vends eBook d’occasion (lu une seule fois)


A noter : à la suite de la discussion entamée via billet en lien ci-dessous, Marie Martel ("Bibliomancienne"), propose une "version 2" de son texte. Il faut renforcer et pousser ce débat. Merci à elle. Lire : Droits du lecteur numérique, version 2.

Autre résonance : comment les utilisateurs s’approprient ou pas une culture, chez René Audet.

Voilà donc une nouvelle invention qui nous vient d’Outre-Atlantique, et toute remplie des meilleures intentions. Pression contre les DRM, liberté bien sûr de prêter, annoter, partager : comment on n’y souscrirait pas ? C’est d’ailleurs ce qu’on fait depuis longtemps. Et il s’y greffe une affirmation complémentaire : j’ai acheté un livre numérique, j’ai le droit de le revendre. Je peux aussi souhaiter l’acheter d’occasion. Après tout, ainsi font les soldeurs de livres imprimés. C’est probablement un débat inutile, en tout cas qui ne nous concerne pas à publie.net. Mais qui pose une question profonde. Ainsi, dans ce hameau d’Auvergne où je suis cette semaine, la valeur d’usage accordée aux objets fait qu’on ne s’en sépare pas, quand bien même on ne les emploie plus. Sur ce mur, ce matin, une chaîne rouillée, de la ficelle, et cette roue : fer forgé pour lui donner son diamètre, rayons soudés à leur sabot, enfoncés à force dans le moyeu et rivetés sur la roue plane. Le livre numérique est un objet manufacturé de la même sorte, depuis plusieurs jours j’avance sur préparation de la Sorcière de Michelet, grand bonheur à s’y atteler, mais ce n’est pas un mince boulot. Seulement, la lecture n’en fait pas une valeur d’usage : nous proposons un accès, une mise à jour permanente, un lien avec nos lecteurs qui circule dans les deux sens, constitution de sa bibliothèque numérique, qu’il pourra recharger à volonté. Si le lecteur vend son livre d’occasion, il devrait m’informer que j’aie à le retirer de sa bibliothèque ? Et même, pourquoi pas, que nous ayons à créer un nouvel accès de mise à jour pour son propre client ? C’est un transfert de licence, et notre client ferait réellement mieux de le donner que de le vendre, l’eBook. D’ailleurs, il donne quoi : la recopie du fichier téléchargé avec son propre e-mail en tatouage, et l’engagement sur l’honneur à détruire sa propre copie ? Ça me paraît bien alambiqué, tout à coup. Vous en voudriez, d’un eBook d’occasion, rouillé comme ma roue ? C’est une évidence : si je revends d’occasion un livre que j’ai acheté, l’auteur ne percevra pas de rémunération sur la transaction engendrée. Le pacte élémentaire que nous nouons à publie.net : vous lisez ce texte, nous rémunérons l’auteur, n’a pas à se renouveler lors de cette revente. Enfin bon, tout ça n’a guère d’importance, et je n’en parlerai pas, sauf si. Sauf notre propre passion, liée à notre bibliothèque, à la masse de livres que nous sommes, ne dépendait pas si étroitement des découvertes de hasard, des bouquinistes chez qui on entre, dans les villes, du trésor déniché dans une brocante. Je connais tant de villes par leurs bouquinistes. Et si ce souhait de revendre d’occasion ses eBooks achetés n’était que le souhait de redéployer, ici dans le numérique, la même magie à laquelle nous sommes tant redevables ?


LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 février 2011
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Messages

  • rien ne sera donc épargné aux étudiants : non contents de ne leur offrir qu’un emploi sur deux parce qu’il faut qu’ils sachent que la vie est difficile (depuis qu’on ne fait plus faire la guerre aux jeunes hommes de vingt ans, ni les infirmières aux filles au même âge, il faut quand même savoir les occuper), non content de leur faire payer, et cher, le travail jusque 67 sinon 70 piges, sans aucune certitude de rien, sinon celles de se faire flouer et esclavagiser, on les intègre dans ce type de fortification (il en est une autre, numéros impairs, plus haut dans la rue) : des placements de bons pères de famille... Numéro rouge sur grille de fer, fenêtres aux formes aiguisées (vues sur monde affûtées), façades acerbes et arrogantes, immondes et ignobles... "Bon appétit, messieurs"disait l’autre, oui, voilà, "bon appétit..." : où sont les miradors ?

  • parfois j’ai de la chance : ici, la destination frétille, j’aime ça...

    • 100 euros c’est pas rien mais bon un demandeur d’emploi est indemnisé à la journée , c’est un journalier en somme , ( février= 28 jours ) alors profité du temps en plus , levée tôt et lire " L’ère du soupçon ", et écrire et regarder la lumière dans le jardin sauvage

  • ici, il y avait un café restaurant bar tabac ; on y servait au comptoir une saucisse aligot ; derrière le bar, il y avait une salle une dizaine de tables ; devant le bar, une dizaine de tables ; je me souviens de visages, le garçon sec, le patron rouge type costaud qui a de l’estomac, la femme derrière le tabac, un peu timide, sans s’en laisser trop compter revêche parfois, ces gens que je croiserais dans la rue, probablement, à moins qu’ils ne se soient retirés en Auvergne (comme l’impression d’une carte postale, quelque chose qui va bouger, fermée depuis quelques années à présent)(mais on voit que le lieu est habité par les graffeurs taggueurs et autres) (on y voit la croix dessinée, déjà posée ici, alors que le rond était au fronton du garage du boulevard qu’on a détruit) (demain on est en mars et c’est pas dommage)

  • Voilà, on croit être guéris, que ça y est, le pire du manque est derrière soi, on se dit que même s’il reste une tristesse de traîne, comme pour un deuil, on a tourné la page, qu’on s’est même offert le luxe d’un nouveau chagrin, comme pour mieux faire fi de l’ancien, et puis voilà en allant aux toilettes, envie pressante, humeur paisible, entre un navet et un film qui nous plaira, on longe une zone de machines à café et autres boire-et-manger, et le cœur s’accélère avant même qu’on pige : ce n’était qu’une silhouette, une femme, qui ressemblait à toi, de la coiffure à la façon de remonter ses lunettes en serre-tête, d’avoir posé son sac sur la table et la tête inclinée tout en téléphonant.
    À y regarder par deux fois, un important écart d’âge ôtait toute ressemblance qui d’ailleurs n’y était pas, ou du moins pas tant que ça. Mais voilà : on se croit dépris et on ne l’est pas.
    Je m’étais promis de ne plus t’embêter, mais c’est encore (pour combien de temps ?) plus fort que moi.

    Pour les textes et leur objet d’incarnation / de transmission, je ne sais que penser : je peux depuis déjà un moment lire indifféremment sur papier ou sur écran. Mais il s’agit de l’écran d’un ordinateur car réduisant mes dépenses à la portion congrue, je ne m’équipe que de ce qui m’est très indispensable. Et encore, je repousse depuis plusieurs mois l’achat d’un appareil photo qui me manque tant depuis que mon petit O. a déclaré forfait. Donc l’écran, pour l’instant et pour moi, c’est celui de l’ordinateur. Il me semble qu’un lecteur d’occasion j’aurais peur des pannes quand d’un livre en papier qui a déjà circulé, je ne crains pas qu’il soit corné voire annoté.
    Et après : mais à qui diable appartient ce qu’on y met ?

    Voir en ligne : traces et trajets