2010.03.04 | voir Niagara, pile et face


À quoi bon faire des photographies, qui plus est avec tout petit appareil bas de gamme ? Autrefois, ici, ce devait être une rente pour Kodak et Fujicolor. De toute façon, ce qu’on a devant soi, on l’a vu en images trente ou cinquante ou mille fois. Juste pour se placer soi-même à l’endroit de l’image déjà vue, la vérifier ? Après tout, dès qu’on prend un instrument de musique dans les mains, on s’essaye à reproduire ce qu’on a entendu des autres. Pourtant, évidemment, ce matin d’hier tôt, dans la glace et le nuage, c’est cette harmonie d’ensemble, très douce, immensément puissante – l’ovale de la table, la persistance chaotique du grondement, qui contraint à rester immobile longtemps. Des phrases lues, aussi, reviennent. Et la mémoire des voyageurs, ceux qui arrivaient ici aux lacs depuis le sud, remontant le Mississipi. Évidemment qu’ici on a tout simplement affaire à la terre, à notre part d’universel dans notre petite condition de voyageurs. Je fais quand même une image, j’essaye qu’elle soit mienne : l’instant, le ciel, le blanc. On vous laisse être seul. Alors on remet tout ça dans la poche : chemin vers l’inatteint, en appeler au dehors pour.

 

 


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 mars 2010
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