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«ça a débuté comme ça», remonter jusqu’au début
« Ça a débuté comme ça » : bien sûr l’incipit légendaire de Voyage au bout de la nuit.
Mais, immédiatement, ce fait singulier : qu’est-ce qui débute, réellement débute ? Une scène a priori totalement immergée dans la vie populaire parisienne, place Clichy, une terrasse de café, une discussion qui évidemment donne d’emblée la voix (et le nom) de Bardamu, la cacophonie d’un défilé militaire (ah, ces scènes de foule chez Céline)… Pourtant, ce qui s’incrustera dans la mémoire, donnera son élan au livre, c’est la scène qui immédiatement suit : en plein champ de bataille, sur une route, au milieu des balles, le capitaine dictant ses ordres dépourvus de sens au même Bardamu…
D’où cette hypothèse: le «début» d’un livre, c’est ce qu’on construit après, c’est ce qu’on installe pour que la première scène, séquence, chapitre soit possible, et pourtant c’est cet amont qui recèle en germe toute la nécessité intérieure, tout le rapport secret à l’auteur…
Et merci à Claire Marin, dans son bref essai Les débuts (Autrement, 2023, gratitude à Claude Énuset pour m’avoir mis sur cette piste), pour cette formule qui va être aujourd’hui notre prise d’élan pour nouveau cycle de l’atelier hebdo : «remonter jusqu’au début».
Il semble bien que désigner le «début» soit une manière récurrente, même presque archétype, de s’aider à commencer. Dire que voici le début, c’est déjà écrire, il n’y aura donc plus qu’à continuer. L’essai de Claire Marin approfondit et nourrit cette approche, comme avec cette citation de Gilles Deleuze, «on commence toujours par le milieu», le «puisqu’il faut bien commencer quelque part» d’Emmanuel Carrère, ou bien l’idée d’Italo Calvino dans Si par une nuit d’hiver un voyageur: «un roman fait de débuts de romans».
Une formule-clé que vous retrouverez probablement dans notre bibliothèque, à l’instar du «Voici comment les choses ont commencé» de Virgina Woolf (Rêves de femmes) ou «Comment les choses avaient-elles commencé ?» de Roberto Carasso — merci à Emmanuelle Cordoliani pour ces deux exemples.
Reste alors immédiatement à définir : le débuter quoi ? le commencé quoi ? Deux hypothèses.
Première hypothèse : vous disposez d’un chantier en cours, d’ébauches en progression vers leur architecture, ou bien même simplement de vos contributions au dernier cycle #histoire ou à un cycle précédent, dont vous sentez qu’il est nécessaire de les rassembler. Alors, bien sûr, cette projection en amont, ce «remonter jusqu’au début», viendra se constituer comme en-tête de l’ensemble.
Mais c’est là où ce «ça a débuté comme ça» de Céline dans le Voyage, avec le culot des deux ça mis en boucle, nous donne sa meilleure indication : une scène séparée du livre à venir, une situation, une ambiance, un tableau, un paysage, un dialogue. La scène qui sera notre «début» ne s’occupe pas du livre, ne l’annonce pas, ne le contient pas. Mais elle dit une voix, une présence, une façon de prendre pied dans le monde : et ce serait indifférent à la construction même de l’auteur ? Ou de comment l’auteur donne élan à un livre qui sera, cette scène close, totalement autonome et dans son propre élan ?
Et deuxième hypothèse : bien sûr le contraire. Vous êtes dans l’intuition de ce que vous auriez à écrire. Ce corpus n’a pas encore d’existence matérielle, sinon cette conviction sourde. Des paysages, des personnes. Et, justement, il s’agit de rendre irréversible qu’on ouvre ce chantier. C’est à ce moment-là que j’ai pensé à « #construire » comme intitulé de cette nouvelle séquence. Alors oui, on reprend cette suite de formules sur «débuter», «commencer», et on ne s’occupe que de ce qui la relie à nous-mêmes. On ne lance pas l’écriture du chantier lui-même, on ne traite que de ce qui nous implique dans cette intuition. Retour à l’essai de Claire Marin, là où elle cite le livre de Jean-Philippe Toussaint (oui, celui de notre proposition #histoire #12), L’urgence et la patience, Toussaint incapable de se souvenir s’il avait vingt ans ou vingt-et-un (quelle importance), mais se souvenant du trajet exact de l’autobus parisien de République à Bastille (sinon qu’à prendre un trajet aussi calqué de Lautréamont, petit doute à savoir si ce n’est pas d’abord un de ces effets de vertige qu’aime à provoquer J-Ph. T.!), dans son intitulé : «Le jour où j’ai commencé à écrire», voici le passage : «J’ai oublié l’heure exacte du jour précis où j’ai pris la décision d’écrire, mais cette décision existe, et ce jour existe, et cette décision, la décision de commencer à écrire, je l’ai prise brusquement, dans un bus, à Paris, entre la place de la République et la place de la Bastille. La décision de j’ai prise ce jour-là était plutôt inattendue pour moi. J’avais vingt ans (ou vingt et un ans), peu importe, je n’ai jamais été à un an près dans la vie), et je n’avais jamais pensé auparavant que j’écrirais un jour.»
À vous, lancement officiel du cycle #construire !
On va s’y remettre ! Oui et cette amorce vient à propos car il n’y a — dans le projet porté depuis des mois — que ça de sûr : comment ça a commencé ! Merci une fois encore – après trois mois de dormance par ici – de proposer l’approche qui aide, tire ou pousse, incite et galvanise au sens strict – vient poser une petite couche qui protège et prolonge – qui dit « paré à plonger ».
+1 (dans la série commentaire complimentaire) (tous mes vœux à tout le monde,là… :°)))
Finalement, nous voilà en quête du patient zéro. Il fallait bien que ce projet post-confinement trouve sa voie :))))
Merci une fois encore pour tout le travail mené, et la richesse de cet atelier, autant dans les propositions d’écriture que dans les rencontres… Amicalement.