hôtel de la Luna à Luca, le palazzo à Vintimille, qui l’eût cru?)
Les suites parentales ou les petites chambres, il suffit qu’on y dorme à quatre
Les banquettes de voiture, les banquettes de train, les couchettes de train
Les chaises et fauteuils
Selon qui dort tandis quand je veille
Là où j’ai lutté contre le sommeil
Les lieux associés à une seule nuit ( un orage, un chantier, un livre)
Les chambres louées, les chambres prêtées
Celles d’où une nuit résiste, revient, obsédante ( lente chute silencieuse et pavés qui s’entrouvrent sans bruit) (chambre métamorphosée, sentiment d’irréalité, une fenêtre nouvelle apparue) Continuer la lecture#mardi#01 | lieux

#écopoétiques #05 | Vignes Planes

C’est un chemin. Un chemin, ça n’a pas de nom. C’est un chemin en terre, un chemin étroit, bordé de hauts talus. On l’emprunte pour aller en ville. On dit en ville, on devrait dire au centre du bourg. Personne ne dit le bourg. On dit ville, on pense village. On ne croise pas grand monde sur le chemin. Le plus souvent, on ne croise personne. On marche, on regarde, on ramasse des mûres, on pousse le landau, la poussette, on tient les enfants par la main, on les laisse gambader. Continuer la lecture#écopoétiques #05 | Vignes Planes

#mardis #02 | Pourquoi?

27 rue Henri Martin, trottoir étroit, immeuble d’angle, une marche, basse, étroite, ordinaire, une porte. Marron. Marronasse. La couleur fanée par le soleil de la rue étroite, sombre, humide. Soleil têtu il a fallu. Il a le temps le soleil. Peinture fanée, écaillée. De l’ongle, ongle court, suivre les pelures de peinture, les stries, fentes, doucement, peinture déjà assez écaillée. Porte d’un immeuble ordinaire, avec motifs toutefois. Des rectangles bizutés, des strates de bois, de rectangles dans des rectangles. Les compter? Pourquoi? Continuer la lecture#mardis #02 | Pourquoi?

#écopoétiques #04 | les vendanges

Des vignes à perte de vue, ceps nus l’hiver, silhouette emmitouflée, les sarments pour le feu, dès septembre, chants, odeur du marc, grappes colorées de raisins, de femmes, d’hommes, d’enfants, les chevaux, les charrettes, les tracteurs, et fin octobre, après avoir travaillé pour un patron, revenir pour cueillir les derniers raisins, les retardataires, les gratuits, les démocratiques.  Continuer la lecture#écopoétiques #04 | les vendanges

#ecopoetique #3 | roses trémières

À vrai dire, je n’y suis entrée que deux fois, peut-être même une seule. Quand elle était morte, quand on a vidé la maison, soulevé la couverture du lit. Quoi dessous? Une bosse terrifiante. Un rat croyait-elle. Je me souviens de sa peur. Qu’elle avait d’emblée pensé à un rat. Que c’est Françoise qui a soulevé la couverture, sans peur, sans hésitation. Et mis à jour la poupée. La poupée que l’abuela avait laissée dans le lit, la poupée avec laquelle elle dormait, comme moi avec mes peluches.  Continuer la lecture#ecopoetique #3 | roses trémières

#anthologie #40 | Sem tres

L’auteur ne serait pas une fiction, l’auteur ne serait pas un fantasme, l’auteur ne serait pas une unité, l’auteur serait multiple. Autant d’auteurs que d’âges auxquels ce texte aurait été écrit, autant d’auteurs que de tentatives d’écriture, autant d’auteurs que de lieux d’écriture. L’auteur ne serait qu’un relai, celui d’une voix, une voix donnée à ceux qui ne l’ont pas, une voix qu’il n’aurait pas à donner à ceux qui savent la prendre, qui en usent, qui savent se faire entendre à l’oral, dans la vie, celle qui n’a pas voix au chapitre, aux chapitres des livres de papier. Continuer la lecture#anthologie #40 | Sem tres

#anthologie #39 | coup de téléphone à Séville

Tu aimais parler, tu as aimé téléphoner. 
Dès que possible, tu as fait installer le téléphone, dans le salon, sur une tablette en bois, face au trumeau, et ainsi tu pouvais te regarder en parlant. Ce reflet de toi auquel tu t’adressais, qui te renvoyait tes mimiques, t’est-il arrivé de la prendre pour l’autre? Ne plus savoir qui est soi qui est l’autre. T Continuer la lecture#anthologie #39 | coup de téléphone à Séville

#anthologie #38 | un dimanche pas ordinaire

Cela aurait dû être un dimanche comme les autres, un dimanche comme tous les dimanches, comme elle croyait qu’ils seraient tous, un dimanche qui se confondrait avec tous les autres dans sa mémoire : les visages apparus à la fenêtre, la phrase rituelle, je vous jette les clefs, la serviette incongrue qui tombe sur le goudron, là où pissent les chiens, roulent les voitures, crachent les jeunes et les vieux, trainent des mégots, l’escalier, la deuxième phrase rituelle, Continuer la lecture#anthologie #38 | un dimanche pas ordinaire

#anthologie #36 | le dictaphone

Le dictaphone est sorti, sorti de l’armoire, dictaphone gris, large, large comme les premiers walkmans, rectangulaire, avec des angles qui dénotent une époque, comme le plastique, comme la couleur, comme la matité. Objet technique réduit à une seule fonction à la manière du coupe-papier. Enregistrer, conserver, restituer. Trois verbes, une seule fonction en réalité. Le dictaphone est là, sur le canapé. Le carnet est prêt, le carnet pour consigner, pour enregistrer sur la feuille les mots parlés, pour enregistrer avec l’écriture les mots prononcés. Le carnet est prêt pour retranscrire sur le papier les mots, le grain, les silences, l’accent, les tournures, ce qui se dit, ce qui se tait, ce qui se devine. Continuer la lecture#anthologie #36 | le dictaphone