Sur le mur deux carrés, deux cadres, fond de velours. Comme la crasse s’incruste, rend gris le velouté bleu roi, creuse des lignes sur la surface jadis unie (carré de gauche, avec un profil d’ange en relief, petite aile derrière l’épaule), comme la saleté élimine tout éclat au rouge bourbon de l’autre fond de velours (carré de droite, avec un profil d’ange en étain, petite aile derrière l’épaule), c’est la trace du temps. Le temps a éteint la lumière du velours, aujourd’hui élimé, et aucun chiffon, aucun plumeau, ne pourra rien contre la noirceur de l’étain en relief des tableautins.
Les carrés encadrés d’une baguette en bois peint sont accrochés au mur sur une tenture tendue. Plumeau sur les surfaces de l’entrée, sur la pointe des pieds la poussière du dessus de la porte est chassée. Plus loin dans le couloir, deux portes coulissantes en verre, avec une encoche dépolie pour les manœuvrer, ferment une vitrine basse sur laquelle le regard n’a aucun recul. Personne ici n’a plus l’âge de passer les après-midi accroupi, ou à genoux, ou les fesses assises sur les lattes du parquet, pour rêver aux soldats d’étain qui stationnent sur l’étagère. La porte en verre coulisse mal dans les rainures du meuble en bois. Les pieds sont en biais et si frêles (quoiqu’en acajou) qu’il est étonnant que la vitrine tienne debout, et supporte l’essuyage, et le passage de la cire. Les soldats ne sortent plus se ranger en ordre de bataille sur le sol. La vitre reste close. Un tour de clé se fait entendre.
Un commentaire à propos de “#construire #06 | Velours”
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Intéressant comme l’image se dévoile par fragments. C’est à la fois incertain et très détaillé, étrangeté d’un coup de loupe sur une image floue. Merci Laure.