2019.10.08 | femme nue se soutenant les seins avec les mains


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« Femme nue se soutenant les seins avec les mains », je pensais qu’insérer ça dans Google — entre guillemets pour une recherche exacte — induirait une avalanche de choses pas vraiment intéressantes mais non, ça renvoie direct à la page sur les fouilles de Suse, en Iran, où ont été trouvées ces statuettes de femmes nues se soutenant les seins avec les mains, justement sans aucune explication quant au rituel (pour d’autres, les orantes, c’est clair) ni à la convention de sculpture qui a mené à leur répétition. La prune est le fruit du prunier, et le prunier l’arbre qui produit les prunes, ainsi parfois marche l’Internet.

On a dans chaque musée comme dans chaque ville des attaches affectives, des intersections d’énergie favorable, on repasse les saluer, même si c’est vite ou discrètement. La taille du Louvre, ses labyrinthes, et d’y être venu pour la première fois il y a si longtemps, font qu’il y en a plusieurs, mais pareil à Orsay, pareil au Petit Palais, et à d’autres plus secrets et c’est pareil à New York ou à Londres ou Amsterdam et tant d’autres.

Alors je repasse les saluer, ces statuettes dans leur petit aquarium. Sans ce journal, je n’aurais pas été chercher plus loin. Elles me paraissaient si anciennes, de 1100 à 2000 avant notre ère : je découvre que la ville était bien plus ancienne, immuablement plus ancienne, une histoire de 6000 ans. Mais je découvre un peu mieux l’histoire de la gigantesque Suse, l’émerveillement des Dieulafoy qui en 1884-1886 sondent et cartographient pour la première fois le site, et puis ce Jacques de Morgan qui obtient pour la France une concession exclusive pour les fouilles, et puis s’acharne en 1906-1907 sur l’ensemble des épaisseurs successives pour tout déblayer le plus massivement possible, récupérer trésors et statues, les rapatrier gros et petits, à peine quelques relevés de ce qu’il démolit — c’est raconté ici.

La ville était si grande, et le tell si monumental, qu’il résistera même à cette entreprise de destruction délibérée. Le Louvre ne serait pas ce qu’il est sans la destruction délibérée de Suse. Alors ça fait une semaine que j’avais préparé ces photos, et puis maintenant à peine si j’ose les mettre en ligne.

Je voudrais les prendre, telles quelles, dans leur petite caisse en verre, marcher à pied jusqu’à Suse et les redisperser dans le sable où on les a pris. Il me semble que — politiquement — l’ensemble du problème des « restitutions » après le pillage colonial devrait être organisé ainsi.

Si vous en savez plus sur ces statuettes merci de me le raconter. Je retournerai les voir, bien sûr, mais la destruction de Suse ne se justifiait pas, quelle que soit cette énigmatique et sauvage beauté qu’elles nous adressent.

C’est aussi simple que ça, le problème des restitutions. Mais repelleter dans l’autre sens les montagnes de sable et de briques qu’a démolies ce Jacques de Morgan, là sera la vraie difficulté : mais tant pis, on en trouvera bien assez pour réenterrer là le code d’Hamourabi, les petites statuettes, le palais de Darius et tout le reste.

Nous on gardera ces espèces de tiges de fer, où on les a si longtemps empalées. C’est bien assez, pour réfléchir. La beauté, elle, reste la même quand on l’a reperdue.

 

 


LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 octobre 2019
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Messages

  • (pourquoi ici ?) (avec ces jolies figurines - elles me font souvenir des cohortes de guerriers trouvées je ne sais où en Chine il me semble) (qui peut savoir pour quoi ici ?) (je dispose (le mot est un peu fort) de plusieurs journaux (j’en combine souvent l’un avec l’autre et je serais bien en peine d’en faire quelque chose de suivi - ici plus en atelier interstices number one plus un illustré via facebook avec dreamland plus plwe plus en commentaire chez le Chasse-Clou ou madame Lucette (fragmentairement quotidien pour le commentaire mais quand même) d’autres encore BC CJ AS JS PM L’Employée et d’autres encore - combien ? je ne sais...) (c’est juste le temps, comme au cinéma, qui fait que les choses avancent) (ce qui est pratique, c’est qu’on sait toujours dans quel sens il va, pas vrai ?) (mais on aime bien rêver quand même) (poser des liens entraînant le commentaire en spam, je n’en pose point) (ce sont des pratiquement quotidiens ; il en est d’autres semainiers :la maison(s)témoin, je vais au SILO toutes les semaines pour le cinéma du poème express (quand il y en a - je suis en relation avec l’hôte des lieux - comme il est à Rome en ce moment, j’irai tout à heure boire un verre de Prosecco/spritz campari à sa santé, ainsi qu’à celle de son épouse) un nouveau qui est en train de s’élaborer pour/par/avec/dans le collectif l’Air Nu et puis quoi encore ? les feuilletons en images, ceux en mots (je ne parviens pas à réaliser celui qui me tient pourtant dans mes lectures suivies depuis peut-être un an - ça viendra sans doute) (mettre en place les choses, corriger, écouter entendre suivre photographier - lire et travailler) (je voulais être exhaustif mais je ne crois pas y parvenir jamais - pourquoi faire ? quelle question, une vue panoramique de ce que je suis virtuellement - je marche dans les rues, certes, combine des histoires au gré du jour - il pleut, les chaussures à aller porter à réparer, le coiffeur, un passage chez le loueur de Dvd (le type invite des "grands noms" à poser devant sa vitrines et en fait la promotion ensuite : des images de Claire Denis ou Alain Chabat - un peu comme dans les bars parfois, des photos signées par ceux qui y figurent en compagnie du patron) (une enseigne doit travailler son image) (un peu comme ici - des images, des titres, une signature, à l’intérieur un truc interminable, oui,voilà, c’est ça surtout : interminable) (c’est comment qu’on freine ?) (non, mais merci hein...)