Kertesz sur autoroute


Ça m’aura accompagné tout l’été, un texte sur les photos de lecteurs que Kertesz, dont le père libraire est mort quand lui avait 13 ans (son 1er appareil-photo 3 ans plus tard), a accumulé toute sa vie, pour un catalogue d’une expo périphérique à la grosse expo Kertesz de Paris – quelques-unes ici, mais le texte final n’a plus rien à voir avec les notes de départ. Voyage comme on aime, et bosser avec l’équipe du Jeu de Paume est un vrai régal, on apprend. Donc vendredi, après première journée exténuante (chaque première rencontre est ainsi) à fac de Poitiers, à la pause sur autoroute, un coup de fil du Jeu de Paume, savoir si je voulais bien m’entretenir avec Le Monde, pourquoi pas. Reste que l’expo sur On reading ne sera même pas évoquée, que je passe les 12 minutes chrono à me bagarrer contre des clichés (« Auriez-vous aimé le rencontrer ? » « La photo est-ce que c’est important pour vous ? » « Que pensez-vous de ces géométries froides ? ») Pas de la faute du journaliste qui travaille à la chaîne, il reste tellement peu de monde au Monde. Mais je retrouve le lendemain dans leur journal tout ça recombiné en fausse oralité de bistrot, les phrases remaniées pour faire les questions et les réponses, et toute nuance évidemment aux orties. Je m’étais donné pour principe de ne jamais faire d’entretiens par téléphone, j’ai cru pouvoir faire une exception, bien récompensé. La récompense vient quand même ce matin, je reçois le Télérama spécial Depardon avec son portrait de la France, j’y voisine Jean Rouaud ou Pierre Jourde, là au moins le contrat était clair – en reparlerai dans le site. De la conversation surréaliste quant aux clichés Kertesz, me reste ce que je voyais du volant de la voiture arrêtée sur le parking de l’autoroute, aire de Jaunay-Clan. Oublions (mais pas Kertesz).



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 27 septembre 2010
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Messages

  • Son presque silence me fait flipper, pire qu’un silence entier, alors soudain, après quelques mots sur un livre aimé en commun, l’idée d’aller lire des poèmes plus anciens. Si je pouvais comprendre, je pourrais (mieux) (moins mal) aider.

    Il suffit de demander. La pastille aux Y et aux pleins et déliés atteste de leur rareté. J’ai presque peine, ça devrait pas. On devrait tous connaître ça. Mais voilà, ces siècles-là, le à peine fini et le bien entamé, la poésie ils n’en ont plus grand-chose à secouer.

    Par ailleurs, mais pas si loin : Il faudra témoigner des années 80, j’ébroue ma mémoire.

    En sortant ce quartier si neuf, une poste ouverte jusqu’à 8 heures (hé, oui, jadis on disait "8 heures du soir" et non pas "Vingt"), des magasins flambants neufs, une passerelle enguirlandée, des humains rescapés à la terrasse chauffée d’un café.

    Je rentre en RER pour pouvoir lire en paix (1).

    (1) Robert Bober "On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux", titre belge s’il en est. Le livre est d’une douceur à pleurer, malgré des temps très durs.

    Voir en ligne : traces et trajets

  • je traverse le jardin pour rejoindre le pub où j’ai rendez-vous (j’aime bien ce jardin) (moi, hein, MS) (moins ce qu’on voit sur ses grilles et encore moins les assis qui peuplent le château au nord dudit) (mais c’est personnel : jamais pu supporter ce genre de grand commis de l’Etat)(sans doute parce que l’Etat non plus) et les voilà qui passent en rang comme des oignons, ils rient parlent, suent courent vont en cadence (où ? c’est toute la question) (il y a un truc avec la course à pieds, c’est que j’ai de l’asthme : quand je commence à courir, je deviens piment façon Espelette, l’article de la mort me guette -plus ou moins- je n’ai plus d’inspiration - je déteste courir, même sans ça, vu que je ne suis plus asthmatique depuis à peu près neuf lustres)

  • puis je suis allé voir ma tante, je regarde toujours les gens parce que je cherche M. oui, (il y avait un type qui rentrait chez lui tous les soirs, en vélo, et un soir, il ne s’est pas arrêté : on ne l’a plus jamais revu) aussi, mais parce que ils me disent des trucs sans savoir qu’ils me les disent évidemment (lui était là, il avait dans la main droite une canette de bière qu’il dissimule quand même un peu - il ne se trouve cependant pas dans le sens de la marche- et régulièrement en avale une lampée) (un peu clochard sans doute quand même : mais dans le bus ? ) (m’a rappelé les autobus de Rome) (le repas chez l’indien, et la résolution pour les vacances : c’est bien bien bien)

    • ce matin 8H10 , le bus est vieux très vieux , change de place pour un peu moins de secousses , prend une photo , en prévision de la fin de mes montées au HDL ( (a) comme arrêt )

    • Passée chez F.M rue Jacques Coeur ; fait une petite razzia ; il a encore plein de trésors, dans le plus complet désordre ; plaisir de tout fouiller

    • ce matin 8H4O , partie plus tard retardée par la vue d’un camion " Créateur de fenêtres " , m’arrête cherche l’appareil , et puis non pas de photo ; en fin d’après midi aperçoit un autre camion , blanc sur rouge " Fenêtres" ...( (r) comme retard )

    • marche à grands pas tourne la tête à gauche affiche rouge " les amours imaginaires " , arrêt MAZAGRAN , pas loin de la gare ...Plus tard dans mon/un petit bureau , une femme serbe me tend un petit carnet noir avec la photographie de son mari mort " tellement le battait la police " ( (a) comme amour )

    • elle monte essoufflée dans le 124 , prend appui baisse la tête , fouille dans son sac . Elle pleure ( à quoi bon pleurer quand seules les pierres vous regardent ) . ((p) comme pleurer )

    • penché vers l’échelle , un homme au travail , il est 8H35 , le 124 à l’arrêt . Dans la journée bla bla inutiles , ce mois d’octobre s’annonce houleux .
      ( (h) comme horizons ) .

    • tout est pluie , dehors , à l’intérieur du 124 , des gouttes sur ma manche noire ; ce matin le visage d’Abdel , des yeux qui écoutent ((é) comme écoute )

    • dans un bus , il y a les assis et les debouts , généralement je fais partie des assis , première place à droite , quand vous montez dans le bus , derrière la cabine du chauffeur . Pendant bientôt un an , chaque matin dans l’attente du 124 HDL , en fait le 124 , c’est MOUZON le terminus , espéré avoir cette place là. ( (p) comme place ).

    • mais pour le retour au centre de Nancy place de la République , je me retrouve parfois , au fond du 124 HDL assise à gauche , quand vous montez dans le bus , côté fenêtre . Pour l’aller une fois assise , mon premier geste , souvent , c’est de prendre quelque chose à lire , le même geste au retour est plus rare . Et c’est surtout pour ne plus rien voir . ( (p) comme place )

    • de ma place privilégiée , je peux écouter les conversations du chauffeur du bus avec des passagers , ou bien des copains , ou alors des contrôleurs . Hier par exemple le chauffeur de bus a appris au contrôleur qu’il était en instance de divorce . J’ai vu dans le reflet de la paroi en plexiglass la mâchoire du contrôleur monter descendre , en mouvements réguliers et , à ce moment s’arrêter . Mon plus beau souvenir d’écoute ne concerne pas une discussion c’était en juin , bus presque vide , le chauffeur chantait avec un de ses amis , c’était très beau , et le bus descendait à une allure plutôt vive , des rues sans circulation . ( (v) comme voix )

    • Une chanson ? vous savez laquelle ?

    • non je ne sais pas ( n’avais rien demandé seulement écouté ...)

    • dans la tête Robert Wyatt depuis quelques jours , la raison un concert de l’orchestre national de jazz , une catastrophe , Alifib un massacre ( restée quand même et une surprise venue de musiciens viennois qui jouent avec des légumes , une écoute , un jeu collectif , des improvisations délirantes , de subtiles sonorités , des percussions hypnotisantes avec la peau des poireaux) ... Mais dans le 124 HDL Alifib ( (RW) comme Robert Wyatt )

    • http://www.youtube.com/watch?v=9yQj4DMAsaY
      Le visage de Mevluda , ce matin premier cours sa voix grave son courage grand respect pour cette dame , la dame au carnet noir

    • au huitième arrêt " Alix Leclerc " un oiseau tourne sur lui même , le chauffeur laisse passer trois jeunes filles longs cheveux noirs au vent , le 124 HDL repart doucement , derrière moi voix ascendante /voix descendante " HA-LLU-CINEE- " ( (o) comme oiseau )

    • honte à moi qui n’imaginais pas le Chili se sortir si magnifiquement de leur épreuve ;me suis laissée endormir par des préjugés sur les pays d’Amérique latine ; admiration pour leur technicité et leur organisation

    • un an après presque , les arbres sont encore maigres , les cubes couverts de bois inachevés , nouveaux visages , nouvelles langues , comment apprendre l’Autre si on ne se tourne pas vers lui ? Dans deux semaines fin de contrat et se dire que le plus dur n’est pas la fin de ce travail là . ( (d) comme demains )