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rue du poète en moi

Rue du poète, mais lequel ? Ou alors il y avait une autre plaque, et au moment de la changer ils ne se souvenaient plus duquel ? De toute façon l’impasse était pauvre, sentait fort, s’enfonçait vite dans l’ombre. Alors c’est la rue de tout le monde, la rue du poète qu’on porte chacun en soi. La maison moi est un peu comme ce rideau de fer en ruine, ça fait paupières écarquillées qu’on ne sait plus refermer, mais qui ne voient plus que cette pauvreté vide de la ville, celle qui ne se souvient plus de ses propres noms. Ce qui m’arrive souvent. La rue du poète en moi renvoie aux essais d’adolescence, à la découverte du surréalisme. Elle chante comme un vers de Tzara. Elle a eu des résurgences : je revois des pages noircies serré, avec la cassure du vers libre, même encore vers 1979, en Inde, au Népal, à Goa – tout ça éliminé plus tard. Je ne sais pas où serait en moi l’accès à ce qui se nomme poésie. Je ne sais même pas si j’aurais envie de le chercher. Je sais le poids de discipline, de rigueur, de lecture. Il me semble que l’écriture web, ce qui se passe ici, offre un autre luxe, d’empilements, strates, bifurcations et surtout le fait de raconter, ou celui encore plus étrange et puissant de ne pas regarder en arrière, d’accumuler sans avoir à se préoccuper de la trace-objet. La rue du poète en moi mène quand même à ce site – quand bien même c’est ceci, maintenant et ici, que j’écris.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 août 2012
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