# construire # 11 | notes à la rescousse

Rien au démarrage. Batterie peut-être. Etudier le mot. Batterie déchargée, les ions ne voyagent plus. Changer de batterie. Opération à moteur ouvert. Ça repartira. Puis alerte au liquide de refroidissement. Il suffit de remplir le bocal. Eviter la surchauffe. Mais quel voyant s’allumera ensuite ? Sans fin. Entretenir : pourquoi ce verbe renvoie-t-il simultanément à une sorte de blessure et à la nécessité ? Faire tourner le moteur en prenant la route.

Pas d’acharnement thérapeutique : rien, c’est l’autre nom de l’attente. Celle qui justement n’attend rien. En attendant, sur le vieux registre où ont alluvionné les découvertes désormais dépassées, Lanza a écrit avant les autres : Rien qui ne soit tout. Et celle qui écrit aujourd’hui ajoute : trois fois rien, c’est déjà ça.

Ce n’est pas qu’on ne sache pas par où commencer : embarras du choix.  Mais par où continuer quand sur des papiers volants s’accumulent des notes éclectiques — limaille que le désir aimante ? Destination inconnue.  Justement, c’est par là.

Dispersion, un avatar de la panne. Prendre l’éparpillement comme une indication : répartir les bribes dans un corps dont la gestation prend la forme d’un arbre. Arborescence :  beaux miroitements du mot et de ce qui se passe en retour.

Fermentation. La pâte lèvera : un classique.  Mais quel levain ? Futur noir imposé de l’extérieur? Ce qui se passe entre les lignes ? Dans tous les cas, une présence sans nom agit dans le temps. A température. Une nouvelle fois, mettre la main à la pâte. L’ouvrage sur le métier.

Hâtez-vous lentement et sans perdre courage/ Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :/ Polissez-le sans cesse et le repolissez. Oui Nicolas B mais au stade de l’éternel apprentissage on peut confondre panne et fruit de l’incapacité. En lisant, en relisant, sortir de l’ornière.

Le bruit du monde, comme un coup d’arrêt avec sa cohorte d’explosions. La langue est impactée : non le printemps n’explose pas. Pas lui. Inventer-retrouver l’autre monde enraciné dans ce qui n’a pas été détruit.

Un peu de silence, un peu de distance dans la réparation.  Mais aussi le risque.

A l’intérieur ça se tait. Parle, mais parle ! C’est le moment. C’est écrire. A l’extérieur, Cassandre se démultiplie, déverse ses prédictions sur tous les fronts. Vociférations, interviews, gangrène mondialisée. Opposer les signes minuscules à la gigantesque déshumanisation. C’est le moment.

Silence. Au fond de la salle à manger le dragonnier sort une hampe fleurie. En quarante-six ans il a fleuri cinq fois, chaque fois correspondant mystérieusement à l’intensité d’une disparition. Consolation balsamique.  Les tubes des fleurs sont fermés le jour. En s’ouvrant le soir, ils répandent un parfum inouï. Après, il n’y aura plus rien. Sauf ce qui va en être écrit. De quoi poursuivre. Comme dans ta chanson une passerelle sur l’abime.

A propos de Christine Eschenbrenner

Génération 51.Une histoire de domaine perdu, de forteresse encerclée, de terrain sillonné ici comme ailleurs. Beaucoup d'enfants et d'adolescents, des cahiers, des livres, quelques responsabilités. Une guitare, une harpe celtique, le chant. Un grand amour, la vie, la mort et la mer aussi.

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