2020.01.19 | Niort, en passant


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Ce journal images, c’est juste une trace, pas une preuve, ni une démonstration ni un message, même pas un état des lieux : c’est une discussion qu’on a ébauchée avec Éric Surget, qui nous avait invités à la médiathèque de Niort (gratitude), à propos de cette vidéo que j’avais mise en ligne il y a 3 ans, lors d’un précédent passage consacré à l’immense Agrippa d’Aubigné : se réveiller à Niort. Et moi je continue de n’y voir rien à mal : je souffre en mon monde, je souffre en mes villes, et celles d’ouest encore plus, où j’ai mes morts et mon enfance. Alors on enregistre, on ne démontre pas.

Aussi bien, là il s’agissait que tout soit en oeuvre pour la lecture du soir et c’est un long et précis processus, pas de journal filmé (par contre j’ai beaucoup filmé de la préparation sur scène, et la lecture même), juste ces photos en passant. Mais moi elles me sont nécessaires : justement pour comprendre, et pour revenir du temps ultérieur vers celui-ci, une fois qu’on a refermé la fenêtre des routes, et retrouvé son poste de travail.

Quant à ce qu’on a joué (moins la première partie, depuis des notes prises au Commonplace Book, j’ai pris le partie de mettre en ligne une captation témoin, juste en son mono et plan fixe, voir Bon & Pifarély, La musique d’Erich Zann.

Dans ce qui me relie à notre vieil ouest rêche et protestant, à Niort le surgissement du donjon en pleine ville. La guerre civile qui est le flot même des Tragiques de d’Aubigné rien qui puisse être gommé, c’est là pleine vue, au présent.


L’intelligence qu’ils ont eue — c’est loin d’être partout — de garder les vieilles halles, la jonction sociétale que c’est, un samedi matin.


La salle où on jouera est attenante à la mairie, j’ai intercepté Dominique Pifarély à la gare de Poitiers, on a mis la voiture au parking souterrain et on ne quittera pas ce tout petit mouchoir de poche du vieux centre : il est 13h quand on arrive et ici il y a plat du jour à 11 balles, en plus le patron est vraiment accueillant.


La librairie des Halles, pas eu le temps d’entrer, c’est juste pour un petit salut à Anne-Marie Carlier, repartie dans son Metz !


Il y a aussi un photographe professionnel où on peut faire sa photo en 1 heure : autrefois on en avait dans les plus petites des villes, c’est pour ça qu’ici ce n’est pas message ni démonstration, juste trace, questions.


La mairie, celle qu’on voit dans la vidéo avec lien ci-dessus, mais là on n’entrera pas.


La nouvelle bibliothèque ouvrira en mars 2021, nous on jouera là, dans ce vieux bâtiment juste après le passage, qui a d’abord été musée d’histoire naturelle, puis école de musique, maintenant salle pour les expérimentations son et électronique. Dominique Pifarély tire sa valise avec le matériel, et Christophe Hauser, notre ingé son, nous a rejoints. J’ai filmé l’entrée, je m’en souviens, mais pas pensé à faire photo en parallèle.


Manu, le technicien son, est sur place. Dans un premier temps je les laisse faire. Réduire les praticables, placer les 4 enceintes. Olivier de Freitas, responsable de l’action culturelle des médiathèques, et lui-même musicien et on a pas mal d’accointances communes ! partira même en quête d’une demi-douzaine de tapis et moquettes pour casser la réverbération de l’espace...


Rien que ces derniers mois, Christophe Hauser a travaillé avec Serge Teyssot-Gay, François Chaigneau, Anne-James Maton... C’est toute une dimension essentielle quand il travaille avec nous : son immersif en multi-diffusion, mais un boulot énorme avant même que Dominique sorte son instrument.


Lentement tout cela s’assemble, bientôt ce sera mon tour pour les réglages, les attaques, les sorties de syllabes, les spectres. Quand c’est le violon, j’écoute, je fais des time-lapse. Autant en profiter pour explorer mon GH5.

C’est en cela, pour reprendre cette discussion, que les signes ne veulent rien démontrer par rapport à là d’où on les prend et décolle, mais ne participent que de la recherche intérieure qu’on a en soi-même, pour les villes qui vous sont chères : le rouleau compresseur des hyper-marchés en bord des rocades et radiales, les enseignes normalisées, et ce qui s’efface ici. Un magasin de musique qui ne fait pas rêver musique parce que dans ma propre ville ils ont disparu (Olivier m’a dit qu’à Niort un autre tient bon), ou que l’architecte Coupeau ait confié à l’entreprise Proust les travaux de la maison de M. Bureau.


Et si par exemple au soir tu fais cette image c’est à cause de tous ces autres frontons du tribunal en chaque préfecture de France, ce dont ils témoignent d’une histoire et d’une conception de l’ordre social, et ce qui en change dans les nouvelles architectures des « palais de justice » de Bobigny à Nantes ou à la toute nouvelle usine de Paris intra-muros. Et la maison d’arrêt qu’il enferme est incluse dans le bâtiment classé, du joli et cosy hôtel où nos invitants ont eu la belle attention de nous accueillir, Christophe sera tout surpris d’entendre, depuis le mur vicinal, ce ton immédiatement reconnaissable des conversations par la fenêtre de cellule à cellule.


Et si justement tout cela parce que chaque ville de province la nuit est encore et toujours part de ton rêve et de tous les mystères ?

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 janvier 2020
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