#Carnet individuel | françoise renaud | journal de saison

#40 | prolongation

ne pas se préoccuper des questions qui s’annoncent

rechercher au profond de soi avant de tenter quelque chose, y rester un moment à fouiller ruminer sans forcer

ne suivre qu’une seule piste à la fois

s’appliquer à choisir le mot juste pour apporter beaucoup de clarté

ne rien négliger, mot tiret point espace, chaque signe contribuant à la construction de l’ensemble

si quelque chose ne va pas, il faut y revenir aussi longtemps qu’il le faudra, recommencer recommencer jusqu’à saigner…

ne pas se satisfaire

recommencer encore, et si nécessaire changer de point de vue

retrouver une sensation proche de l’eau, une aisance comme dans la nage

#39 | au secret

le mot secret lui-même, je l’examine, je me demande ce qui dans mes pensées est impossible à partager | je trouve des visages aux contours adoucis qui ont beaucoup compté, ils sont couchés dans le lit de ma vie et je me demande en quoi ils ont compté, quoi de leur présence a modifié mon être | il y a lui debout dans le jardin appuyé sur sa bêche, visage dur et bouche taillée au couteau, je ne l’ai jamais pris en photo que de dos, s’il l’avait su il se serait demandé pourquoi je faisais ça, à quoi ça servait de faire ça | il y a elle la petite dans sa robe blanche du dimanche | les deux vissés dans le secret à chacune de mes pages | outre leurs visages, il y a des hantises, des désirs inavoués, des envies de partir loin, d’explorer les labyrinthes de la pensée comme on traverse une mer infinie, comme on marche sur une longue plage du Nord avec le vent et le cri des oiseaux | il y a je ne sais quoi de glissé d’infiltré dans le cours du sang depuis longtemps qui accélère le cœur et qui fait qu’on ne peut dire certains mots je t’aime ou je n’existe pas sans toi ou tu es le sel de ma vie ou encore je te déteste je veux t’oublier te jeter dans un trou noir t’incendier, il y a je ne sais quoi qui change la nature du jour et consomme peu à peu les réserves de souffle, il y a le chagrin, la peur que ça finisse, la douleur de la perte, la douleur de l’autre, la douleur du corps abîmé blessé | au secret du matin il y a la lente remontée de la lumière qui efface le trop-plein et remet le compteur à zéro, allez viens marcher dans la colline avec moi ramasser des feuillages prendre la pluie sur le dos regarder le ciel encore | dans mon secret il y a les visages de mes morts, les images de mon pays d’enfance, le besoin de mettre ces mots ensemble pour composer des phrases dire au plus creux graver durablement l’expérience que c’est de vivre aimer soupirer écrire rêver

FR automne 22

#38 | parler du rêve

Ça revient souvent. Un décrochage, un tourbillon de vent, une accélération du temps, et puis la brusque poussée horizontale qui fait basculer le corps par-dessus bord ou dans l’escalier ou du haut d’une falaise. Parce que ça passe par le corps culbuté dans l’inconscience et sous l’influence de pensées toutes mêlées et colorées. Le rêve traverse et emporte le corps sans se soucier de la matière même du corps.

Ce rêve de chute est d’une grande force. Il est à l’opposé de la station debout. Il ressemble au planer, au voler de l’oiseau. Il fait fi de la pesanteur et autres lois de la physique. Il met les choses à l’envers. Il n’y a personne d’autre que soi dans ce rêve. Bien que le corps soit couché abandonné, il accuse le coup, sursaute, suspend sa respiration. Jamais de prise d’élan, juste la chute comme par surprise. Plus rien sous les pieds, monde solide disparu et chair dissoute. Alors d’un œil dilaté on voit les choses par le haut et le dessus dans une lumière parfois mordorée parfois bleutée. Dans le ventre une sorte de jouissance. Et puis une infime déviation, un soupir, un soubresaut et tout s’effondre. Le souvenir de la blessure comme un coup de poignard dans le dos.

#37 | du par cœur

Transhumance dans quatre jours. Plus rien sous la main, livres et carnets disparus dans les caisses. Je n’ai plus que ma mémoire et le par cœur, ce n’est pas trop mon truc. Jamais été douée pour retenir les écrits sinon des bribes de poèmes ou de chansons. Ou alors c’est que je n’ai jamais voulu. J’aime le renouvellement en opposition au ressassement, raison pour jeter mes vieux manuscrits et bien des textes qui ont fait leur temps. Inutile de les reprendre. Toujours aller de l’avant. Écrire neuf. Il me revient cependant des petites choses qui ont compté autant dans l’énoncé que dans le contenu.

En voici une : Ils quittent un à un le pays pour s’en aller gagner leur vie loin de la terre où ils sont nés | depuis longtemps ils en rêvaient de la ville et de ses secrets, du formica et du ciné. Il y a ce choix de mots : pays, terre, naissance. Cette juxtaposition des noms communs reliés par deux et une virgule entre les groupes. Je perçois encore une forte résonance avec cette époque où je partais en car depuis mon bourg de campagne pour rejoindre l’internat dans la ville. Devant moi, les vagues contours d’une vie possible.

Juste une autre : Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal | fatigués de porter leur misère hautaine | de Palos de Moguer, routiers et capitaines | partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal. Quelques vers appris dans l’enfance que j’ai toujours adorés. Évidemment la forme comparative qui vient sublimer les images, le nom du port d’embarquement placé avant le verbe. Contenus à l’intérieur tout un besoin de partir, une soif de grand voyage, l’ivresse, le rêve insensé, la découverte de nouvelles terres, l’océan vaste, la prise de risque, des ciels à couper le souffle, l’aventure, la défonce et la mort. La poésie balance les sons et quand on la dit on voit les images.

Il est bien question de départ, de pages tournées, de progression inéluctable. Il est question aussi de grands espaces hantés de calmes blancs et de tempêtes.

FR hiver 2018

#36 | routines du lire écrire

Je lis, j’aime lire, j’aime lire des livres, j’aime le bon le beau, j’aime découvrir. Je lis en petites quantités. Je lis comme si j’écoutais une musique. Je lis au jardin. Je lis allongée, je prolonge ma nuit avec les livres. Je lis de la poésie. J’aime les beaux papiers les grandes marges les blancs dans les pages. Quand je lis je respire. J’ai besoin de noir et de blanc. J’ai des livres pas encore lus ni même ouverts (juste l’attirance pour une couverture ou un titre, l’émotion avec un auteur). Besoin de cette quantité de matière à portée de main à n’importe quel moment. Certains, je ne les lirai sans doute jamais. Ils sont présents simplement. Ceux en cours me suivent dans la maison, ça peut durer des jours des semaines, ils ne me laissent pas tranquille, je les emporte là où je vais là où je voyage là où j’écris. Ils m’accompagnent. Ils sont mon lien entre réveil et sommeil. Impossible d’écrire sans eux autour de moi. La maison est pleine de livres. Je lis les lettres trouvées dans ma boîte, mais de moins en moins de lettres. Je lis les documents de notaire. Je traque ce qui ne va pas. Je sens. Je sens quand ça ne va pas dans mes lignes ou celles des autres. Une sorte de sens et je m’y fie. J’écris peu à la main. J’écris sur l’écran pour la vitesse, la projection immédiate des mots contre le blanc. Un souffle se développe dans la poitrine, se prolonge jusqu’au bout des doigts. Les doigts vont vite. Plus vite que le cerveau. Les titres s’annoncent, on ne s’y attend pas, ils nous surprennent, on les prend, on sait que c’est exactement ça. J’ai gardé des lettres d’il y a longtemps. Des lettres du Brésil avec des timbres papillons sur l’enveloppe. Des lettres de rupture (ces jours-ci je les ai jetées). J’écris des listes sur des bouts de papier. Je raye au crayon les tâches pour mieux voir celles qui restent à faire. Je lis le journal du village. Je ne lis pas facilement n’importe quoi. Le regard fuse comme une balle sur l’herbe. Il faut de la force pour continuer à lire. Je lis au lit. Je lis à haute voix. Je lis en marchant. J’écris en me détachant du sol. J’écris en grimpant dans les arbres en rêvant.

FR. 13/12/22

#35 | le trou

Le trou, le vide, on y est, on creuse… ça ne revient pas, ça ne veut pas revenir… une chose insignifiante sans doute, un nom qui échappe, personne ou lieu… mais tout n’est pas enfui, toujours en nous la saveur du moment, la tache colorée du vêtement… et comme installé autour de l’oubli cette zone aux contours mouvants qui a conservé le goût du souvenir, la mémoire devenant fouillis, vaste champ trop encombré qui gomme assouplit à son gré insinue dans ses pages des lignes blanches pour préserver sa liqueur.

#34 | en faire toute une histoire

De ces cristaux de neige en train de fondre dans l’allée, on peut en faire toute une histoire, de ces cristaux photographiés au lever du jour alors que la chatte hésite à s’aventurer inquiète du paysage changé, on peut en faire un mortier d’hiver pour décrire la vie du jour d’autant qu’une petite pluie retient l’animal sur le seuil et m’implore de ne pas glisser dans l’escalier, et si malgré tout je m’engageais dans cette voie, tout du récit serait modifié, je surprendrai un sanglier sous les aulnes nus ou un renard près du poulailler, je verrai la fumée s’élever du chalet voisin, une nouvelle aventure commencerait, 480 signes là où mon regard s’arrête — j’ai déjà dépassé. 

FR 13/12/22

#33 | faire le vide

la maison s’est vidée autour de moi  comme déshabillée, possessions empilées pour laisser place à de l’inattendu | juste regarder cela, s’abandonner, regarder le grand givre blanc qui couvre le versant jusqu’à en effacer les lignes de force, tout immobilisé avec lumières obliques trouant le brumeux le cotonneux mais pas de bruits, animaux lovés | s’est vidée autour de moi la maison | objets et livres disparus pour un temps, Almost blues de Chet Baker comme une histoire hors champ, sons glissant sur les murs de la chambre délogeant les pensées | vide la maison vide

#32 | parler à l’autre déjà parti

Te dire que tu n’as pas quitté mon côté depuis ton départ, c’était en décembre, il faisait très froid, personne ne voulait t’abandonner là toute seule, que reconnaîtrais-tu aujourd’hui de ce monde en vrac ? maisons édifiées en lotissement, cyprès bleus abattus, foule sur les plages, mais l’océan demeure et rugit avec plus de rage, il nous avertit de la blessure, je chemine à son flanc pour ranimer l’espoir fou, tu m’accompagnes, tu fais partie de mes anges, ton souffle est une caresse qui m’atteint au hasard du temps tandis que ta menotte est glissée dans la mienne, tu n’es qu’une petite fille, tu ne sais pas les mots.

#31 | de l’état du monde

pourquoi pourquoi indifférence, porte refermée sur l’espace de la fin, pourquoi, plus de substance à mordre, plus de voix auxquelles se raccrocher, pourquoi — et comment te laisser pleurer dans la chambre, la misère au coin du lit en désordre — tu dois avoir si peur, tu as mal, tu as froid ou faim  — la vie te quitte — personne pour forcer la serrure te porter de la soupe chaude des mots avec du doux — pourquoi pourquoi, insupportable et si violente la solitude (je voudrais je voudrais)

FR, potager hiver 08/12/22

#30 | fait divers juste à côté

Journal feuilleté ce matin à l’épicerie Chez Mimi. Rien dans les pages locales rien sinon l’inauguration d’une maison de santé, le plan hiver renforcé et la programmation des marchés de Noël. Et puis l’odeur suspecte. Titre choc pour un article de trois lignes en bas de page. Tout le monde se plaignait de l’odeur, ça venait d’un appartement centre-ville entre La Coupole et le centre des Impôts, il avait 78 ans, il était seul, si seul que son corps s’est momifié, personne pour lui, indifférence générale, simplement mort de solitude.

#29 | on n’aurait pas dû

| on  n’aurait pas dû parler si fort on a fait peur au chat qui dormait | pas dû sous-estimer le froid l’une des poules n’a pas supporté malgré la bouillie chaude de 4 h | pas dû oublier de rentrer les plantes | pas dû partir au dernier moment vitres de la voiture trop gelées | franchement pas dû prendre les choses à la légère pas dû oublier de fermer le portail de faire un signe de la main en passant de mettre de la gentillesse dans le mot, pas dû s’en faire un monde du coup ça ressasse rabâche au milieu de la nuit ben oui déjà écrit hier avec tous les regrets et les choses restées en plan  

#28 | ruminé, rabâché, ressassé

tu tournes et retournes au plein de la nuit, insectes désorientés frôlant l’enveloppe du cerveau, tu te tracasses entre le noir et le blanc violent impossible de savoir où ça commence où ça finit, une pensée reptilienne pareille à l’eau qui s’infiltre, il y a des scènes de guerre des tas de cartons et de choses emmaillotées pour voyager dans les cales d’un cargo il y a des images de coteaux couronnés de forêts il y a la peur que l’autre cesse de respirer il y a elle parée telle princesse d’Orient dans son cercueil il y a six jours, pensée brûlante dans le sens de l’histoire qui nous porte

FR, automne 22

#27 | double de soi

je te vois lui parler lui sourire au bord du jardin, tu le fais avec cœur, je n’entends pas les sons, observe le mouvement des lèvres et les épaules qui poussent un peu vers l’avant, je me demande qui tu es dans cet élan, j’imagine ce qu’on ressent de toi, si c’était la même chose quand tu avais 4 ans 20 ans, ce qu’on devient dans sa chair, espace infime entre réel et perception qu’on en a, drôles d’émotions saillant du rien — mot, pli au front, mouvement de main — pour se perdre, comme un décalage qui en dit long sur le fond  

#26 | net flou net flou

métal de la portière sous les doigts avec sensation vague des pieds posés sur le goudron 

ombres accrochées aux murs malgré le retour du soleil

blues à la radio contre rumeur de rivière derrière la porte

herbe sous le gel mais bleu acier du ciel d’hiver

énergie du pas même dans l’aveuglement au détour du chemin

âpreté de la peau de kaki s’opposant au sucré de sa pulpe et tout ce que je ne vois pas ne sens pas lové dans des zones sans accès, le dur le doux en ménage, le riche le pauvre au proche, le net le flou dessinant des frontières qui réclament sans cesse une mise au point

FR. au jardin hier 04/12/22

#25 | corps doux

corps dans la peau enclavé — grogne s’impatiente siffle chante rouspète soupire — sueur exhalaisons quand fièvre ou trop grand soleil — corps lâché dans le rêve — léger dans l’eau et le sommeil — et ce qui va advenir de lui souple en nerfs et en muscles courant jusqu’au bout du bois et dans la mesure de ses forces — rechigne renâcle accélère — ce qui va advenir demain — tout ce qui est promis dessiné à l’avance, l’essoufflement l’amenuisement le rétrécissement, tout ce qui est tapi au fond — pas possible d’échapper — peau douce pourtant sur le corps doux comme la peau du fruit recouvrant les organes et l’âme transfigurée

#24 | juste attendre

| au début tu t’en tiens aux choses matérielles : chaises alignées, table, reproductions au mur, tu as les mains croisées et le regard sans expression | tu sors ton téléphone, aussitôt tu le ranges | tu as envie de soupirer, de regarder ta montre | tu t’intéresses discrètement aux personnes dans la salle, à celle sans-gêne qui parle fort, à celui qui a besoin des béquilles, tu aides même s’il faut | tu écoutes les noms appelés, tu es déjà passée mais tu attends ton résultat | c’est long vraiment, tu t’inquiètes, tu prends une grande respiration tout en fermant fort les yeux | maintenant tu te redresses sur ta chaise en plastique, tu sors un livre petit format pour lire la première page, les mots n’ont pas de sens mais tu essaies encore | tu te retiens de regarder l’heure mais tu la regardes quand même, c’est long, tu ressens de l’angoisse à cause du résultat que tu crains de connaître | tu croises et décroises les jambes, plus rien à quoi se retenir, tu fais juste semblant de lire | les autres personnes sont parties, peut-être que tu n’attends pas au bon endroit | tu as rangé le livre et le téléphone, tu ne bouges plus, tu es suspendue au rien au tout, tu respires doucement tapie dans son coin avec la nuit qui vient |

FR. 08/12/2022

#23 | dénombrer

Trois pistes dix pistes dans la même seconde, cerveau palpitant pétillant explosant à dénombrer soudain n’importe quoi, tout ce qui traîne dans l’espace et le temps proposés par ce rituel matinal, les six bras noirs de Mahakala sur le mur, les molécules invisibles de l’air en moles par litre, les notes de partition griffées par milliers reproduites sur les touches d’un piano à la radio, les globules dans mes veines, les plaquettes, le taux de CTx pour savoir si je vais tomber en morceaux disparaître au coin de la rue zéro virgule quatre cent cinquante-six ça vient de tomber en nano gramme par millilitre, alors impossible à compter, la compacité de l’os reliée à cette suite de chiffres à écrire comme on veut à l’endroit à l’envers, comme si la vie en dépendait.

#22 | abandon de livres

j’en ai laissé quelques-uns ces jours-ci par volonté de m’alléger, par peur d’accumuler davantage de cartons — quelques vieux poches à tranche brune, un Tolstoï que j’avais en double, une paire d’albums jeunesse avec de belles couleurs et des histoires de navigation —, je les ai laissés sur un muret prêts à prendre du côté des poubelles de récup, il faisait presque nuit, des ombres, des chiens errants, j’ai eu le sentiment de les abandonner, ils ont presque crié quand j’ai tourné les talons, le lendemain ils avaient disparu

FR. 30/11/22

#21 | modifier presque rien

détourner dériver modifier bifurquer changer presque rien soulever le coin du rideau lever le nez brasser l’air avec les bras pour activer les parfums dans le froid bifurquer une deuxième fois prendre par le pont éviter la rue Blanche s’appliquer à longer le caniveau côté bitume pour éviter de glisser rejoindre l’épicerie-boulangerie discuter attendre son tour prendre le temps rallonger le temps modifier la nature du matin

FR un jour de ta vie, 13/01/22

#20 | échange muet

c’est combien ? | le regard interroge, bras tendu vers ce pull jacquard bien présenté au sol | la vendeuse s’approche marmonne tire sur sa clope | marché aux puces du dimanche aux Châtaigniers, soleil enfin sorti mais gelée blanche encore sur les banquettes d’herbe | l’acheteuse fixe les lèvres de l’autre emmitouflée pour deviner les mots qu’elle dira | finalement ne dit rien, ouvre large la main, 5 € c’est le prix | bien tentant, corps rapprochés le temps de l’échange du billet froissé puis rapidement éloignés dans le flux souple des passants

#19 | transactions (par mail)

Bon c’est d’accord pour le lave-linge, hein ? on compte dessus, un Zanussi 7 kg à ce tarif-là — je ne connaissais même pas cette marque. Au fait tu as oublié la pièce jointe, oui le RIB… Et une tondeuse pour la pelouse à l’arrière, je ne dis pas non. Une question bête, ça marche comment ? et combien tu en veux ? une petite photo ce serait bien… Tu dis que tu laisses de la vaisselle dans la cuisine d’été ? Pas de la grande vaisselle ? ben merci quand même, ça dépannera toujours… Beau ? non aujourd’hui il pleut… n’oublie pas d’envoyer le RIB et de donner ton prix pour la tondeuse…

FR, ce matin, 28/11/22

#18 | réécrire

Je me rappelle qu’elle était penchée sur le violon et que ses longs cheveux brillants touchaient l’archet, et maman était debout derrière elle et elle lui relevait les cheveux, pour pas qu’ils se mettent en travers de la musique et elle les a tressés et lui a fait un gros chignon sur la tête, et c’était comme si Eva était absolument seule avec le violon et qu’elle ne sentait même pas que maman lui arrangeait les cheveux. Karl Orsa était assis sur le coffre à bois et la regardait par en-dessous, quand il venait chez nous, il s’asseyait presque toujours sur le coffre à bois.

Le jour paraît, un peu plus tard ici à cause de la montagne. Je fais du thé, retourne dans le lit tiède. Je lance l’ordi, ouvre le mail intitulé [carnet] #18. Routine désormais : cliquer sur répondre, ajuster la police en 18, tout de suite commencer à écrire — rien qu’un quart d’heure. Mes livres sont en carton, sauf deux. J’ouvre celui qu’on m’a rendu hier soir. Pages 48/49. Je recopie le paragraphe comme si c’était moi qui l’avais écrit. Mouvement de va-et-vient entre livre et écran. Les mots sont puissants, ils me rassurent.

FR. bord de chemin, 2021

#17 | quoi faire

(rien que trois cents âmes par ici, pourtant société coupée en deux à l’unité près). Faire sauter le mot délation du dictionnaire local. Interdire par décret les invectives en période électorale et condamner l’ingérence dans les affaires de ses voisins. Lobotomiser les récidivistes. Inventer un café pour réunir les deux bords. Coudre un galon en plusieurs couleurs, le faire courir depuis l’église catholique jusqu’au temple protestant. Installer un sac à sourires en plusieurs lieux stratégiques. Repousser les murs de la bibliothèque. Installer une piste à glisser sur les terrils de gravats et des chaises longues face au soleil couchant.

#16 | tas de nippes

| pull confortable angora avec motif doré sur fond noir acheté un peu trop cher dans une boutique en ville | sarong balinais attaché à des souvenirs psychédéliques | sorte de chemise en coton noir agrafée sur le devant et rallongée de crêpe noir | sweat en velours rouge défraîchi bon pour la récup mais je l’adore | série de petits hauts en lin bleu turquoise vert sapin jaune moutarde | robe avec motifs brodés colorées achetée en 1979 au marché de Chichicastenango | nippes de couleur noire sans particularités sinon destinées à couvrir le buste jusqu’au bas des fesses | pull blanc très doux | pile de caleçons noirs avec logo en Lycra un peu brillant | veste sombre à capuche détestée par ma mère car tissu en lainage à trous | pyjama tibétain deux pièces rouge temple avec boutons en laiton | une strate de plus, tout en vrac au sol prêt à être emballé |

FR, novembre 2022

#15 | sur le vif

tu sais j’ai peur mais c’est normal oui bien sûr que c’est normal c’est demain à quelle heure finalement ah seulement l’après-midi examens toute la matinée à cause de mes problèmes de coagulation ne t’inquiète pas moi la dernière fois ça s’est très bien passé top les produits anesthésiants franchement dopants tu vas tout oublier oui je passerai dimanche et tu me lanceras les clés pas question de poser le pied par terre dis donc qu’est-ce que je vais faire de ce vieil ordi oh la la la couche de poussière passe-moi l’éponge oh il y a de la fumée c’est comme ça les poêles à bois enfin ça dépend des moments la nuit déjà je ne sais pas si le linge est mouillé ou simplement froid

#14 | une seconde

rien sous la main, rien à portée, nez contre la vitre contre la brume, temps de saison contre lequel tout le monde râle alors qu’on a si chaud, chaud à s’épuiser à mourir, mais quelle seconde happer dans ce silence sinon le vol dérangeant d’un geai dans le taillis accompagné d’un cri rauque ou le passage d’une voiture rouge dans le chemin, une seule dans la matinée, ou le passage furtif éblouissant de la lumière entre les nuées

#13 | suspens

elle robe grise échine souple œil d’une couleur indéfinissable élevée dans le soleil bas entre branches moussues désormais sans feuillage, elle dans cette trouée sans faillir, équilibre parfait poids vitesse et capacité musculaire, elle comme en vol en suspension entre le lourd et le léger, le vent et le souffle, la vie et l’éphémère, ma féline surprise dans son saut au sommet de la trajectoire, pattes tendues dans la lumière irréelle

FR, hiver 2021

#12 | le dessous

ça dérive comme au fil d’un fleuve gonflé de fortes pluies ou d’une fonte de neiges, ça s’aventure dans une mer sauvage faufilée entre montagnes sans savoir si ça débouchera dans la vastitude océanique ou se perdra au fond des fjords ou butera contre une cordillère plus haute encore, courants qui refoulent et mer si forte que ça bute freine risque de chavirer si manœuvre hasardeuse, la tempête est violente, le gris durement ourlé d’écume secouant cahotant, le gris projeté au ciel chamboulé d’ombres, le gris du dessous de l’eau, le gris du dessous jusqu’au noir

FR. hiver 2021

#11 | lire écrire

| lire écrire, deux actes pour moi dégagés l’un de l’autre | lire est venu vite dans ma vie d’enfant par désir de savoir | lire tout et partout | écrire m’a réclamé de l’application, plume blindée d’encre violette qui accroche, fait des taches | à moins qu’écrire ne soit pris dans le sens d’invention d’histoire, de création de matière, alors ce souvenir très coloré d’une composition française en CM2 sur le thème de l’automne qui m’avait valu d’être lue par la maîtresse, en même temps de me faire réprimander pour une grosse faute d’orthographe |

#10 | pendant que

pendant que je dors, j’invente des chemins à donner le vertige – pendant que j’entends les chiens aboyer, je me figure leurs silhouettes tendues vers l’importun  – pendant que je suce une pastille Vichy, j’entrevois le moment où j’en prendrai une deuxième – pendant que je lis sur l’écran, mes doigts frémissent de taper le clavier pour former des mots – pendant que je fais la queue à la boulangerie, je vole toutes les odeurs de cuisson et de pommes chaudes et je pense à ceux qui n’ont que la peau sur les os – pendant que je marche au bord de la mer, je pense à Fernando Pessoa et à un tableau gris et bleu presque vert de Caspar David Friedrich – pendant que je séjourne dans mon bureau, je me repais de la solidité des arbres nombreux qui occupent les fenêtres, pas de bâtiments en vue, seulement le versant recouvert de forêt – pendant que je regarde un film, je maîtrise les mouvements multiples qui parcourent mon corps, comme des envies de sauter de courir – pendant que je respire, je ne pense à rien, juste attentive au souffle qui coule depuis le haut de la gorge vers le ventre puis reflue et sort de la bouche – pendant que j’écris, je glisse ou marche à flanc de montagne –

Monk by the sea, Caspar David Friedrich -1808-1810

#09 | ne pas s’attarder

ne pas s’attarder sur les punaises réfugiées entre les livres de la bibliothèque, certaines vivantes encore, d’autres desséchées | ne pas s’attarder sur la poussière | ne pas s’attarder sur le petit mot lancé sans intention, juste maladroit, conserver le souvenir des années fortes dans le désir | ne pas s’attarder sur la poussière | ne pas s’attarder sur les sentiments trop doux qui retiennent vers l’arrière et exacerbent la nostalgie d’une vie ancienne, en rester à la circulation des grands nuages, au flux continu de l’air dans la vallée

FR. automne 2022

#08 | noms propres

Peu d’âmes peuplent mon monde en ce moment, peu de visages. Temps très humide et sombre. Ils ont déserté le village, même les animaux qui ne demeurent pas à la même place très longtemps, chassés par une averse ou par un coup de vent. J’aurais pu puiser à droite à gauche dans la bibliothèque ou dans le journal local. Ai choisi d’en rester aux attaches réelles de ce 17 novembre 2022, participation au grand carnet collectif.

rue des Maquisards entreprise de maçonnerie Beauchot agent Decaux Thomas Vinau l’ex de Florentine Nathalie Sarraute ma chère H. Marie dite Thérèse

#07 | visages

suis allée jusqu’à la place par la rue sombre n’ai rencontré personne ah si lui grand sur le talus derrière l’épicerie qui m’a fait un signe de la main visage indéfini avec barbe pas bien su qui c’était | elle manœuvrant sa voiture juste aperçu quelques mèches blondes dans les reflets de la vitre mouillée mais rien du regard | lui chat détestant la pluie furtif d’une écoutille à l’autre à peine une seconde d’arrêt car surpris à me voir et hop son corps blanc tacheté faufilé dans le soupirail de la maison voisine

#06 | personne d’autre que moi

cette journée qui a commencé ressemble à celle d’hier, même ciel, même immobilité des aulnes, même flux doux de rivière alimenté par la pluie menue et continue, je tourne la tête vers la fenêtre, sans doute que dans ce dépli du temps ordonné par le déplacement du regard et par la rotation de la terre, personne d’autre que moi n’aurait remarqué le léger fléchissement de la couleur vers le jaune et le roux depuis hier, le tapis de feuilles au sol plus épais, le frémissement plus appuyé de l’eau, la vitalité plus criante des lichens griffant les branches du grand cerisier touché par l’âge, sans doute que personne d’autre que moi n’aurait remarqué l’air ragaillardi des fougères dans leur pot écaillé, le glissant des marches d’escalier (souvenir d’os rompus), les odeurs de terreau en fabrication, le rouge de l’érable en attente, toutes ces choses libres de vivre et sauvages qui frappent là au détour de l’instant, ouvrant le champ infini du réel bien loin de soi, le vivant si puissant tout autour qui bouleverse

FR, 2022

#05 | ciel de lundi

trop long à attendre pour voir le profond du ciel

nuages montés de la mer jusqu’à heurter les hauts versants

soudain là, accumulés dans tous les interstices

plus de couleurs, espèce de plomb durci dominant la terre l’immobilisant l’ensevelissant

ton corps tapi au profond du labyrinthe des cosmos devenu invisible

FR, 2021

#04 | au réveil

pas de brume ce matin, je ne le sais pas encore, rideaux tirés sur le début du jour

et tout un fouillis en arrière-plan constitué des choses accomplies la veille, des sensations d’un sommeil profond bienfaiteur, du désir de rester au chaud et de boire lentement une tasse de thé avant de revenir au réel, la date et l’heure de l’incinération revenant comme un leitmotiv, non pas envie encore de bouger le corps, de le redresser pour découvrir dans la fenêtre l’immobilité matinale des arbres, et la chatte fait son remue ménage étrangement perchée sur ce coffre qui branle un peu, juste écouter ce qui peut encore être écouté de la nuit déjà hors de portée

FR, automne 21

#03 | il aurait fallu

il aurait fallu que je plonge dans cette brume qui semblait s’étendre dans toutes les directions, que je m’aventure en son volume vaporeux dénué de limites, m’y risque m’y perdre comme enfant imprudent, la revête ainsi qu’une camisole douce et humide déposant des perles sur la peau et la parfumant telle une essence de fleurs, espace impressionnant ouvert à l’intérieur dans le grand tout, rien qu’un pas de plus ou deux, il aurait fallu

FR, 12/11/22

#02 | si loin, si loin

cases de la mémoire reliées entre elles

les corps y sont vivants

un soir d’été, festival sur une place avec platanes et panneaux colorés avec des étoiles, jazz pendant l’apéro, un grand écran de cinéma, ils avaient débarqué tard, deuxième fois que je le rencontrais lui avec elle, joyeux

visage fermé buriné, les mains le corps fermés comme le visage, quelques temps avant la fin

une cuisine avec table couverte d’une toile cirée crasseuse, les poules grattant dehors

lui si petit aux cheveux roux dans le berceau

la chambre toujours la même avec le sol en béton empreint de signes pareils à des marques de pattes d’oiseau sur le sable mouillé

carnet de long voyage rempli au stylo noir avec dessins intégrés, tickets de bus, cartes postales, tout autour le bruit d’une gare routière

#01 | imprévu

ça tombe d’un coup après la mise à jour des dossiers de ma boîte à courrier, un décès, brutal, ça tombe d’un coup, je ne m’y attendais pas, c’est vrai qu’elle était à son chevet depuis plusieurs semaines, dans l’abondance des nouvelles et des mouvements du jour qui passe ça revient en boucle, fort par instants comme des accès de fièvre

FR, bord de chemin 21

A propos de Françoise Renaud

Parcours entre géologie et littérature, entre Bretagne et Languedoc. Certains mots lui font dresser les oreilles : peau, rébellion, atlantique (parce qu’il faut bien choisir). Romans récits nouvelles poésie publiés depuis 1997. Vit en sud Cévennes. Et voilà.

217 commentaires à propos de “#Carnet individuel | françoise renaud | journal de saison”

  1. oooh Françoise, le choc à la lecture de ce compte à rebours, jusqu’au dernier mot qui append, néant, et soudain la brume et l’image du jazz sur la place, les pancartes colorées, l’ami qui est parti, tout se superpose et enfle et forme toute une vie, “la vie est un songe” écrivait Calderon, monde devient si ocre, barocco… alors respirer la terre fait ce levain, revenir au vert cru de la mousse, des lichens, des choses à ras de terre qui ont tant de chance
    Merci tant Françoise pour ce partage ému

    • oui j’ai la même sensation que toi… la brume reconduit vers le Japon, images de montagnes boisées où les ascètes se retirent… je pense aux îles du Nord, à Narayama…
      et il faut de l’automne autour de la peine avec cette douceur-là pour supporter le flot des événements
      l’automne m’est doux comme tu le dis si bien
      (merci Marion)

    • L’un de ces chemins, je l’avais rêvé la nuit précédente. Soudain la route habituelle pour aller chez moi en virages dans les gorges s’était transformée en une corniche himalayenne, uniquement praticable par les mules et les hommes de montagne… ça l’a ouvert le champ
      merci Gracia

  2. mer si forte que ça bute freine risque de chavirer si manœuvre hasardeuse… Oui, c’est tellement ça la peur de chavirer, et voler les odeurs de cuisson et de pomme, et la révélation du CM2, tout cela tellement juste

  3. en 16 des nippes voyageuses en 17 observation implacable des lois villageoises et quel beau moyen de les conrtrebalancer, ton sac à sourires et attraper en 18 un instant plein de délicatesse et de simplicité.
    Étrangeté de te retrouver avec seulement deux livres, tous les autres t’attendant dans leurs cartons
    toujours plaisir de te lire

    • ben oui, ils me manquent, les livres… j’aime les avoir autour de moi, mais maintenant il faudra attendre…
      oui deux livres seulement, deux livres d’auteurs scandinaves d’ailleurs, dont Le Chemin du serpent de Torgny Lindgren que ma voisine N. vient de me restituer, et l’occasion est belle de le relire autant de fois qu’il le faudra en attendant de me réinstaller un bureau, même provisoire…
      merci chère H. de ta belle visite…

  4. héhé le rituel de la proposition depuis le fond du lit, je m’y retrouve! maintenant lire un carnet après avoir oublié les propositions est une autre expérience, j’entends mieux ta musique où murmure sans cesse les sons de la nature, et comme j’aime ça…

  5. En te lisant, je me demandais ce que ça pourrait donner de conjuguer ces verbes à toutes sortes de temps, d’y adjoindre des sujets personnages. Ça pourrait créer une histoire autour de ces changements du quotidien que tu évoques si bien.

  6. Chère Françoise, j’ai bien cru que je n’arriverai pas au bout de tous les commentaires pour pouvoir écrire le mien et l’important est de ne pas oublier ce que je voulais dire en voyant tous les autres défiler ! Tout ça pour dire que j’adore ces petits carnets, la forme de ces carnets, une forme quasi parfaite et je me retrouve complètement dans ton carnet (attends je remonte vite fait et reviens) dans le 18 où tu recopies, le thé, l’ordi, l’exercice routinier, j’adore ces moments n’est ce pas ? Et les photos, les photos, c’est beau. Et 5 euros un pull, j’arrive ! Bises fortes.

    • oui j’aime aussi quand il y a une cohérence qui s’installe, revenir régulièrement sur l’acte lui-même d’écrire, revenir sur soi, ritualiser le moment, préserver le fil pour exister en dehors des “exercices” eux-mêmes
      dans la mesure du possible, images faites sur le vif, juste des points colorés pour fixer le lieu, pas forcément illustratifs
      merci tellement Clarence…

    • bien contente, chère Cécile, que vous soyez sensible aux images que je tente en effet de tisser avec ces propositions d’automne
      merci d’être passée, merci…
      (je ne suis pas allée vérifier si les livres avaient bougé, mais c’est un endroit où on passe souvent et mon regard s’était tourné de ce côté… ! sourire)

    • la douceur est venue comme pour faire accepter le reste, et c’est vrai que la peau peut rester douce, même ridée, même usée tannée au dernier degré
      tu me fais me souvenir de la peau des mains de ma vieille tante Angélique avant sa fin — elle avait presque 107 ans –, elle se disait coriace comme du cuir pourtant le dos de ses mains était encore bien doux, couleur du cidre et couvertes de tâches comme de rousseur..

  7. Bonsoir Françoise
    De tout ton très beau carnet je m’amuse à retenir la robe à motifs de Chichicastenango !
    J’ai été au Guatemala en 1979… on aurait pu se croiser ?
    Merci pour la belle lecture en tout cas !

    • ben oui dis donc, on aurait pu et peut être qu’on l’a fait, va savoir…
      une robe magnifiquement brodée que j’ai traînée dans mon sac à dos pendant des semaines pour ne jamais la porter, seulement la garder dans une armoire… je me souviens des circonstances, des couleurs et du paysage
      merci Fil pour ton passage et pour avoir souligné ce détail…

    • grande fidélité avec toi aussi en ces temps d’épreuve multiples et variées
      oui, je n’aime pourtant pas ce mot de “gentil” ou de “gentillesse”, je n’ai jamais voulu être “gentille”, mais là je n’ai pas trouvé d’autre mot, et il nous cause finalement…
      merci g@rp après notre café partagé de ce matin…

  8. oh Françoise plusieurs jours sans te lire et là cet état de ton monde si triste… à nouveau toutes mes pensées affectueuses vers toi…

    je ne sais si François a vraiment estimé le degré de profondeur tout autant que de vulnérabilité auquel il nous convie crescendo depuis le 10 novembre ? l’état du monde, le nôtre ou les plus ou moins proches, voire très éloignés, nos visions et nos sensibilités… comment dire… c’est énorme.

    • chaque ligne d’écriture pourrait être l’amorce de quelque chose qui pourrait à tout moment prendre corps, mais tant de directions à emprunter…
      j’essaie de ne pas me noyer dans les projets, j’attends d’avoir du champ devant moi pour reprendre certaines choses en suspens qui attendent, par exemple la piste explorée lors du cycle Faire un livre et d’autres encore…
      (et que ces propositions de fB sont belles !…)

    • sur quoi se fixer chaque matin après avoir lu notre menu du jour ? sur quoi s’engager ? on se demande toujours si on fait le bon choix, si ça répond suffisamment, si ça va aller… et puis on y va
      une histoire à chaque coin de mot…
      merci chère H. d’être là, d’ailleurs je te guettais…

  9. Comme c’est agréable de relire tout ce Carnet ( on est bientôt au bout malheureusement) et d’en voir des lignes de force. J’aime beaucoup les fragments sans majuscule et avec peu de ponctuation… Et que dire des photos : je crois bien que j’aurais aimé les faire! Et merci pour ce commentaire chaleureux sur mon carnet!

  10. « J’ai des livres pas encore lus ni même ouverts (juste l’attirance pour une couverture ou un titre, l’émotion avec un auteur). Besoin de cette quantité de matière à portée de main à n’importe quel moment. »
    Tout pareil !!
    Merci Françoise

    • juste l’envie d’écrire VITE et COURT autour de LIRE ÉCRIRE
      (peut être que j’ai mal lu ou mal interprété ?…. bien peu de temps aujourd’hui)
      pas trop intéressée par le détail d’une journée, j’ai plutôt recherché l’énergie dans la virgule et dans le bref et essayé d’éviter le délayage…
      merci tellement d’être passée…

    • j’ai connu tant de belles phrases mais ne les ai pas fixées, je les ai oubliées, je garde l’odeur et la forme des fleurs…
      écrit sur le pouce dans la matinée avant une grosse journée encore…
      merci de ton passage qui me soutient toujours beaucoup sur ce cycle très particulier pour moi…

  11. Pour quelqu’un qui n’a pas de mémoire des passages de romans ou autres — je vaux pas mieux — d’où un carnet de passages, de phrases qui tiltent — je trouve que ce n’est pas si mal — et les rattacher au réel, à l’instant, j’aime.
    Merci Françoise — et courage pour les cartons !

  12. “Chute” vers d’autres dimensions
    “Coup de poignard dans le dos” une blessure ou signe de l’éveil à d’autres sensibilités, d’autres mondes, ceux que tu crées par exemple

    courage pour tes deniers jours en Cévennes

    • peut-être que la vie est un rêve dans le rêve comme le pensent les Tibétains et j’aimerais que mon corps quand il sera mort soit déposé sur de hauts rochers, livré aux oiseaux carnassiers
      j’aime pourtant croire qu’elle est bien réelle et que ces mots tous ensemble s’ancrent en nos cellules pour nous rendre encore plus vivants et plus conscients…

      • le rêve du rêve, c’est Bernard D qui en parle ici aussi…
        et oui, le rêve dans la vie, la vraie vie dans les rêves, tout est ensemble… un jour peut-être percer ce mystère, en tout cas s’en délecter chaque nuit, miam !

      • merci à toi, Françoise — creuser dans le secret, je ne peux que confirmer — c’est ce que j’ai tenté de faire depuis la note #1 — avec plus ou moins de réussite. Qui sait, peut-être la #40 révèlera-t-elle tout. . . .
        Ou pas.

  13. Très touché par ton évocation des secrets, de ces présences qui t’accompagnent dans ton quotidien. Avec un courage que je n’ai pas eu, préférant contourner la chose et même en rire. Touché de te lire en parler en face, sans faux-semblant.

  14. Après quelques jours d’absence, je reviens vite te lire et ta # 36 m’emporte littéralement, me donne envie de rouvrir immédiatement mes deux livres en cours, que comme toi j’emporte partout avec moi même quand je ne les ouvre pas. Merci Françoise.

  15. “outre leurs visages, il y a des hantises, des désirs inavoués, des envies de partir loin, d’explorer les labyrinthes de la pensée comme on traverse une mer infinie, comme on marche sur une longue plage du Nord avec le vent et le cri des oiseaux” Ton texte est magnifique, je l’emporte avec ses questions et sa lumière

    • chère Nat,
      ton long écho résonne après lecture
      laisser couler ce qui vient du fond… (une ouverture vers la #40 qui sera nourrie de nos propositions conseils directions pour écrire, parce que sans doute avons-nous appris quelque chose de cela et de nous-mêmes pendant ces 40 jours d’automne…)

  16. “ne pas se satisfaire
    recommencer encore, et si nécessaire changer de point de vue
    retrouver une sensation proche de l’eau, une aisance comme dans la nage”
    Exigence et sensation, cela dit beaucoup sur ton écriture… Merci Françoise pour ce magnifique carnet, pour ce partage et à bientôt !

  17. 39 | texte si riche et plein d’émotion
    40 | l’écriture est violente, exigeante et si près du corps
    Françoise, tout ton texte le traduit avec force

    merci pour l’ensemble de ton carnet
    et bon vent pour tes nouvelles aventures
    à très bientôt dans Tiers LIvre

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