New York | pratiques du vol dans le rêve

interventions à l’école du rêve et exercices dans la zone de vol


Trois jours d’interventions à l’école du rêve, dans ce bâtiment qui anciennement fut ponton d’embarquement de la Cunard, puis parking automobile, avant d’être rétrocédé à diverses sociétés de sport ayant besoin d’espace, ainsi qu’à l’école de cirque de New York et, bien plus discrètement, cette école du rêve qui m’avait sollicité.

Nous n’avons pas les mêmes exercices, parce que nous n’avons pas le même passé, ni la même pratique de l’espace et des déplacements dans l’espace. Il se trouve aussi que les enseignants asiatiques ont tiré les enseignements de l’école du rêve vers des méthodes corporelles loin de nos propres traditions.

Je tiens mes propres apprentissages de ce vieux pays d’ouest, sous le niveau de la mer, ou vivant devant l’horizon de mer, je les appris – durant bien deux fois dix années – de mon maître Jean Audeau, d’un temps où on avait encore dans le village d’à côté la dormeuse de Chaix, qu’avait aussi connue Gaston Chaissac. Mais c’étaient des exercices nés de l’isolement, de la permanence du paysage et de l’horizon, du vide des routes, de la rareté des livres.

J’ai fait pratiquer mes propres exercices à des apprenants qui eux vivent la vitesse et la saturation de la ville, les images mobiles, la permanence du secret sous n’importe quel soupirail – ainsi ces étages souterrains d’anciens métros sous la ville, lavés par la tempête de l’hiver dernier, et dans lequel nous sommes descendus avec le collègue asiatique qui m’accompagnait dans ce stage, et quelques-uns de nos cinq élèves.

Le vocabulaire du rêve n’est pas si différent, n’importe où qu’on l’enseigne : arrêter le rêve, puis se déplacer dans le rêve, conscience des images de soi dans le rêve, maîtrise de l’ouverture des yeux dans l’intérieur du rêve.

J’y ajoutais quelques exercices de notations écrites, directement sur un ordinateur que nous laissions à portée du stage, avec une mise en ligne anonyme.

De mon collègue asiatique j’ai appris quelques exercices liés aux mouvements pratiqués dans le jour (sa spécialité), qu’on répète mentalement dans le rêve, pour reprendre pied en rêve dans le monde parallèle au monde diurne. J’ai fait ainsi d’étranges promenades dans un New York sans durée, et plus fantastique que New York même.

Nous avons pratiqué ensemble, mon collègue asiatique et moi-même, et nos cinq étudiants, les exercices de vol qui sont la base de l’apprentissage du rêve. Les rêves de vol sont un trait commun à quiconque développe son attention dans le sommeil, ou le premier stade seulement de cette attention. Chacun de nous les pratique comme entraînement ou approche des exercices plus sophistiqués, ceux par exemple que m’a enseignés Jean Audeau.

L’école de New York, comme la plupart des écoles américaines, est réputée pour sa maîtrise de l’enseignement du vol. Les exercices de lévitation sont les mêmes que les nôtres, nous les avons rapidement traversés – point d’énergie en avant de la zone ombilicale à dix centimètres, point d’équilibre en arrière de l’épaule gauche ou droite à trente ou cinquante centimètres, les bases désormais sont connues de tous. L’important n’est pas dans la lévitation même, mais dans ce à quoi mentalement elle mène. Les exercices de mon collègue asiatique complétaient bien les miens, pourtant dans une bifurcation radicale. Notre situation de combat en rêve fut un moment très fort de réunion avec les étudiants.

Mais quand ils nous emmenèrent dans la zone de travail du vol en rêve, lui comme moi devenions les apprenants de nos apprenants, les étudiants de nos étudiants. Dans cette vaste zone entre l’eau et la ville, de hauts grillages permettaient de s’élancer dans le vol du rêve sans risque d’être arraché au lieu d’envol. On y exerçait les différentes étapes de maîtrise. Et puis, lorsque l’apprenant dispose de sa pleine autonomie de vol, alors il s’élance en surplomb au-dessus du grillage, et nous l’avons expérimenté aussi : grandit l’adéquation souveraine de la ville et de ses eaux. Grandit que l’une n’est que reflet de l’autre, et que dans la masse compacte et striée qu’est la levée de la ville sur l’eau, tu peux te fier à ta propre appartenance au double univers, et voler où tu le souhaites, te réveiller n’importe où sur n’importe quel banc et partir d’un grand éclat de rire.

Quel bonheur pédagogique aussi, autant pour mon collègue asiatique que pour moi-même, après trois jours intenses de confrontations de nos différents exercices sur le rêve et de comment les transmettre aux apprenants, c’étaient eux, les cinq, qui nous avaient menés aux grillages sur l’eau de l’envol dans la ville, et nous y avaient entraînés avec eux.

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne 21 mai 2013 et dernière modification le 22 juillet 2013
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