autobiographies #03 | des arbres comme écriture, avec Sumana Roy

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autobiographie #03 | des arbres comme écriture


Cette vidéo propose :

 collationner mentalement, pour chaque époque de sa vie, ce qu’il a pu y avoir de rapport à un arbre, depuis le plus lointain de l’enfance, et selon les étapes et les lieux — on ne va pas écrire de généralité sur les arbres, mais se saisir d’un seul, et faire texte de lui ;

 arbres dans les livres : là aussi, première étape une recollection mentale, par exemple cette phrase : « une route de campagne avec arbre » qui ouvre le En attendant Godot de Beckett, on voit quoi ? Chez Proust il y a ce sommet de la petite route avec vue sur les trois arbres, et le si étonnant passage avec récurrence jusqu’à quasi évanescence de ses poiriers en fleurs –– les relire est un préalable important : je ne donne pas de consigne cette fois concernant la forme et la phrase, mais ce saut dans une poétique de l’écriture, quand elle ne se saisit que des arbres, Proust va nous y aider ;

 Vilèm Flusser, Cèdre dans le parc : ce livre (« Essais sur la nature et la culture », Circé, 2005), rassemble une série d’essais rêveurs ou méditatifs sur l’idée de montagne, de ponts, de pluie, et donc ces 6 pages — une indication de format importante pour moi : ne pas se contenter d’une quinzaine de lignes, aller au bout de ce qu’on peut trouver en soi d’harmoniques, associations, prolongements, c’est dans ces frontières que se trouvera la rémanence du texte, pas dans la seule prise d’assaut de la proposition — où Vilèm Flusser, en séjour provisoire à Angers, s’appuie sur l’arbre étranger pour comprendre son propre exil, lire dans le doc à télécharger ;

 je propose aussi une réflexion sur ce passage si étonnant de L’acacia de Claude Simon (Minuit, 1989), dont l’écriture commence, à la façon habituelle de Claude Simon, par un dessin qui inclut la main de l’auteur sur la feuille blanche où s’inscrivent les premières lignes du futur livre, la table de travail et ses accessoires habituels, mais aussi la fenêtre contre laquelle battent les branches de cet acacia.... et tout à l’ultime fin du livre, 360 pages plus tard, viendront s’écrire ces feuilles et branches dans les lumières de la nuit (lire ci-dessous), comme si l’arbre devenait le dépositaire de l’ensemble de ce creusement autobiographique d’écriture auquel vient de se livrer Claude Simon (ou « que vient de livrer » Claude Simon ?) — là aussi, une indication de forme et de phrase qui peuvent servir directement d’outils pour écrire soi-même l’arbre derrière la fenêtre...

 et le livre de l’écrivaine du Bengale, Sumana Roy, Comment je suis devenue un arbre, Hoebeke, 2020, traduction Alexandra Maillard — un livre virage, à la fois parce que l’auteure est une spécialiste de la littérature anglaise, qu’elle enseigne, mais parce que c’est bien plus que sa condition de femme et d’intellectuelle au Bengale, la réflexion de départ, qui se renverse dans le livre, pour s’ouvrir au bruit, au temps, à la relation à l’autre, aux schémas de vie et mort, et que cela s’inscrit par une suite d’expériences successives de la forêt himalayenne, ou de réflexion sur les mythes associant des arbres ;

 sur le livre de Sumana Roy, quelques extraits lus dans cette vidéo, mais la fiche à télécharger ci-dessous n’est pas un extrait... j’ai découvert ce livre via un blog qui compte énormément pour moi, et depuis bien longtemps, dont je considère qu’il est lui-même oeuvre littéraire majeure, le site la-grange.net de Karl Dubost — Karl vit au Japon, et un de ses rituels chaque matin c’est un temps de lecture avec carnet : chaque mois, le blog commence ainsi avec en exergue une brève citation du livre lu... dans les archives de son blog (sommaire en page d’index) c’était du 1er au 31 mai 2021, et j’ai fait un copier-coller de ces 30 citations recopiées... une trahison par rapport à Sumana Roy ? mais c’est aussi une manière de souligner en quoi le chemin et l’arbitraire qui nous mènent à une lecture font partie de cette lecture — et pour ma part une autre suggestion : pour la phrase qui va vous servir à investir votre arbre, le fragment évoqué de Claude Simon suffit, mais voici 31 questions, 31 idées, 31 suggestions ou problématiques d’approche... j’ai suggéré que le format de Vilèm Flusser, les 6 pages, soit le vôtre : Sumana Roy va nous aider à déplier ces facettes, ces incises, ces harmoniques...

J’ai conscience, aujourd’hui encore plus que précédemment, de proposer une voie qui à moi aussi est nouvelle, sans préalable, ni anticipation (esthétique ou pédagogique) des textes qui vont s’écrire dans notre plateforme. C’est donc un chantier, un laboratoire que je propose. Mais il amène à une question d’une tout autre importance encore (pour cela que je cite Gilles Clément, en tout début de vidéo) : quel saut accomplissons-nous, qu’il nous est encore plus nécessaire et urgent d’effectuer aujourd’hui, à faire écriture de ce qui résiste à l’ordre humain, est en dehors de notre emprise humaine ?

Bon voyage dans les arbres.

 

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 3 octobre 2021
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