2019.08.11 | imaginaire Nord & hydravion

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2019.08.04 | Euclid est un camion

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Au plus ancien, un livre de la Bibliothèque de l’Amitié, donc vers 1963-1964, et ça se passait en Alaska avec un ado et un hydravion. Un dépaysement suffisant pour s’en souvenir à un demi-siècle de vie, mais on se souvient de quoi : l’illustration de couverture avec le gamin de 14 ans et le zinc derrière, et le sentiment d’espace à lire le livre. Toujours eu le goût depuis des livres qui disent le Nord, de Jack London à Shackleton, ou pour le pays d’ici, Jean Désy — encore que ça ne l’a jamais trop branché, Jean Désy, l’hydravion ? Le dernier que j’avais vu c’était à Sausalito, l’an dernier, mais ils ne bougeaient pas beaucoup. Ici, ce matin encore, Mathias Malec (six ans de plus que moi, mais combien d’éternités ?) parlait de comment son père l’avait retiré à onze ans de son pensionnat, malgré l’avis du prof de hockey, pour qu’il parte avec son frère Antoine « dans le bois » (ici, pas besoin de se faire expliquer). Soit un mois à pagayer en remontant les rivières ou portage, puis trois mois sur place, et retour. Il a dit que cinq ou six ans plus tard il n’avait plus besoin de son frère aîné, mais il a dit que ç’avait été une « école ». Ceux de maintenant continuent de partir un mois par an, mais ils se font emmener et ramener par l’hydravion. D’ailleurs, une bonne dizaine de voitures garées en attente derrière la baraque. Discuté aussi avec Antoine G., son canoë sur le toit de sa bagnole, deux autres copains à lui, de Montréal et Toronto, doivent le rejoindre demain, on met le petit canoë dans l’intérieur du grand, et celui-ci on l’attache au flotteur. Ils s’en vont là-haut et descendront pendant trois jours lacs et rivières. Pour eux c’est concret, pour moi c’est toujours dans la transposition imaginaire que ça se passe. Par exemple, rien à redire au fait que ce midi c’était repas Innu, avec oies « bernaches » et ces doux lièvres arctiques d’infinie blancheur, mais depuis 48h que je voyais les bestioles non dépecées en vrac à décongeler dans la cuisine du presbytère — ô ces yeux roses des lièvres congelés au doux pelage, vous fixant dans la pénombre —, ma chambre à l’étage au-dessus, j’aurais bien été incapable d’en ingurgiter la moindre bouchée et je me suis discrètement éclipsé. En tout cas c’est ça qui me revenait, en poussant la voiture sur le chemin marqué d’un panneau vert avec le petit hydravion dessiné dessus, et qui bute en impasse, quatre kilomètres plus loin, sur la rivière Nutashquan. Tout est majesté, l’eau et la mécanique, le canot déliquescent et les proportions de l’hélice, le désordre des fûts. C’est probablement ça, l’inconvénient des livres : on a lu ce roman pour ado dès l’âge de dix ou onze ans, un peu prématurément, l’hydravion et le Nord restent à jamais, mais ce qu’on aura fait d’aventure c’est de rester planté là sur le ponton, et de faire ses photos. Pourtant j’assume, et totalement.

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 août 2019
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Messages

  • je ne lisais pas enfant - déjà dit ici je crois bien - Tintin, Spirou, X13, Zembla peut-être - puis le club des 5 - puis Sherlock Holmes (sir Arthur) et Harry Dickson (mister Ray) - d’autres - lors j’avais quinze ans à peine - Jack London est venu sur le tard avec John Fante et le facteur Bukowski etc. faut savoir s’arrêter - se préserver (si on veut durer, rester toujours numéro un) le film dont David Crosby est le héros à la télé - c’était plus tard, j’écoutais CSN&Y après CSN - milieu fin soixante - c’est que la musique ne va pas sans la lecture - et lycée de versailles pour l’écriture - Janis et Joni - j’apprends qu’aux états on interdit la sortie d’un film (la chasse - the hunt - trump adore le klan kkk ainsi qu’il adorait les agapes avec le suicidé - ce n’est pas nouveau) on y retourne aux années noires fin quarante - une image que je trouve au hasard (c’est tombé sur "mauvais sang" avec l’ami Lavant)

  • Le dimanche matin c’est course à pied. C’est comme ça et ça fait du bien. Seulement à force de pratiquer les mêmes boucles près de chez soi, et par volonté de progresser pour les prochaines courses en forêt, j’ai envie d’entraînement dans des bois, des parcs, plus grands.
    L’homme propose le parc de Saint-Cloud, pourquoi pas.
    Une fois sur place nous constatons sa fermeture, apparemment déjà dans les préparatifs pour Rock en Seine, ce qui me surprend (1).
    Nous trottinons en bord de Seine, ce qui n’est pas très suffisant, quand je me souviens que Brimborion était le nom d’un parc et pas seulement d’une station.
    C’est un lieu étrange, l’entrée est difficile à trouver, l’endroit quasi désert (en tout cas au mois d’août), le parc un mélange de points équipés et de presque-forêt. Soudain un manège pour l’équitation, une école maternelle, des locaux d’entreprise. Un panorama sur Paris à couper le souffle.
    Et puis au milieu des broussailles, une piste de course à pied.
    Comme l’acmé d’une exploration en des contrées reculées, une trace de civilisation au milieu d’une lointaine forêt.
    Quelques sprints vieillissants plus tard, l’illusion dissipée, nous avons pris le métro pour rentrer.

    (1) Ça ne commencera que le 23 août tout de même

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