de la librairie volante

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Algeco e-poetry

On venait dans ce quartier il y a 30 ans pour les librairies. En haut, Autrement Dit, plus raide et offensive, plus tard déménagée et devenue la belle Compagnie, le bistrot d’à-coté est devenu un bouffe-vite, ne vais jamais plus par là-bas, sinon pour la bouquiniste tout au bout de la rue Gay-Lussac, avec ses Jean Ray, quand j’ai affaire à Ulm. Plus bas sur Saint-Michel évidemment Vrin à la Sorbonne, et là c’étaient des razzias, pauvres en littérature mais pour les essais et le reste super forts, maintenant ça y vend des pantalons. Rue Saint-André des Arts, pas loin de la cour où est POL, il y avait Action Poétique, fermée il y a longtemps – et là c’est la revue qui s’arrête, dernier numéro. Puis à Saint-Germain ma préférée c’était le Divan, c’est là que le gars m’a dit, fin 1982, alors que je venais de sortir mon premier bouquin et que je ne savais même pas qu’il m’avait repéré, que je devrais lire Saint-Simon – là je suis dans le 3ème tour. Puis le Divan a déménagé dans le 15ème, il paraît que c’est bien, mais ne suis jamais allé, c’est pas sur mes routes. J’aime bien m’arrêter évidemment aux Cahiers de Colette, mais pas toujours sur ma route non plus. Autrefois on complétait par la librairie de voyages, 2 ou 3 spécialiste d’occases, et selon qu’on est invité on découvre librairie de Paris, l’Atelier ou le Comptoir des mots, mais maintenant je suis loin de les connaître toutes – j’aime bien l’Imagigraphe. En fait j’ai pris mes habitudes chez Gibert, et souvent je photographie une couv ou un titre pour le commander ensuite à 3 ou 4 euros dans les réseaux d’occase en ligne pour faire mes scans publie.net. Mais chez Gibert je suis plutôt rayon philo ou sciences, je regarde rarement le coin littérature, il y a toujours ces services de presse détournés qui sont là dès 15 jours avant la sortie du livre, des fois ça fait un peu triste. Ces 2 ans, allant pour mes ateliers à SciencesPo j’avais repris goût d’entrer à la Hune, toujours aimé son bazar sur les tables, l’affirmation du rare ou du contemporain. On sentait qu’ils étaient à l’étroit et dans leurs limites – ayant à racheter le Dépaysement de Bailly il m’avait fallu recourir aux libraires, qui l’avaient rangé en philo, et ayant à racheter un Chamoiseau j’ai mis du temps à comprendre que ce n’était ni en littérature française ni en littérature francophone, mais qu’il fallait aller en littératures africaines et là chercher le rayon Caraïbes, du coup ils n’en avaient qu’un en stock de tous ses titres, à Patrick et voilà qui l’enchanterait. Par contre, pas rare que je m’offre le crochet par la librairie Beaubourg, monographies d’artistes, bouquins sur le webdesign, j’en ressors rarement les mains vides. C’est une librairie Flammarion, comme la Hune : je suppose qu’elles seront toutes les deux dans le fond de la pochette surprise, lorsqu’ils vont tirer au sort qui va reprendre les bénefs Flamm’ dans sa poche, entre Albin, Actes Sud, ou Antoine Kassarue, et ça m’est d’ailleurs plutôt indifférent, ces jeux de sous sur livres faciles. Mais désormais c’est bien terne, le boulevard Saint-Germain – à moins d’aller s’encanailler dans le rayon médecine légale criminologie de la librairie de médecine (ou son rayon sur le cerveau, ça j’aime bien son rayon cerveau), je passe assez vite, un prétexte pour passer voir les nouveaux gadgets Fnac Digitale et me voilà déjà salle des profs avec sa grosse wifi et le café gobelet gratuit même pour les vacataires. Avant, du temps que j’allais aux Beaux-Arts, il y avait Fayard au 75 Saints-Pères (me suis toujours senti bien avec les équipes Fayard, enfin de ce temps-là), et le Seuil dans ses mansardes rue de Seine, déménagé porte d’Orléans, reste la discrète Minuit rue Palissy, mais quartier en voie de stérilisation rapide. Alors quand même un choc de voir hier la porte de la Hune condamnée. Bien sûr ils ne sont pas loin, fond de la place Saint-Germain, à côté d’où anciennement était le Divan. Bien peur que ces 70 mètres ne soient un coup de poignard, ça peut être mortel, passer d’un angle de rue à un fond de place, parce que c’est moins cher et que Dior s’ennuyait d’être trop loin de Berruratati et Sonya Rakakiel – je leur souhaite bien sûr que non (et qu’ils ne soient pas traités comme un sac à patates par le futur acquéreur de Flammarion, appuyé sur fonds de pension et qui se passerait certainement d’avoir à les reprendre...).



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 mai 2012
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Messages

  • (le texte sur la librairie est tellement vrai et autant mortel-on parle de prix des loyers, on parle de manque de "gros" lecteurs, de l’érosion de la lecture et de l’achat de livres comme s’il s’agissait d’une marchandise et d’un quelconque commerce, quelle salade on peut entendre...) le bâtiment va, ça monte (l’épaisseur des murs me fait trembler un peu, je dois dire... je regarde et je me dis ça va se casser la gueule c’est pas possible, ça tient ? de la colle forte, alors...) (ils vont poser encore un ou deux étages là-dessus) (j’aime le "coiffure" bord cadre en bas)(pas fait exprès)

    • moi je l’appelle nono (je ne dois pas l’avoir inventé mais entendu un jour quelque part) (le frangin me téléphone hier en me disant "en France on va élire un type qui ressemble au roi des Belges et qui s’appelle Hollande") (ce qu’il y a de certain, c’est qu’on peut espérer qu’il sait lire, contrairement au précédent "j’vais vous dire une chose" il a fait dan son discours à la mutualité, c’est à ne pas croire, ce lieu, la mutualité, quel symbole pour la chute d’un arriviste et d’une sorte de tyranneau minuscule) (filipetti à la culture, ça ne pourrait pas être pire que le neveu, et ce serait même une bonne nouvelle-on va pas commencer les pronostics, hein, d’autant qu’on sait aussi, état de grâce ou n’importe quoi d’autre, que ce qui nous attend est une bataille) (je me souviens quand Léo y passait sur cette scène putain, et l’autre qui y vient, c’est à vomir) (et il n’est pas sûr que Nono... mais brisons là et parlons d’autre chose) (jme couche, je suis fatigué demain est un autre jour et le boulot attend pas) (j’ai mis du fado pour me tenir encore un peu, un peu d’espoir, la gauche, vraiment ? allez, oui, encore y croire un peu) (il suffit)

  • sont en train de construire une structure ronde à l’intérieur de ces caves, apparemment, en tout cas le bâtiment va (ce type de titre, lieu date, ça fait penser au journal) (je lis le roi des aulnes, quelque chose d’un peu frelaté qui s’exhale de ce personnage)(pourquoi ce livre-là, j’en sais rien, je l’ai trouvé, je l’ai pris) (j’avais le projet de le dire avec des dates, mais ça ne veut pas venir) (reçu en cadeau un belle reproduction cadre noir je pose la photo un de ces jour)(pas envie de bosser)(dlamerde)(les images de chantier ça commence à me courir)

    • ça commence donc non loin de là (ça fait un moment) (ils en ont presque fini avec un immeuble détruit bien longtemps après que ce champ soit rendu à la friche) (coin boulevard Vicq d’Azir, une horreur) (j’ai un jour vu descendre de taxi avec ses petites chaussures pointues et son manteau de faiseur sur un complet dlamerde le frère KM de l’ex-porte-parole de l’ignoble, ignoble elle-même d’ailleurs, celui qui vendit 200 millions sa petite entreprise dont la publicité est des plus avilissantes -l’un entraînant l’autre ontologiquement) (hier dans le métro, une vieille toupie, "j’ai travaillé toute ma vie, j’ai bien le droit à ma retraite", on imagine le genre de boulot qu’elle a du abattre, son compagnon du même tonneau,"maintenant on est sûr de rien avec..." elle : "ah m’en parle pas j’ai dit hier à T. maintenant, va falloir te mettre à payer des impôts, tu l’as voulu..." un petit rire de merde, des petits cheveux gris de merde et un manteau bordeaux de merde, ça toise le black, ça descend à belleville, plus de 48 pour cent, on disait putain)

    • (sur la photo précédente, ; le type en vélo s’est jeté dans le cliché, j’aime ça, il se met au premier plan en plus, pour un peu il ferait coucou à sa vieille mère...) ce qu’on peut voir en face de ce chantier (hier levé à 6 oublié de régler sec soc et maladie descendu l’Orillon, passé à la poste, on verra bien, un café pour se réveiller un peu dans l’ordre, avenue Parmentier, la télé "Obama à téléphoné à nono" et la patronne, une vieille conne 48 pour cent "ah ça ça m’étonne pas, ils sont copains ces deux-là" son nul d’employé qui sort les tables-chaises-terrasse 48 aussi probablement "sont fait pour s’entendre..." petit rire de merde, petit tablier de merde pour la vieille petite mise en pli de merde et petite revanche de merde) (j’ai mis un euro dix sur le comptoir et je me suis tiré) (la puanteur qui s’exhale c’est quelque chose, le matin tôt) : le type qui a construit le bâtiment derrière les drapeaux va taper cent quatre piges je crois bien (il est né en 7)(ça fait cent cinq c’est vrai)(se prénomme Oscar, ça ne peut pas ne pas avoir de sens)

    • des visages vus c’est pas pas la victoire c’est pas seulement les cris libérés de joie c’est le retour d’un espoir c’est le retour de quelque chose contre la haine de l’Autre

    • peut être que 2012 commence maintenant , peut être que le printemps commence maintenant , drôle d’impression une joie mêlée de craintes : la/ ma région est devenue la Lorhaine, l’extrême de la droite avance à grands pas - sans bruits de bottes - dans le/mon pays et tout près de nous

    • mise sur de nouvelles chances (!) pour le travail et puis - laisse maintenant les fenêtres ouvertes sur le/mon nouveau jardin sauvage - repris écriture de Laissez nous taire la nuit -