#construire #02(1) | matières automatiques

les rêves de janvier, les rêves de février, ceux de mars ; les rêves d’hiver et c’est l’aube déjà ; les rêves de fièvre, les rêves d’énurésie, les rêves d’insomnie; les rêves d’avril, les rêves de mai, ceux de juin à l’éclosion des roses;  les rêves de nuit, les rêves de jour ; les rêves du jour le plus long; les rêveries de l’ennui; les rêves d’avant l’orage, les rêves de quand il neige, les rêves d’à la belle étoile ;  les rêves de saison sèche, les rêves de sieste sous un platane et souffle le mistral, les rêves à vent d’ouest ; les rêves de Didi et Gogo  qu’on ne raconte pas,  les rêves d’un homme ridicule , les rêve d’Hamlet machine, les rêves d’une mariée descendant l’escalier ; les rêves en barque encalminée , les rêveries de l’eau ; les rêves en wagon assis, debout, couché; les rêves rêvé pour l’hiver ; les rêves d’un  chien ou d’un cheval battu à mort ;  les rêves d’un condamnés à mort; les rêves du Chat de Schrödinger; les rêves d’estomac vide ou d’avec trop de fromage ; les rêves de méthodiques, les rêves d’inquiètes ; les rêves réduits aux haquets dans un lit à deux places ; les rêves de chambre anéchoïque ; les rêves dans un hotel F1 au carrefour à trois cents mètres du But ; les rêves avec dentier dans le verre ; les rêves d’avant les dents avec tétine ou pouce et la tête frotte aux barreaux du lit ; les rêve en chemise, les rêves nus, les rêves à deux enlacés avec un bras engourdi; les rêves d’avant minuit, les rêves de trois heures du matin, les rêves d’après l’aube ; les rêves des nuits blanches ;  les rêves d’entre les pages ou d’entre les lignes ; les rêves d’entomologiste, les rêves de femme préhistorique, les rêves de travailleuse à la chaîne, les rêves de buraliste, ceux de naturaliste, les rêves de plongeuse sous-marine, les rêves de géomètre; les rêves de mère enceinte, les rêves de père mort; les rêves de survivants; les rêves des enfants de mon frère fois quatre; les rêves des amis perdus de vue ; les rêves d’insulaire, les rêves de plaine, les rêves de promontoire, les rêves prémonitoires; les rêves étranges et pénétrants ; les rêve avec ou sans lune, les rêves de pleine lune, les rêves de fin de vie, les rêves de pas de rêve, les rêves oubliés, les rêves éveillés

Le jardin est blanc ; je porte des bottes à lacets, un manteau long, une capuche –comme au Québec j’imagine– où est le lion, le lion des rêves, ce jour de neige dans la fosse –, il fait grand jour, il y a du bleu, il y a de l’ocre, au ciel des nouages de fumées, ça sent le feu : On y va ; tu portes un manteau noir, une chapka, des nattes; tu tires la grille, ça crisse, j’allume le moteur, les roues patinent, la voiture part à reculons ; sur la route salée noire grise le bruit mouillé; trottoirs tout blanc, voix de coton; montée lente vers la forêt, silence de neige; la forêt blanche, les arbres à l’os, les stalactites, un rouge gorge : ni biche ni lion ;  la petite barrière de Monet avec l’oiseau et les traineaux en sac poubelle sur la pente du jardin de Oinville ça me revient 

Oinville sur Montcient, Colombe, Montmartre, Barbes Rochechouart, le métro aérien, Tati, le vendeur de cacahouètes, le vendeur de marrons, le quêteur des paralytiques, le marché Saint Pierre; le bus 54, le métro Anvers, les forains de décembre du boulevard, le Sacré Cœur,les touristes, les touristes, les touristes, le funiculaire; le temple des Batignolles, les quais de la gare saint Lazare; la rue Legendre au premier étage, la rue de Steinkerque au cinquième étage, la rue du faubourg Poissonnière au sixième étage, Villa Championnet l’entrepôt de carrelage et, vu du deuxième, les faïences bleues; l’arrêt du 95, le banc à côté de l’arrêt, la peur d’y mourir un jour ; la station Guy Moquet, Guy Prospère Eustache Moquet; la station La fourche, la rue Nollet, la rue des Dames, la rue Truffaut, la porte rouge, le petit jardin, le chien enterré, le cercueil du père, le berceau de l’enfant ; la Place Clichy, le Wepler, le Cyrano, le cinéma Gaumont; la pâtisserie tout en longueur du boulevard de Clichy, le gâteau au marron en face dans le salon de thé en face des tuileries, le manège aux chevaux, le poney qui trébuche, la sculpture du lion qui marche la nuit; le jardin des Plantes, le parc Montsoury, le jardin des buttes chaumont, les allées du Père Lachaise, le cimetière de Onville, le cimetière de Onville, le cimetière de Montmartre, le cimetière de Jouy en Josas, le cimetière de Jouy en Josas, le cimetière d’Ars en Ré, le cimetière d’Ars en Ré, le cimetière d’Ars en Ré, le rivage de Fort Mahon, le carré des indigents du cimetière de Thiais, les idéogrammes et les croix du cimetière de Nolette, ses lions cerbères; Le lion de Denfert Rochereau en sortant du RER, le lion de Blandine et les lions dans le livre d’école à Colombe, le lion de Richard Cœur de lion dans la télé noir et blanc qui neige rue Legendre, Saint Gérôme et le lion de Van der Weyden, l’écharde dans la patte du lion, la petite fille aux allumette, l’œil dans la tombe, la neige qui tombe  

A propos de Nathalie Holt

A commencé en peinture, a vécu de théâtre et d’opéra, des années de scénographie plus tard ne photographie pas que son lit, tient son journal en images, écrit et marche chaque jour a publié un peu pour aller au bout d’un geste ( Ils tombaient ) ( Averses) https://www.amazon.fr/stores/author/B09LD7R2KY . Écrit pour lire.

3 commentaires à propos de “#construire #02(1) | matières automatiques”

  1. D’un lieu-rêve à l’autre, de rêve en jardin.
    Quel calme dans cette forêt blanche encapuchonée !
    Et hop !
    Quelle soudaine multitude !
    De places en marchés en cimetière, en noir, en blanc…
    Que de traversées.
    Ouah !

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