#Carnet individuel | Brigitte Célérier

Ce qui devrait être, qui ne sera pas sans être totalement oublié, espérons-le

  1. Être si bien en lisant certains écrivains qu’on oublie le reste. Tenir d’eux l’amour de l’écriture et pour toi, à ta place, sans prétention t’y risquer.
  2. Pour s’y risquer vraiment, avec un minimum de rigueur, laisser lire dans un coin tes élucubrations, et en tenir compte, mais avec l’assurance que cet espace est fragile et disparaîtra.
  3. Etre reconnaissante, malgré l’étonnement, aux lecteurs, mais sans y prêter trop d’importance pour ne pas souffrir de leur absence, il y a tant de choses plus graves.
  4. Ne pas se croire capable. Ne pas être paralysée par l’idée de ne pas être capable.
  5. Ne pas être courtisane, dans le désir de plaire, mais ne pas être outrecuidante en assénant ta vision du monde, ou ta confiance en toi, n’oublie pas que tu n’es jamais certaine du réel.
  6. Tenter la sincérité en y mettant des limites. Ne pas être satisfaite, au risque de piétiner (c’est vrai ça c’est difficile).
  7. Savoir quand t’arrêter de retoucher, aimer tes défauts sans trop de complaisance, mais ne pas hésiter à jeter quand il évident qu’il n’y a que cela de juste, même si tu es lasse.
  8. Ne pas te complaire dans des souffrances imaginaires par respect et surtout de crainte de ne savoir imaginer ce qui ne se peut pas.
  9. Tenter d’être polie et, sans naïveté, pour rendre vie possible et emprunter un peu de force, habiller colères et ennui, ne pas laisser passer les petits moments de lumière, de bienveillance et de beauté même un peu froissée qui existent dans un repli.
  10. Ne pas céder à la fadeur. Il y a des mièvreries qui te sont insupportables et ne te vont pas teint et la colère si elle n’est pas gaspillée et s’exprime par bouffées est salubre
  11. Garder secret ce qui doit l’être ou le rendre vaporeux.
  12. Eviter les fautes de grammaire sauf à bon escient et volontairement comme des bonbons.
  13. Admirer, aimer ou respecter la force de ce que tu n’apprécies pas mais ne pas caricaturer en imitant le style et l’intelligence de ceux que tu lis.

Que j’aime l’anonymat, parfois…

Pourquoi ne puis-je persuader que je ne rêve pas ou du moins que j’oublie ? Que sans doute je me l’interdis, par crainte un peu, ou parce que cela plonge trop en moi ? Que la seule trace c’est cette sensation de tomber durement mais presqu’avec soulagement certains jours dans le réveil avec pourtant le désir de prolonger cet état. Quant à m’efforcer de rêver et garder trace cela me gâcherait l’abandon. Je me revenche en rêvant mes jours autant que les autres me le permettent.

« En ce temps que j’ai dit devant, /Sur le Noel, morte saison, /Que les loups se vivent de vent /Et qu’on se tient en sa maison, /Pour le frimas, près du tison, /Me vint un vouloir de briser/La tres amoureuse prison /Qui souloit mon cœur debriser. »

La seconde strophe du Lais de Villon que me récitais, parce que lui ce mauvais gars et bon poète, pour la saveur de ses mots un peu désuets et parce que son rythme se prête magnifiquement à la remémoration et au vidage de crâne, en faisant la vaisselle dans la cuisine de ma mère en cette année de rupture entre le renoncement à la première année d’architecture peu brillante et la sténo puisque les filles ça se marie, les yeux levés par instants vers le soleil sur la garrigue.

Et venait à la suite (du reste je ne me souviens plus), la troisième strophe que tant aimais « et le fis en telle façon,/ Voyant celle devant mes yeux/ Consentant a ma deffaçon,/ Sans ce que ja lui en fut mieux ;/ Dont je me dueil et plains aux cieux,/ En requerant d’elle vengance/ A tous les dieux venerïeux,/ Et du grief d’amours allegence. »

Matin, me réveille un peu plus tard que le voudrais. Matin, ne lis pas mais prends sur le coffre à la tête de mon lit le livre fermé avant de m’engloutir dans le sommeil. Matin, vais le poser sur une pile, installe linge et vêtements devant le radiateur, prépare la cafetière italienne, la pose sur plaque, sors confiture de pastèque au jus de citrons. Matin, ne lis pas, fais la vaisselle de la veille. Matin, ne lis pas, ouvre mon ordinateur. Matin, ne lis pas, regarde si Paumée a eu quelques visiteurs, et pose sur Facebook la photo de fleurs du jour. Matin, lis presque, visite rituellement quelques pages amies avec des photos, déguste plus ou moins des poèmes ou bouts de texte. Matin, n’écris pas pose de pouces levés pour dire suis passée, écris presque, si taper un merci ou un commentaire en faisant fautes, effaçant, recommençant, peut être considéré comme écrire. Matin, écoute le conte d’Andersen lu par Laurent Peyronnet pour moi et d’autres. Matin, dégringole sur twitter pour saluer et souvent retwitter les habituels correspondants avec parfois réponse. Matin, tape et corrige deux ou trois fois des petites phrases sur l’un ou l’autre des « réseaux sociaux ». Le café gargouille, je ne lis pas mais écoute le temps d’une lampée gentiment amère et de deux bouchées de pain grillé la courte vidéo de François Bon. Matin, lis tout de même ce que des amis ont publié tout en écoutant d’une oreille France Culture. Ce matin, n’ai pas lu mais après la douche ai fini le café froid avec une tartine de miel et changé mes draps en écoutant avec grand plaisir Laurent Poitrenaux lire la traduction par Christian Garcin et Thierry Gillyboeuf de « Baby Budd, marin » et c’était presqre lire. Ai trouvé moins plaisant l’insistance du chantier à tenter d’abattre le mur mitoyen en gênant un tantinet l’écoute. Ce matin n’ai pas écrit mais pour reposer mon dos mécontent de s’être plié, redressé, recourbé en passant l’aspirateur y compris sous les meubles, me suis assise devant l’ordinateur pour recopier la première strophe du poème de Jean de Lingendes lu avant de m’endormir. Matin, je n’ai ni lu ni écrit en faisant la cuisine dans le silence du chantier et la musique de Bill Evans. Matin, je n’ai ni écrit ni lu en tentant de décider de mes moments de présence pour les deux jours de Rosmerta et en me demandant si je pouvais répondre à ce #36. A midi, j’ai déjeuné très lentement en lisant deux articles du Monde Diplomatique et trois articles d’Alternative Economique tout en écoutant des sonates pour violon et contrebasse de Nicola Porpora. Après midi, n’ai pas écrit mais copié/collé un poème que j’ai choisi dans « quelque chose que je rends à la terre » de Sébastien Ménard chez Publie.net relu partiellement, et l’ai posé sur la page « une certaine dose de poésie » ouverte par Emmanuelle Cordoliani sur Facebook. Et le reste du jour restera indéterminé parce que j’envoie ceci, pas excessivement contente de moi.

une lune de charbon, le torrent fleurit, ces mots au sens caché du réveil, je les déguste comme de bonbons imprévus, cadeaux à oublier et qui me resteront énigmatiques… mais quand il s’agit de phrases incongrues qui me viennent en public ou par écrit, pleines de sens mais qui ne se disent pas, j’ai presque appris à ne les formuler que volontairement… quant aux nombreuses évasions de mots et noms ne veux m’y attarder, craignant à mon âge leur cause… y pallie, remplace.

PS la photo est ancienne

Il bruine sur la Place Portail-Matheron | transie dans l’humidité froide de cet Avignon navré et désolant je regarde la porte du 8 et me demande si Stéphane Mallarmé, prof d’anglais et poète grand, aurait décrit cet aspect dans une lettre inconnue de moi à son ami Henri Cazalis puisque parmi ses amis littéraires c’est à lui qu’il parlait parfois outre ses difficultés et espoirs, outre le sonnet en -yx, de Marie et Vève, du jardin caché, du mistral ou de la chaleur terrible.

Tu veux l’écrire ce truc | tu t’éloignes de l’ordinateur | mains dans les poches jambes devant radiateur dos au mur une voix intelligente sortant de FC sans que tu comprennes pour faire point de fixation tu tires sur ton cou tu laisses monter à la surface ce qui s’est préparé lentement sous douche ou en épluchant ou… | tu mets du Mozart, Chet Baker ou Hespérion sans trop choisir juste pour occuper crâne en deux strates | tu ouvres un fichier | rentres ton ventre | respires.

La lumière filtrée par un pin tombe sur sa chemise blanche à manches courtes et tout le reste entre dans l’ombre avec sa discrétion habituelle qui l’impose à mon attention mais tout de même cette caresse de soleil sur le menton, le crâne rond un peu dégarni et l’extrémité des poils touffus de ces épais sourcils protégeant les yeux invisibles penchés sur les lunettes qu’il essuie comme pour se concentrer sur la voix auquel il ne répond plus que par le souvenir d’une tendresse.

Oh vous qui pour être élus chatouillez les idées brunes et craignez l’acccueil que vous devriez assurer que ferez vous quand se déverseront dans la rue les expulsés, les quatre familles avec enfants français et les cinquante jeunes aux yeux désespérés qui sont venus apprendre ne le pouvant chez eux, quand ceux que vous voulez flatter reculeront devant ce spectacle, oh vous les idiots dominateurs qui vous croyez pragmatiques et détruisez l’âme et la richesse du pays.

Voir l’article

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J’écoutais des Avignonnais encore scandalisés d’avoir découvert dans la Provence du 8 que la joie des supporters marocains se déversant encore plus que pour les autres matchs avec fumigènes et liesse bruyante devant la Préfecture sur le boulevard ordinairement vide sauf circulation, fut, malgré rues bouchées, cars et tram à l’arrêt et déploiement de policiers, cause d’échauffourées violentes et d’arrestations et je me demandais quelle était la part de jeu de part et d’autre.

Photo David Dauba pour Radio France

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J’ai fumé le dernier cigarillo de la boite hier matin après deux la veille [ honte mais le dernier bien sûr sauf si j’étais idiote ], déjà ce retour à une consommation trop forte me faisait carcasse floue… Non, vraiment je n’aurais pas dû m’arrêter au bureau de tabac en partant le soir, je n’aurais pas dû surtout en allumer un après retour dans la nuit glacée [cerveau se détachant du crâne et jambes indociles ] mais l’ai fait avec gourmandise | et oui, je n’aurais pas dû.

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L’écrire cette pensée qui sous-tend mes jours chaque fois que je ne distrais pas mon esprit, dans un élan ou sans le vouloir, avec une admiration, l’image de quelqu’un, un sourire devant aimés, amis et créateurs ou une stupéfaction et un refus face à ce que nous faisons quand ne sommes plus humains, chaque fois qu’un geste, une action me ramène à cette question : « jusqu’à quand le pourrais-je  ? », carnet mon ami ça ne se dit, ne se pense ni ne s’écrit… le ciel est bleu.

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Elle entrouvre les volets, se gratte le crâne les yeux dans le bleu, se réchauffe à la lumière, décide de bannir avec retard les adjectifs, ouvre un sac, sort pantalons de velours, dépend ceux de l’été et les entasse dans le sac, entreprend de repasser ceux de l’hiver, se masse le dos, déjeune, s’allonge un moment, met deux draps dans un sac, s’en va dans la beauté des pierres et lumière de la ville avec la crainte de la charge qu’elle devra porter au retour, rit des décors.

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Sortie de la blancheur nette et de la chaleur de la douche ignorer mon visage qui ne trouve pas place sur le miroir brumeux | un tapis de feuilles ocres et brunes sur les dalles en un camaïeu indistinct d’où se détachent deux grandes rose et rouge | dans la blanche lumière froide le dessin du fronton de la Comédie mais à l’arrière dans un lointain humide la tour de l’horloge comme un fantôme | vitrine chamarrée d’un local vide, celle du suivant chauffé se cache sous la buée.

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Elles s’entrouvrent pour l’accueil, s’ouvrent à la nourriture, modèlent les sons, se tordent d’ironie, se ferment sur un refus ou un repos, fermes mais non minces, closes sur le silence mais non serrées, elles avancent pour une moue sous des yeux rieurs, s’offrent dans un sourire, se tendent vers l’autre, s’étirent puis éclatent sur un rire, elles sont charnues, nues ou maquillées, douces ou fripées, porteuses du souffle, elles sont notre porte à nouveau visible, les lèvres.

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La lumière franche qui semble légèrement dorée comme un souvenir du soleil, le calme, les voix qui murmurent presque et la douce surprise de la chaleur qui accueille et caresse. La nuit froide et humide restée derrière la porte vitrée. Quatre tables studieuses, quelques chaises en vadrouille et une table aux piètements métalliques et plateau blanc où poser sac, manteau et fesses. Le mur blanc en face et un grand tableau noir aux lettres mal effacées. Une pause avant réunion.

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Taillant dés de courge, rondelles de radis vert et carottes face au carrelage du mur, je vois des cercles bleus sur fond vieux blanc encadrant un carré en biais ou plutôt des carrés en biais encadrés de 4 quarts de cercle ; il y a face à moi 4 rangs de 14 carreaux et sur les deux murs latéraux, en retour, 4 rangs de 2 X 6 carreaux, soit 124 carreaux et en frises deux rangées de 14 + (2 X 6) rectangles soit 2 X 26, 52 rectangles… les légumes sont prêts, je pose mon couteau.

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Dénicher derrière livres aimés indispensables, gardés et poussiéreux ou se délitant ou griffonnés, autres livres honteux mais familiers, un livre offert oublié et intact | ne pas sentir besoin impérieux de la découverte | oui le perdre | mais comment lui donner une chance dans mon quartier | ni libraire ni autre boutique ou entrer sauf boulanger inconnu et décorateurs | terrasses non encore en place… opter, avec fol espoir d’adoption, pour un scooter garé devant le rempart.

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Un petit acte modifiant un tantinet le monde | perplexité | immobile dans la rue, mesurer son importance à celle du monde ou de la rue | les yeux sur un petit tas de feuilles mortes abandonné par le balayeur penser dire NON au monde | aimer assez la futilité de cette déclaration et pour assumer cette futile présence au monde mais la marquer choisir une feuille rousse, la garder dans la main qui ne tient pas la canne, faire quelques pas, la poser sur un tas un peu plus grand.

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Ces remugles de tristesse vaine en moi | l’avalanche de fleurs que je n’ose potographier à mi-chemin de la rue | noyé dans la splendeur un plateau de minuscules jacinthes à venir | ne veux pas avoir de raison | prends dans ma main comme un oiseau en rêve un petit godet et sa plante | la fleuriste compose un énorme bouquet pour un client | je pose la somme exacte sur la caisse | elle prend un pochon, enfile mon bébé fleur dedans | nous nous sourions, elle revient à son client.

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Une nouvelle tête derrière le comptoir. Je dis bonjour, il répond « bonjour… voulez ? ». Je refrène un « Doliprane 1000 » incongru et pendant cette seconde d’hésitation, depuis le fond de la boutique, la voix du patron, planté devant une femme qui s’éternise dans le choix d’un jeu, jette, comme on chante un refrain : « un petit Exo bleu » – « non, fini », il sourit « provisoire ? », moi grimaçant « le crains ». Je tends au jeune un tube de Mentos, paie, remercie et sors.

PS J’ai triché, il tombait des cordes ce matin, n’étais pas certaine de rentrer assez tôt ce soir… ai réveillé un souvenir de samedi.

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« Je regarde des cartes géographiques pour le plaisir, mais je me passerais de regarder des cartes routières pour préparer un itinéraire. Dans les cartes géographiques, je commence par regarder les bords de mer, où les noms sont plus faciles à lire, puis je m’enfonce dans les terres, sans suivre d’itinéraire précis, seulement guidé par le mouvement capricieux de mes yeux. Je porte des pulls à fermeture éclair que je peux ouvrir ou fermer en fonction de la température. »

Dimanche matin, mes cheveux lavés commencent à sécher… avant de penser à ce qui m’ennuie et d’agir, je prends en passant devant ma table « Autoportrait » d’Edouard Levé, abandonné cette nuit pour aller dormir parce que le passage qui venait me semblait par trop indifférent, même si c’est là en grande partie le charme du livre. Je lis debout près du rayonnage… quelques lignes plus loin il y a deux phrases qui m’ouvrent à une rêverie. Assise devant mon clavier, je recopie.

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Avons décidé que notre édile serait celui qui dirait « je ne sais pas » mais aurait des propositions séduisantes et utiles, avons décidé que contre les chaleurs qui nous menacent tous les macarons sculptés seront enfin alimentés en eau pour la projeter avec grâce sur les passants, que dans les quartiers prolétaires ou tristement modernes aux murs dépeuplés des canalisations amèneront des rideaux de pluie ruisselant entre les fenêtres et que nos aigles deviendront goélands.

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Pantalon toile beige cimenté chandail grosses côtes brun chiné | pantalon à pli noir chemise bleu doudoune sans manche noire baskets blanches ornées de bleu | cloche de laine bouillie plissée orange jean manteau « ethnique » multicolore | veste faux cuir râpé sur chandail en V t-shirt gris pantalon toile noire baskets glissées sous couverture bleue du chien | béret noir long manteau beige col roulé blanc | blouson matelassé rose à fleurs bleues sur pantalon noir | jean foncé blouson jean clair sur chandail gris baskets imprimées | trois/quart droit en lainage noir sur jean faussement usé sweat shirt à capuche bleu clair | pantalon toile noire blouson imperméable jaune à capuche chaussettes vertes tennis blanches sales | pantalon et blouson de jogging gris clair capuche blanche | feutre brun clair chemise à carreaux noirs et blancs sous veste imperméable ceinturée brun cuivré pantalon brun foncé | jolies bottines longue et large doudoune noire ouverte sur col roulé et pantalon en tricot à côtes grège | bonnet laine noire parka blanc cassé pantalon de jogging rose | doudoune courte bleu à pois argentés jean/caleçon bleu clair tennis blanches | veste à carreaux noirs et blancs écharpe noire slim bottillons à talons | pantalon treillis camouflé col roulé noir gilet rouge à bandes | casque noir et gris veste imperméable kaki jean foncé | blouson matelassé rouge cardigan gris clair sweat blanc foulard laine imprimé bottines cuir amande | parka longue vert clair blouson en grosse laine blanche mousseuse jupe courte en jean collant vert sombre | bonnet violet manteau gris clair laine bouclée chandail mauve pantalon jambes larges velours côtelé violet.

PS me suis résignée à dépasser nettement (1674) les 480 caractères, ai simplement comprimé pantalon chandail ou autre pour chaque silhouette sans virgule ni « et » – me suis amusée, je crains qu’il n’en soit pas de même des lecteurs.

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Ceux-là.. les draps non… aucun n’est prêt – oui nos clients l’appellent – vous ne voulez pas du ticket ? / si, la confiture c’est bon, en ai assez – pour Noël… – / fais attention… une marche / à sept heures du matin – tu veux aller chercher le 36 – va falloir qu’on voit – y a deux mètres là – on peut voir là-bas – tout ça pour là – il faut faire ça et ça – et après il… non – et voilà – je vais faire le tour du bâtiment – la règle de l’art – parce que là au fond…

PS : à vrai dire j’ai surtout entendu sur mon court trajet ce matin des onomatopées ou des voix brouillées et des phrases que des accents rendaient incompréhensibles, des saluts aussi mais j’ai reculé devant plusieurs lignes de « bonjour » « bonne fin de matinée » « bonjour »… alors ai gardé les quelques mots compréhensibles venant du chantier, honnêtement… navrée du résultat

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La rue négocie un virage presqu’imperceptible et le clocher des Augustins me rentre dans les yeux, m’offre, immobile et immuable, l’annonce de la fin du trajet. Les maisons qui sont entre lui et moi montent lentement au fil de mes pas, le rongeant peu à peu, lentement, sans effacer la certitude de sa présence. Une sonnerie dans mon dos, je me range sur le côté de la rue et un minicar électrique me dépasse à une vitesse qui fait de moi un mannequin presque à l’arrêt le regardant.

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L’échafaudage dressé vers le ciel bleu pâle du petit matin le long de la façade sur cour de la maison mitoyenne, un homme de profil sur les planches au niveau du premier étage, une main sur un seau posé sur l’appui de la fenêtre devant lui, torse penché en arrière et visage tendu vers le haut, une corde qui pend depuis la corniche, un visage qui apparaît hors de la fenêtre du second, une main posée sur la corde, un cri qui finit de résonner, un suspens avant l’effort.

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Dans le cerveau, qui a fait d’un mot ou d’une image une idée pure et sans couleur, se combinent lentement les phrases disant le toucher, le son, la couleur d’un instant ou d’une vie et ce que cet instant, cette vie qui se dessinent, avec ou sans rapport avec ce mot ou cette image de départ, contenait d’idées, de sentiments, de sensations sans que ces idées sentiments ou sensations soient formulés, le voudrais mais en fait tout ce qui m’entoure et ma gaucherie interfèrent.

PS ne me satisfait pas, ai rectifié en l’aplatissant encore et l’ai envoyé vers minuit en apprenant que je devrais sans doute aller tôt ce lundi matin à Rosmerta pour une durée indéterminée (et juste après l’avoir envoyé : contre-ordre:-) ) donc je décide que ‘était bien.

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À 5 ans je déchiffrais par curiosité et sans comprendre des livres pour adultes et lisais, agacée, la Bibliothèque rose, dont les Malheurs de Sophie en étant Sophie, suivis de tout ce qui me tombait sous la main… avant à 7 ans d’écrire en classe un « poème » sur une sorcière longeant un quai dans la nuit que j’ai retrouvé avec auto-ironie et fierté secrète dans le tri avec mes sœurs, entre rires et larmes, après la mort de ma mère, de ses papiers (cadeau ahuri de la nonne ?)

PS la photo que j’ai trouvée est ancienne mais moins que ceux de mon enfance qui étaient dans des reliures roses (carton bouilli je suppose ou quelque chose de ce genre) et sans jaquette

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Pendant que je lisais un mail mon crâne allait vaguant pendant que pensais le sommeil s’est installé pendant que dormais la nuit a vécu pendant que la nuit vivait je n’étais plus pendant que l’aube perçait suis revenue au jour pendant que j’écoutais une histoire ma connexion est morte doucement pendant que l’ordinateur la cherchait me suis rendormie pendant que je dormais à nouveau la vie partout était sourire colère ou inconscience pendant quelle continuait l’ai rejointe.

PS peut être un adieu j’ai eu quatre fois une demi heure de connexion dans la journée et ça me rend folle

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Ne pas s’attarder sur le dégout de mes négligences / ne pas s’attarder sur la violence de ceux qui croient avoir raison / ne pas s’attarder sur les lois qui instaurent le contraire de ce que suppose leur titre / ne pas s’attarder sur l’impression vague de courtisanerie chez moi et d’autres / ne pas s’attarder sur ce type éructant dans la rue sa haine ordurière sur une amie sortant du squat des africains sans papier / ne pas s’attarder sur la passivité des passants.

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François Villon Denis Lavant Wodehouse François-Marie Arouet dit Voltaire Paul Eluard Antoine Baile Folco de Baroncelli Joseph Vernet Pierre-Simon Bouchet Fedinand Delamonce Jean-Ange Brun André-Louis de Brancas Victor Hugo Esprit Calvet Pierre d’Ailly Jacques-Ignace de Villeneuve Jean-Baptiste Franque Esprit Requien Michel de Montaigne Jeanne de Flandreyzy Favart Jean Vilar Jean-Baptiste Poquelin dit Molière Jean Racine François Vincent Catherine Pierron Guillaume Brune

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Jeunes tous les quatre | l’intelligence évidente, les longues tempes, la courbe creuse des joues, la bouche fine, le nez ferme et ces yeux lumineux | l’ovale doux et parfait, la grande bouche pour les rires brusques et le reste de peur tapi au fond des yeux | cheveux rasés, bouche bavarde et ce visage imprécis qui n’a pas décidé de sa forme | le menton carré allié un temps encore à la douceur des grosses lèvres enfantines, à la rondeur des joues, aux petites tresses serrées

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15 11 – Personne d’autre que moi n’aurait su repérer l’eau où sombraient tes yeux, toi silencieuse, détachée, rejetée en arrière – nous savions tous cela, la surdité que t’infligeait ou t’accordait l’âge. Personne d’autre que moi je l’ai cru : cette tendresse que tu avais tous la connaissaient mais seule je pense j’ai senti la tendre et acharnée guerre qui n’était que de nous deux fondre dans cette faiblesse que tu masquais si bien d’habitude ; n’osant un baiser, ai gardé ton image.

Ai un peu triché, ne pouvais envoyer mon petit bloc avant dix neuf heures trente au plus tôt dans l’après midi et ce matin ne pouvais remarquer que le bruit du chantier que les ouvriers remarquaient certainement plus que moi, alors dans la solitude de l’antre ai remarqué une photo où j’avais fixé, moi seule le vois, une expression fugitive et devancé l’appel.

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14 11 – Le ciel en lutte calme avant de venir à la nuit sur le fleuve dimanche | « la nuit toute ouverte pleine d’étoiles silencieuses » chez Fred Griot (« enfin tu regardes l’herbe » chez publie.net), ne sais ce qu’il est au dessus de ma cour | poussant les volets bleus son indécision en blanc bleuté | sur les échafaudages et le matin un ciel blanc mort | boursoufflures grises s’ouvrant sur quelques gouttes ternes, me manque l’azur à mine de plomb de Ponge (la Mounine). 

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13 11 – Ai-je dit « je ne veux pas » ? ou l’ai-je juste pensé, je ne sais jamais vraiment si je dis ou non quand suis seule, en public je contrôle à peu près, pas tout à fait mais tout de même, ou dans la rue quoique là il m’arrive de ne pas bloquer ce qui se forme, pour aller avec mon apparence, par malice, non j’ai sans doute grogné en tendant le bras pour allumer, ça revient au même que « je ne veux pas », alors comme je suis dans le jour maintenant je dis « va petit soldat ».

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12 11 – Il y a eu cet échange entre le violon et le violoncelle comme distraitement, presque comme s’ils s’accordaient, et sa répétition, une fois, deux fois, et c’était comme une attente, un suspens d’où rien de connu n’aurait pu sortir, nos respirations retenues, et même les notes claires, joyeuses, du piano qui sont venues danser sur leur murmure qui persistait ne dénouaient encore mon besoin d’un envol hors de moi si haletant que ne le désirais plus…

11 11 – Découverte ravie du trio n°1 de Rachmaninov, sa discrétion presque fragile | me demande comment le chef de l’orchestre Rameau a trouvé Paumée pour me remercier | souvenir du premier suicide de l’Europe et des rares mots discrets de mes anciens, effroi, tendresse | le ciel s’annonce lumière | entreprendre lecture du premier jour du grand carnet, pas un d’indifférent, me bouffe mon temps mais saute trois qui dépassent outrageusement limite | vie s’éternise trop et temps manque.

10 11 – Le bras se tend sans que la conscience le guide, tâtonne, trouve le bouton de la lampe, redresse le réveil qu’il a fait tomber, les yeux décollent la nuit, enregistrent huit heures vingt cinq, les épaules commencent à se soulever avec la petite douleur rituelle des matins, le corps entreprend de basculer et le crâne déchiffre soudain avec un début de panique qui tarde à monter pendant que le premier pied tâte le sol… la chasse en s’appliquant à l’urgent, se lever.

A propos de Brigitte Célérier

une des légendes du blog au quotidien, nous sommes très honorés de sa présence ici – à suivre notamment, dans sa ville d'Avignon, au moment du festival...

301 commentaires à propos de “#Carnet individuel | Brigitte Célérier”

  1. Et je décrypte ces initiales BC dont ici bribes je me disais le touché des visages est pregnant, lecture à fleur de peau, dessin tactile. Mias je n’avais pas de nom en face, rien. Retrouver l’auteure de ces portraits m’a amusée – effet surprise ! Merci Brigitte 😉

  2. Je suis touché de voir que la matière de l’écriture et la matière de la vie se côtoient autrement que dans les rencontres entre l’eau et l’huile… Ici, je sens que cela se mélange, fascinant parce qu’innommable…

  3. Merci de m’avoir rappelé que Les malheurs de Sophie était le livre préféré de J. lorsqu’elle était enfant – je l’avais oublié. Elle a emporté son exemplaire, pourtant bien abimé d’avoir été, oui, dévoré maintes et maintes fois, lorsqu’elle a pris son envol de jeune femme et quitté le nid familial (cliché, mais l’image convient, pour moi)

  4. j’avais Sophie dans la tête et elle apparait chez vous Brigitte… et le souvenir des collections roses et vertes (j’aurais aimé lire comme vous tout ce qui me tombait sous la main je rêvassais beaucoup et toujours trop ) (10) Merci pour vos “Ne pas ” si juste et combatifs

  5. ” Les maisons qui sont entre lui et moi montent lentement au fil de mes pas, le rongeant peu à peu, lentement, sans effacer la certitude de sa présence. Une sonnerie dans mon dos, je me range sur le côté de la rue et un minicar électrique me dépasse à une vitesse qui fait de moi un mannequin presque à l’arrêt le regardant.” tout est là le mouvement et l’arrêt . On est dedans et sidérée avec.

  6. Ces photographies absolument somptueuses….
    comment est-ce possible, un oeil pareil…
    et votre dernier texte surplombe aussi, aime cette incroyable contre-plongée tout en visitant toutes les perspectives, comme le texte multidirectionnel du Dormeur du Val
    oui, vous avez cet oeil rimbaldien

  7. Bien beau passage choisi, Brigitte.
    Je devrais davantage me pencher sur Edouard Levé.
    Il n’est jamais trop tard pour.
    Merci et de ce délicat #18 et pour l’envie de découvrir.
    D’ailleurs, j’attends la compile : chaque extrait recopié et lu depuis ce matin semble répondre/correspondre à un autre.

  8. Quand je considère le temps que ça m’a pris de trouver un emplacement pour laisser un commentaire, je me dis que le mot “notoriété” n’est pas usurpé. Et je la comprends, cette notoriété. Tous ces textes et les photographies qui les accompagnent qu’il faut toujours bien regarder la justifient. Il faudrait citer toutes les trouvailles que l’on fait en feuilletant votre carnet. Ne serait-ce que pour conforter cette “futile présence au monde” qui s’assume en serrant une feuille rousse dans la main. Alors, on dit juste “merci” .

  9. Essayé de recoller à l’atelier et pour cela revenir vous lire, Brigitte, m’a semblé une solution. Cet atelier se prête tellement à votre travail de blog. Ce carnet est très beau. Et me voilà toute réjouie de retrouver le scooter après le travail de ce matin sur les manuscrits. Quelle bonne idée le livre posé à cet endroit. Merci.

  10. c’est un peu l’ambiance de trois heures de l’après midi – on a travaillé un petit peu (je reprends Norma) – il y a pas mal de musiques qui tournent (pas mal de choses qui passent, se passent, passeront) – et je ne sais pas si c’est exactement la même chose pour vous (j’ai l’impression) c’est en effet un TRUC (à peu près exactement) – le plan de rentrer son ventre est parfaitement exact aussi – merci à vous

  11. « ces mots au sens caché du réveil, je les déguste comme de bonbons imprévus »
    C’est beau… ça fait deux ans qu’aucun mot ne me revient au réveil. ça me manque. Je me souviens la richesse de mes cauchemars. Je les regrette aujourd’hui. Je n’ai plus aucune mémoire au matin. C’est terrible de ne plus rêver.

  12. Quel œil espiègle Brigitte
    “la lune de charbon”, ne serait-ce pas la lune noire ?
    la deuxième nouvelle lune qui tombe dans le même mois civil . Dans un thème astrologique, Lilith (la Lune Noire) représente les impulsions et les comportements primitifs d’une personne

  13. matin, j’aime cette répétition … le jour qui avance matin, le café , le ménage le dos qui se déplie, la musique, les pastèques au citron, le poème de la veille, les articles du monde, et matin ou soir la joie de vous lire et de découvrir vos photographies Merci Brigitte

  14. Eh bien, vous en faites des choses le matin ! Et vous écoutez des sonates pour violon et contrebasse de Nicola Porpora. Pour préparer un voyage à Venise, je lis Consuelo de Sand. Porpora y est très présent, je suppose que c’est le même ! Je file sur deezer écouter ses sonates pour violon et contrebasse. Merci.

  15. les recommandations de fréquentation sont faites pour ne pas être suivies, pour Villon comme pour nous autres, frères humains et soeurs humaines

    je viens de faire une balade dans ces petits mots célériens illustrés et j’ai bien aimé

  16. ca fait bien 10 minutes que je cherche le pot de “confiture de pastèque au jus de citrons” sur le carnet individuel ci-residi…comme quoa. Juste merci pour l’image d’un pot de confiture en forme de pastèque, énorme, sucré/sucrant, fruitesque, dans laquelle il y aurait de la confiture de pastèque au jus de citrons…j’en aurai presqu’autant l’envie d’y goûter qu’à la “soupe jaune” de l’animé “Rémi”…rah, je trouve pas d’image sur youtube…ils zont pas du trouver la référence assez portante. Et puis, quand même, c’te ‘tite obsession de la nourriture…j’savais pas.
    ou j’voulais pas savoir…
    Ou alors y’a longtemps
    Ou bien j’ai oublié
    Ou ils sentaient pas bon
    enfin bon…

  17. “Être si bien en lisant certains écrivains qu’on oublie le reste. Tenir d’eux l’amour de l’écriture et pour toi, à ta place, sans prétention m’y risquer.”
    tout est là
    merci Brigitte pour ce beau carnet de 40 jours
    et au plaisir des nouvelles rencontres

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