2020.09.11 | tuer les petits hommes


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On avait bien développé la technique pour tuer les petits hommes : on en avait capturé certains, on les maintenait en élevage. Puis, au moment des grandes migrations, on les plaçait sur des cages, installées proches les unes des autres, sur ce trajet qui variait peu, d’année en année (le temps de ces migrations n’est pas celui de nos vies). On avait bien perfectionné la technique des cages : sur les unes, la trappe dans la paroi latérale, soit ouverture intérieure et petit fil de fer pour la rabattre à effet de ressort, soit ouverture extérieure avec maintien par crochet. Dans le troisième cas, ouverture par la paroi supérieure, avec simple grille rabattable. Une fois les petits hommes qu’on disait « appelants » installés dans les cages, il suffisait d’attendre pas trop loin. Ceux des élevages auraient tellement aimé reprendre le grand et vieux trajet des migrations, ils se démenaient et appelaient, inconscients de se faire piège à leurs semblables. Ces petits hommes suspendus dans leur cage au-dessus du sol, tout au long du vaste rivage), apitoiement certain ou volonté solidaire (mais d’évidence ils ne maîtrisaient pas cette technologie pourtant simple), ou juste curiosité de découvrir son semblable encagé (pourquoi ne se révoltent-ils pas). La pratique d’installer dans les cages un carré de faux gazon synthétique était évidemment récente, mais surtout considérée comme faute de goût : le goût de tuer, oui, mais avec art.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 11 septembre 2020
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