Saint-Cyr sur Loire, fin d’un garage

pelleteuses contre mémoire, et place nette



MAIS QUELLE EST CETTE RUBRIQUE ? (SE REPÉRER)
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trente pour Dylan

Il y a pas mal de traces de ce petit garage Renault, au bout de ma rue, ici dans le site : comme tous ceux du quartier, j’y venais pour vidanges et réparations, on se serrait la main le matin quand il sortait ses voitures et que je passais pour la boulangerie, on a assisté à la vieillesse du chien devenu aveugle et sa fin.

Rapport pour moi complexe, parce que, entrant dans l’atelier avec compresseur et pont élévateur, j’y retrouvais des perceptions olfactives de l’enfance, des sensations de toucher aussi (une manette d’air comprimé, la poignée d’un cric). Quand on est parti pour le Québec, je savais que ce serait fermé au retour, et j’ai photographié en juillet l’avis de démolition, ainsi que les taches de rouille sur le portail déjà taggé. Ça aurait pu être une des photos de Depardon.

J’ai revu mon garagiste il y a quelques semaines. Ils se sont installés banlieue nord, il a pu replacer son pont élévateur dans une grange adjacente, et le dimanche, dans leur petite Triumph jaune décapotable qui était toujours capot ouvert ou portières démontées dans un coin du garage, lui et son épouse participent aux rassemblements de voitures anciennes qui connaissent manifestement un succès grandissant.

Pour mes vidanges et autre entretien, je vais à Norauto (enseigne du groupe Auchan, comme Leroy-Merlin, Decathlon, Kiabi, Boulanger, Saint-Maclou et quelques autres qui l’entourent), et le jeune contremaître est un de mes participants à un ancien atelier d’écriture ici en lycée professionnel, toujours petit sourire discret et on se donne des nouvelles : c’est le contexte, qui change, pas la relation.

Dans mon quartier, la mairie préempte chaque parcelle, derrière le garage c’est le pavillon où vivait le Shériff (il en portait l’étoile et le feutre, faisait un peu juge de paix du quartier), dans les derniers temps que j’allais le voir dans son salon, il avait sa série de télécommandes à portée de main, plus un calepin et un stylo à cause du trou métallique dans la gorge, triste fin des grands fumeurs.

On y construit des blocs d’immeubles résidentiels tous pareils, tous pareils (même architecte probablement, mêmes maîtres d’oeuvre, ça doit être bien juteux tout ça). Mais aucune prestation supplémentaire de service pour autant, ni commerce de proximité ni en termes de transports en commun – et pour la connexion Internet, à un an près, on voit bien la différence.

C’est Saint-Cyr sur Loire, mutation ordinaire des bords de ville. J’ai fait ces quatre photos au téléphone, les deux gars du chantier hésitaient s’ils devaient me l’interdire ou pas. J’aurais voulu ramasser quelque chose, un bout de ferraille, je sais pas (mais j’en suis déjà encombré, dans mon bureau, bouts de ferraille du grand-père et du père). Ce qui était bizarre, c’est l’ouverture directe du logement sur le garage, ainsi béante. Chez nous aussi, la cuisine donnait sur le pont-élévateur.

Je crois que ce dont je leur ai voulu, c’est de cette fenêtre grande ouverte sur chambre à coucher. Moi, la chambre à coucher, j’aurais laissé les volets fermés jusqu’à démolition.




François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 27 octobre 2010
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