miss you

on ne sait jamais par où commencer (trier les photos ou écrire quelques mots qu’on changera ensuite, l’accord du – participe – passé, changer le sujet en faire une femme un noir un juif une chinoise un turc) (remettre tout au présent ) – je me souviens pourtant je m’installe ici, près de la porte – cette image

le soir, c’est le patron qui vient servir – il a l’air extrêmement ennuyé on le dérange – le reste du temps, il y a une serveuse ou le fils du patron, guindé, souriant, poli, bien sapé (il s’occupe d’abord du restaurant c’est pour ça) – c’est aussi un tabac à ce moment-là – au dessus il y avait déjà cette plaque –

Voltaire né à Paris le 21 novembre 1694 est mort dans cette maison le 30 mai 1778

sur le côté, sur la rue de Beaune, se tenaient les bureaux de l’ordure (le signaler blesse, mais on le fait quand même) – un jour j’avais pris cette image

un autre j’avais appris qu’une de mes cousines (la fille de E. je crois bien) travaillait dans la librairie voisine (docu française) – tandis qu’elle, elle vivait à l’hôtel depuis des lustres – d’abord ici

juste après guerre, trente ans (elle est de seize) Pont Royal

puis là

fin des années cinquante Montalembert

c’est à deux pas – trois cents mètres en remontant la rue, on passe devant le

il y a là un café – on y peut voir l’une des célébrités de la rue (elle vit au bout de l’image sur la droite, on va faire un musée de sa maison), sans chaussettes dans ses petites chaussures à lacet, blanches, de danseur boire quelque chose en fumant – il porte un pantalon grège –

ça s’intitulait peut-être « Au courrier de Lyon » je ne sais plus –

gauche cadre ce pourrait être elle

elle vaquait – quelques travaux plus tard

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Capture-decran-de-2021-03-26-15-25-02-1024x586.png.

c’est devenu L’Empire,

c’est différent – elle allait à l’épicerie du Bon Marché ou prenait le bus pour chercher des tissus chez Dreyfus butte Montmartre – active comme une pile – vibrionnante toujours sur le coup la brèche ou le pont – vivante – folle et chiante – adorable et attentionnée – ses finances difficultueuses, elle emménage ensuite ici

fin des années soixante Voltaire

d’abord la trente cinq (son amie J. qui tient la papeterie au début du boulevard Sébastopol juste avant le tabac Chat Noir, vit à la quatre deux – elle refera la déco de l’immense commerce qui vend des actes aux notaires de la chambre, juste là – on trouverait une presse d’imprimerie au fond de l’entrée)

puis la quinze

les fenêtres donnent sur le fleuve, en face c’est le ministère des finances avant d’être un musée

le type vend des images qu’il importe de je ne sais où, des vues de Paris, le Moulin Rouge, la tour qu’on va repeindre en or pour les jeux, la wtf basilique

la fenêtre de sa chambre est ouverte, au troisième, trois cinq – elle coud ou elle tricote

rien de particulier (un peu d’obséquiosité de la part du concierge, du personnel, de la directrice – une locataire à l’année se ménage – une femme de chambre amie, M-L. probablement portugaise)

des touristes, dans antiquaires plein aux as, Chirac qui se réfugie chez son ami libanais au 3 du quai

la « bonne » bourgeoisie sans doute – le luxe rive gauche – et elle qui va faubourg Saint Honoré regarder les vitrines de Dior ou Balmain, se renseigner sur les tendances, « tu ne peux pas imaginer » non

le vendeur toujours là (il dispose d’un chevalet pour l’image) – on distingue le menu (merdique, le restaurant n’a jamais marché) on lui monte son petit déjeuner (des biscottes et du miel, du thé), le figaro) –

et puis sa sœur s’en est allée, et elle c’est dans l’escalier qu’un jour, elle tombe – poignet fracturé, hôpital, je n’imaginais pas, non – pour moi elle est toujours semblable

(le dédoublement de sa fenêtre) le type, les touristes

je me souviens que la plaque dorée où se lisaient quelques vers des Fleurs du Mal a été posée fin du siècle dernier – sous celle qui mentionne les célébrités d’alors

on l’a retirée – à un moment (mais elle avait disparu d’ici) on a posé des fleurs sur le balcon de sa chambre

ce n’est plus sa chambre

on trouvera peut-être un truc à 4 ou 5 étoiles, prix à l’avenant pour les jeux – j’ai cherché, longuement, sur ces images des treize ans passés qu’on peut voir là si par hasard on ne l’apercevrait pas capturée dans un des tailleurs qu’elle se faisait empruntant le patron à mademoiselle Coco

ses gants noirs pécari son sac de chez truc et son pas décidé (non, elle ne fumait pas, je ne crois pas qu’elle ait jamais bu à s’enivrer – je me souviens des manicotti qu’elle faisait à la maison, des rideaux de tulle qu’elle a confectionnés pour l’appartement brûlé « tu dois mettre ton bureau là, au milieu » des chemises (pas de chez machin rue de la Paix – son frère s’habillait chez Sulka) de marque qu’elle m’offrait à mon anniversaire « tu dois être bien tenu »

– je me souviens de son « c’est curieux, comme les gens sont tu ne trouves pas ?  » – des proverbes qu’elle tournait un peu à sa sauce des aiguilles du fil de la machine à coudre de la petite navette, cette machine électrique que j’avais été lui ramener de la rue Lecourbe – on allait au café du coin, elle laissait un pourboire incongru – un léger agacement, un bruit de langue contre le palais – elle s’en allait (le patron venait me rendre la monnaie avec un sourire) – elle est déjà partie décidée alerte elle part elle s’en va

je crois bien que c’est d’elle dont il s’agit ici (pas seulement, puisqu’il y a aussi ma mère, et d’autres choses encore mais elle aussi, plus sans doute) – un point de vue plus contemporain : ici

5 commentaires à propos de “miss you”

  1. Très touchant ces évocations modianesques autant que personnelles. Il faudrait visiter Paris avec toi.
    Au 5 quai Voltaire se tient la maison des anciens élèves de l’école d’ingénieurs dont je suis diplômée, mais je n’ai rien à en dire. La cotisation que je paye chaque année doit leur servir à redorer les lettres du balcon ! (à peine voyantes !)

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