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2011.02.28 | vends eBook d’occasion

une autre date au hasard :
2007.09.07 | Japon cartes postales
A noter : à la suite de la discussion entamée via billet en lien ci-dessous, Marie Martel ("Bibliomancienne"), propose une "version 2" de son texte. Il faut renforcer et pousser ce débat. Merci à elle. Lire : Droits du lecteur numérique, version 2.

Autre résonance : comment les utilisateurs s’approprient ou pas une culture, chez René Audet.

Voilà donc une nouvelle invention qui nous vient d’Outre-Atlantique, et toute remplie des meilleures intentions. Pression contre les DRM, liberté bien sûr de prêter, annoter, partager : comment on n’y souscrirait pas ? C’est d’ailleurs ce qu’on fait depuis longtemps. Et il s’y greffe une affirmation complémentaire : j’ai acheté un livre numérique, j’ai le droit de le revendre. Je peux aussi souhaiter l’acheter d’occasion. Après tout, ainsi font les soldeurs de livres imprimés. C’est probablement un débat inutile, en tout cas qui ne nous concerne pas à publie.net. Mais qui pose une question profonde. Ainsi, dans ce hameau d’Auvergne où je suis cette semaine, la valeur d’usage accordée aux objets fait qu’on ne s’en sépare pas, quand bien même on ne les emploie plus. Sur ce mur, ce matin, une chaîne rouillée, de la ficelle, et cette roue : fer forgé pour lui donner son diamètre, rayons soudés à leur sabot, enfoncés à force dans le moyeu et rivetés sur la roue plane. Le livre numérique est un objet manufacturé de la même sorte, depuis plusieurs jours j’avance sur préparation de la Sorcière de Michelet, grand bonheur à s’y atteler, mais ce n’est pas un mince boulot. Seulement, la lecture n’en fait pas une valeur d’usage : nous proposons un accès, une mise à jour permanente, un lien avec nos lecteurs qui circule dans les deux sens, constitution de sa bibliothèque numérique, qu’il pourra recharger à volonté. Si le lecteur vend son livre d’occasion, il devrait m’informer que j’aie à le retirer de sa bibliothèque ? Et même, pourquoi pas, que nous ayons à créer un nouvel accès de mise à jour pour son propre client ? C’est un transfert de licence, et notre client ferait réellement mieux de le donner que de le vendre, l’eBook. D’ailleurs, il donne quoi : la recopie du fichier téléchargé avec son propre e-mail en tatouage, et l’engagement sur l’honneur à détruire sa propre copie ? Ça me paraît bien alambiqué, tout à coup. Vous en voudriez, d’un eBook d’occasion, rouillé comme ma roue ? C’est une évidence : si je revends d’occasion un livre que j’ai acheté, l’auteur ne percevra pas de rémunération sur la transaction engendrée. Le pacte élémentaire que nous nouons à publie.net : vous lisez ce texte, nous rémunérons l’auteur, n’a pas à se renouveler lors de cette revente. Enfin bon, tout ça n’a guère d’importance, et je n’en parlerai pas, sauf si. Sauf notre propre passion, liée à notre bibliothèque, à la masse de livres que nous sommes, ne dépendait pas si étroitement des découvertes de hasard, des bouquinistes chez qui on entre, dans les villes, du trésor déniché dans une brocante. Je connais tant de villes par leurs bouquinistes. Et si ce souhait de revendre d’occasion ses eBooks achetés n’était que le souhait de redéployer, ici dans le numérique, la même magie à laquelle nous sommes tant redevables ?


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 28 février 2011
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