fiction dans un paysage | le secret

ce que recelait la porte de la vieille tour


C’était un endroit étrange.

On voyait de loin la vieille tour, et de la vieille tour on voyait toute la ville.

Elle n’avait que cette entrée, une seule entrée, à mi-hauteur et cet escalier de fer pour la rejoindre. On suppose qu’avant l’escalier de fer un système d’échelles accomplissait les mêmes fonctions. L’histoire ici n’avait pas été toujours aussi calme que par cette journée d’automne ensoleillé.

Les autres bâtiments, maintenant disproportionnés à la ville, avaient leur fonction civile. On y rendait la justice. Un autre corps de bâtiment, le vieux donjon impénétrable et massif, avait fonction de prison. On communiquait de l’un à l’autre par des couloirs ou par les caves.

Une jeune femme avenante et décidée avait garé sa voiture dans la cour gravillonnée (les visiteurs devaient s’arrêter sur le parking de l’autre côté : d’ailleurs la cour était plus belle sans voitures). C’est elle qui organisait ici la justice, et supervisait la prison. Un fourgon de police à l’arrière grillagé s’est garé aussi, les hommes portaient des armes, ils attendaient visiblement qu’on s’écarte pour faire descendre leur passager à l’arrière.

« La tour est toujours ouverte », nous avait dit la jeune femme avenante et décidée.

On avait autrefois déposé dans la tour un secret, puis refermé la lourde porte de bois et de métal, brûlé les échelles qui y montaient.

Maintenant, derrière la porte, restait le secret. Peut-être concernait-il cette paix apparente de la ville, et qu’elle soit restée ainsi inchangée et hors du temps, avec ses résurgences karstiques faisant couler l’eau parmi ses rues, son auberge sans Internet, ses vieux commerces et son industrie, malgré l’affreux supermarché Esplanade qui y faisait tache noire, pas loin de la gare.

« La tour est toujours ouverte », oui, probablement. Mais il y avait ce véhicule avec les hommes en armes, la vieille prison, cette voiture qui prenait seule le droit de se garer sur les gravillons en plein soleil.

On montait l’escalier de fer en spirale, paraît-il, on pénétrait dans la salle ronde qui était la salle d’armes de la vieille tour, et d’autres escaliers et échelles vous menaient aux autres niveaux de la tour.

La ville restait pareille à elle-même, mais personne n’avait jamais retrouvé le secret. Il n’y avait rien, rien qu’on puisse déceler, tout avait été exploré et fouillé, et c’est pour cela que par ultime défi la tour restait ouverte.

Je n’ai pas voulu monter. Je n’aurais rien trouvé de mieux qu’eux. Je regardais cette jeune femme, la procureur, se diriger vers l’immense bâtiment abritant quelque part les bureaux de justice, et les hommes en armes avec leur véhicule grillagé attendant notre départ pour convoyer leur passager à l’arrière.

Eux non plus n’ont pas le secret, j’ai pensé. Personne n’a le secret.

Restait la vieille tour, et qu’on l’y avait pourtant bien enfermé, il y a longtemps, longtemps de cela.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 2 novembre 2014
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